Les maladies chroniques


EBH met à votre disposition une version en ligne du livre "Les Maladies Chroniques", consultable dans son intégralité.

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- Chez le Dr Daniel Saelens daniel.saelens@scarlet.be


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Voici, ci-dessous une retranscription complète de cet ouvrage.












 

Dans les maladies chroniques : les ajouts Belges sont en marron, mais aussi les notes de l'éditeur, et la préface volume 3, 4 et 5, et le plan.

 

Notes de bas de pages : J'ai enlevé les notes de bas de pages pour les intégrer juste au dessous du paragraphe concerné. Ainsi, les numéros de notes sont différents du livre, mais à chaque fois, je les ai mis à jour afin qu'elles soient correctes.

 

Notes de l'éditeur : j'ai ajouté les notes de l'éditeur à la suite des notes de bas de page, ainsi, si on enlève les notes de l'éditeur (toujours en marron, il suffit dont d'enlever le marron - très facile!), on retombe toujours sur le texte original ayant des notes de bas de page correctement numérotées. Et comme en cas d'impression, tout est en noir, j'ai ajouté au début "Note de l'éditeur :" afin que ces notes ne soient pas confondues avec les notes de Hahnemann.

 

Numéros de pages : j'ai supprimé les références à des numéros de pages, et remplacées par autre chose (numéro de paragraphe par exemple). Le plan contient toujours des références aux pages (qui n'existent plus). Ce n’est pas grave pour internet car des liens hypertexte seront fait à la place des pages, mais pour la version imprimée, il faudra remettre les bons numéros de pages.

 

Le chapitre des notes de l'éditeur est supprimé car les notes de l'éditeur sont maintenant intégrées à la suite des paragraphes correspondants, mais jai laissée le chapitre en fin de livre, au cas ou l'impression papier les utilise. Dans ce chapitre, les références aux pages et aux numéros de notes de bas de pages sont fausses.

 


 

 

 

 

LES MALADIES CHRONIQUES.

 

Le document qui a servi de base à cette réimpression est une photocopie de l'édition de 1846, publiée à Paris par J.-B. Baillière et fils.

 

 

 

SAMUEL HAHNEMANN

LES MALADIES CHRONIQUES

 

leur nature spécifique

et

leur traitement homœopathique.

 

PARTIE THÉORIQUE.

 

TRADUIT DE L'ALLEMAND

PAR LE DOCTEUR A.-J.-L. JOURDAN

 

DEUXIÈME ÉDITION.

 

RÉÉDITION DE 1985

REVUE, CORRIGÉE ET COMPLÉTÉE.

 

ÉDITIONS DE L'

ÉCOLE BELGE D'HOMŒOPATHIE

A. S. B. L.

BD. LOUIS SCHMIDT, 91

1040 BRUXELLES.

 


 

Préface

 

Samuel Hahnemann a apporté deux choses à la médecine : d'abord un système thérapeutique basé sur la Loi des Semblables, avec sa clé, le mode original de préparation des médicaments par dilution-dynamisation, ensuite une conception de la maladie basée sur la miasmatique ou définition de la maladie constitutionnelle et des modes de réaction défensifs utilisés par le malade.

C'est par l'étude, réfléchie, du Traité des Maladies Chroniques, deuxième pièce fondamentale de l'œuvre d'Hahnemann, que l'on pourra comprendre la conception hahnemannienne de la maladie.

Hahnemann pose d'abord le problème du "miasme", faille dans l'équilibre de l'énergie vitale de l'être humain, toujours présente à l'état latent et qui va se manifester sous l'action de facteurs extérieurs agresseurs de nature psychique, physique, chimique ou traumatique. Ces facteurs sont les révélateurs d'une disposition morbide préexistante dans l'individu. La cause réelle de la maladie est donc interne au malade.

Cette notion fondamentale impose à l'acte thérapeutique une direction déterminée s'il veut être efficace. Ce qu'il doit atteindre, c'est la cause de la maladie. Ce qu'il faut atteindre et chercher à guérir chez le malade c'est donc bien sa susceptibilité fondamentale, sa réceptivité aux facteurs agresseurs externes, et non ces facteurs occasionnels eux-mêmes.

Vient ensuite la mise en évidence de la symptomatologie vicariante, éliminatrice, qui permet pour un temps de sauvegarder le fonctionnement optimal des organes essentiels à la vie. Cette symptomatologie exprime la tentative, l'effort accompli par la force vitale dans le but de retrouver son équilibre et, pour cette raison, elle doit être respectée. La suppression de ces symptômes vicariants, par voie de traitement localisé de quelque nature que ce soit, ne pourra qu'aggraver la maladie fondamentale qui alors se manifestera nécessairement, de suite ou plus tard, sous une forme identique ou différente, mais toujours plus grave.

La compréhension claire de ce mécanisme de la maladie, ainsi que des moyens mis en œuvre par la Force Vitale pour y remédier, évite au médecin de commettre ces deux erreurs grossières qui consistent d'abord à se tromper sur la cause réelle de la maladie et ensuite à procéder à des interventions thérapeutiques qui aggravent l'état du malade.

En troisième lieu l'étude du Traité des Maladies Chroniques nous apprend cette notion fondamentale de "continuité dans l'histoire pathologique du malade". La maladie d'aujourd'hui résulte de la maladie d'hier qui n'a pas été guérie car la thérapeutique appliquée n'a pas modifié la susceptibilité du malade. Sa prédisposition n'a pas été corrigée alors et c'est pourquoi il est de nouveau malade aujourd'hui. Hahnemann nous apprend à rétablir l'unité du malade dans le temps et nous montre comment et pourquoi les différents événements de sa vie pathologique s'enchaînent, le dernier découlant forcément des précédents.

Miasme ou susceptibilité fondamentale cause réelle de la pathologie, réaction curative d'élimination, unité du patient au cours du temps, voilà les trois grands points de la conception hahnemannienne de la maladie développée dans le Traité des Maladies Chroniques.

 

Le 6 novembre 1985

Docteur Daniel Bucken.

 


 

AVERTISSEMENT.

 

La présente édition des MALADIES CHRONIQUES est (comme l'ORGANON que nous avons publié l'an dernier) une réimpression, avec des additions, des notes et des corrections, de la seconde édition française, parue en 1846 à Paris, chez J.-B. BAILLIÈRE.

Nous l'avons toutefois limitée -suivant en cela l'exemple américain- à la partie théorique qui forme le premier tiers du premier volume de ladite édition française (et dont l'importance doctrinale n'est plus à démontrer), que nous avons complétée de toutes les préfaces qui figurent dans les différents volumes de la seconde édition originale allemande.

Le texte que BAILLIÈRE publia en 1846 est une traduction, par le docteur A. J. L. JOURDAN, du premier volume, paru en 1835, de la seconde édition allemande, à laquelle le traducteur a ajouté en préface une traduction (incomplète d'ailleurs) de l'avant-propos du troisième volume paru en 1837.

 

Pourquoi cette édition ?

Il existe en effet en librairie une traduction française, datant de 1969, de la main de Pierre SCHMIDT (de Genève), assisté de son élève Jost KUENZLI (de Saint-Gall). Celle-ci ne suffit-elle donc pas aux besoins des homœopathes de langue française ?

Force nous est de dire que non.

En effet, si le docteur SCHMIDT a l'admirable mérite, que nous sommes le dernier à lui contester, d'avoir ranimé puis tenu bien haut et pendant plusieurs décennies en Europe continentale le flambeau de l'homœopathie Hahnemannienne uniciste, qui sans lui eût menacé de s'éteindre, -nous tenons d'ailleurs à lui rendre ici publiquement l'hommage qui lui en revient,- il faut bien reconnaître que sa traduction des MALADIES CHRONIQUES est loin d'offrir la fidélité qu'on serait en droit d'attendre d'un ouvrage d'une telle importance doctrinale -ce dont pourtant il se targue à la page 11 de ses prolégomènes.

Donnons quelques exemples :

Tout d'abord SCHMIDT se complaît à utiliser un vocabulaire pour le moins bizarre. Il nous apprend ainsi à la page 224 que la prise journalière de sucre de lait maintient le patient dans "un état d'ataraxie", alors que Hahnemann se contentait de le voir simplement plus calme, d'humeur plus égale (gleichmüthiger). Ce que Hahnemann appelle, comme tout le monde, des "climats humides" (feuchten Klimate, p. 168) devient sous la plume enthousiaste de SCHMIDT des "influences météoropathiques humides" (p. 233, n° 248). Il nous parle de "pharmacochronie", de "pharmacopollaxie", de "pharmacopraxie" (et j'en passe !), là où Hahnemann emploie le langage de tous les jours de l'honnête homme. Le titre allemand "Syphilis" (p. 108), sans doute jugé trop simple, prend, abandonné au génie imaginatif de SCHMIDT, des allures de "Thérapeutique homœosyphilitique de la Lues venerea" (p. 163) !

Mais ces fantaisies innocentes deviennent dangereuses lorsqu'elles se mettent à avoir des conséquences doctrinales. Les antipsoriques de Hahnemann (die antipsorischen Arzneien) deviennent chez SCHMIDT des "homœopsoriques" ; les miasmes de Hahnemann se transforment en de vulgaires "agents infectieux" ; SCHMIDT va ainsi jusqu'à défigurer la pensée du Maître en nous apprenant "que le virus psorique est un agent infectieux" (p. 185), là où Hahnemann nous enseigne "que la psore est un miasme chronique" (dass die Psora ein chronischer Miasm (...) sey) !

Les imprécisions de la traduction de SCHMIDT sont parfois susceptibles de faire passer Hahnemann pour un naïf ou un ignorant. Par exemple, lorsqu'il nous affirme sans sourciller à la page 181 que deux globules de Sulphur suffisent à guérir un enfant de la psore "pour toute sa vie" ! Même Hahnemann, dont l'optimisme est parfois un peu excessif, n'a jamais osé aller si loin dans le triomphalisme ! Au bas de la page 244, SCHMIDT nous parle des "substances alcalino-terreuses", là où Hahnemann a écrit "die Erden", les terres, paraissant totalement ignorer que, pour le chimiste du XIXe siècle, le mot "terres" désignait des oxydes insolubles tels l'alumine, la silice (sic), la baryte, la chaux, la magnésie, etc. (cf. infra la note au § 282). Cette désinvolture étonne, quand on sait qu'il s'agit de délimiter quelles substances sont susceptibles de devenir des remèdes antipsoriques.

 

Mais ce n'est pas encore là le plus grave. Il arrive à SCHMIDT de corriger carrément Hahnemann d'après ses conceptions personnelles -sans prévenir le lecteur. Il modifie le texte en ajoutant ou retranchant des phrases (voire des alinéas entiers), en inversant des paragraphes, en bouleversant totalement l'ordre des symptômes dans les différentes listes données par Hahnemann.

C'est ainsi qu'il introduit l'alphabet de MURE, qui ne pouvait évidemment pas figurer dans le texte de Hahnemann, aux pages 117 et 153 de sa traduction. A l'alinéa 230 (page 173 ci-dessous), dont JOURDAN donne une traduction assez fidèle, SCHMIDT met dans la bouche de Hahnemann un texte que ce dernier n'a jamais écrit lorsqu'il lui fait dire "j'ai fait là une découverte importante, à savoir que certains remèdes psoriques à action profonde et prolongée comme par exemple ARSENICUM et SULPHUR ont également la possibilité d'une phase d'action courte, comme les apsoriques (par exemple BELLADONNA) et semblent se comporter comme tels dans les affections purement aiguës." Suivent alors, après cette traduction fantaisiste, six lignes de texte qui ne figurent absolument pas chez Hahnemann (n° 233, pp. 215 et 216).

Aux pages 207 et 209, SCHMIDT inverse l'ordre des paragraphes : ce qu'il regroupe sous le numéro 229 (§§ 216 et 217 de notre édition) doit en effet se trouver avant ce qu'il place sous le numéro 228 (§§ 218 à 221 de notre édition). Page 115, le paragraphe 145 est entièrement de la main de SCHMIDT (et non seulement les trois dernières lignes, comme la parenthèse tendrait à le faire croire). Page 235, SCHMIDT supprime carrément un alinéa entier (le § 256 de notre édition), pourtant fort important, puisqu'il a trait aux anciens symptômes qui reviennent et aux nouveaux qui apparaissent.

Mais la faute la moins pardonnable que SCHMIDT s'autorise est de corriger la conception hahnemannienne de la maladie chronique en décrivant à la psore trois stades : primaire, secondaire et tertiaire (distinguant artificiellement la psore éclatée de la psore manifestée pour faire de cette dernière la psore tertiaire), là où le Maître n'avait distingué que deux stades -séparés par une phase de latence : la symptôme cutané et les symptômes secondaires de la psore manifeste (voir le § 108, page 115 ci-dessous).

N'insistons pas. Le lecteur aura compris depuis longtemps que le texte présenté par SCHMIDT n'est plus du Hahnemann, c'est avant tout du SCHMIDT. On aurait cependant aimé savoir, dans ce fouillis et dans ce galimatias pédant, ce qui en fait vient de Hahnemann. Nous ne reprochons pas à Pierre SCHMIDT d'avoir des idées personnelles sur la question. Il a le droit et nous les respectons. Mais nous aurions préféré qu'il les coule en forme de notes, nettement distinctes du texte original.

C'est pourquoi nous avons entrepris la tâche de présenter aujourd'hui au public de langue française le texte français le plus près de la pensée du Maître qui existât à ce jour, savoir la traduction de JOURDAN sur la seconde édition allemande, qui était devenu introuvable depuis plus d'un siècle, car il n'a (à notre connaissance) jamais été réédité depuis 1846.

Est-ce à dire que cette traduction est sans défaut ? Certes non. Mais elle a au moins le mérite d'essayer d'être fidèle.

JOURDAN, cependant, était un homme parfois pressé. La première traduction qu'il fit, -en 1832,- sur la première édition allemande, était assez soignée. Dans sa traduction de la seconde édition, il a fait par-ci par-là quelques corrections à sa première traduction (dans la partie du texte restée identique d'une édition à l'autre), mais, lorsqu'il s'est agi de traduire les paragraphes que Hahnemann a modifiés, remplacés ou rajoutés à sa seconde édition, JOURDAN s'est alors contenté d'une traduction à la va-vite, souvent fort imprécise, et parfois très résumée, de la pensée du Maître.

Nous possédons une photocopie du texte original allemand (signalons au lecteur intéressé qu'il a été réédité en 1983 par ORGANON-VERLAG, Berg am Starnberger See, sous le titre original Die chronischen Krankheiten, etc., et qu'on peut facilement se le procurer en librairie). Nous avons donc revu le texte de JOURDAN à la lumière de l'original et avons ainsi pu mettre en évidence un certain nombre de non-concordances.

JOURDAN a délibérément opté pour l'allégement de la phraséologie. Omettant sans vergogne ce qu'il considérait sans nul doute comme des lourdeurs de style typiquement germaniques, il a malheureusement sacrifié ainsi un grand nombre de nuances du texte original, souvent importantes -puisqu'il s'agit ici d'une œuvre scientifique.

C'eût été un travail de titan que de refaire tout le texte. Aussi nous sommes-nous contenté de signaler les erreurs ou les imprécisions qui nous ont paru les plus importantes, surtout dans les passages les plus essentiels du point de vue doctrinal, où nous nous sommes livré à une comparaison extrêmement minutieuse à la fois avec le texte allemand original et avec l'excellente traduction américaine du Professeur Louis H. TAFEL, ce qui nous a permis de proposer des traductions, souvent un peu lourdes, mais toujours extrêmement fidèles, car, lorsque le choix s'offrait à nous, nous avons chaque fois préféré sacrifier l'élégance du style à la précision et à l'exactitude du rendu de la pensée de Hahnemann.

Le lecteur méticuleux trouvera peut-être nos corrections trop peu nombreuses, tandis que l'étudiant pressé nous traitera probablement de maniaque. Peu importe. Ce travail, si incomplet et si imparfait soit-il, aura au moins le mérite d'avoir été fait ; libre à celui qui veut encore le peaufiner de s'atteler à la tâche. Nous estimons cependant que, tel qu'il est présenté actuellement, ce texte -avec ses notes et ses corrections- est en ce moment le meilleur qui existe en langue française, et qu'il permet à tout homme de bonne volonté de se faire une idée suffisamment exacte et suffisamment précise de la pensée de Hahnemann, en particulier de sa conception géniale de la maladie chronique, c'est-à-dire du plus grand problème de la médecine de tous les temps et de tous les pays, celui sur lequel tous les systèmes thérapeutiques ont buté et dont il est le premier à lever un coin du voile, le premier à proposer une thérapeutique qui, dans un très grand nombre de cas, soit réellement efficace.

Pour des raisons strictement matérielles, il n'a pas paru possible de refaire la composition du texte pour les passages qui nécessitaient une note, un complément ou une correction. Cela nous aurait entraîné vraiment trop loin. Nous avons préféré grouper toutes nos remarques à la fin du livre, nous bornant à les signaler aux endroits voulus par un, deux ou trois astérisques, selon l'importance que nous leur accordions. Ce système offre de plus au lecteur l'avantage de lui permettre de ne pas être d'accord avec notre traduction et de lui préférer le cas échéant, et après comparaison avec l'original, celle de JOURDAN ou une autre de sa propre main. Elle permet aussi à l'historien de peut-être mieux comprendre certaines discordances, divergences ou même dissidences doctrinales qui ont pu apparaître dans la façon de comprendre et d'exercer l'homœopathie en France, et dont un des points de départ a pu être telle ou telle imprécision de la présente traduction de JOURDAN.

Et, puisque nous abordons ce problème, nous ne pouvons nous empêcher de mettre ici l'accent sur un point qui nous tient particulièrement à cœur. Une des choses les plus remarquables en homœopathie est que les points de vue les plus opposés s'y côtoient, se réclamant tous de la pensée de Hahnemann et se chamaillant à coup d'articles des Études de médecine homœopathique (publiées en anglais sous le titre Lesser writings), de paragraphes de l'Organon ou de fragments des Maladies chroniques, qu'ils s'assènent avec la plus grande conviction, en se traitant, par surcroît, des noms les plus élégants et les moins courtois que leur fournissent la dérivation gréco-latino-française ou la faune aviaire !

Il est malheureusement exact que, quoi qu'ait dit Hahnemann, il est assez souvent possible de trouver quelque part un autre texte où il affirme à peu près le contraire ! Serait-il un homme d'une rare inconséquence ? Point du tout. Les choses sont bien plus simples que cela. Il y a cent cinquante ans, personne ne disposait de machines à écrire avec traitement de texte par ordinateur. Ce qui signifie que la rédaction d'ouvrages aussi denses que l'ORGANON ou les MALADIES CHRONIQUES était une longue peine qui exigeait bien des veillées à la chandelle ; et que toute modification, correction ou addition signifiait automatiquement de longues heures d'un labeur ingrat. Or, chez un homme tel que Hahnemann, jamais la pensée ne peut s'arrêter de progresser, jamais donc son œuvre ne peut être parfaite, et toujours lui faut-il sur le métier remettre son ouvrage. C'est ce qu'il ne cesse de faire tout au long de sa vie. Sans cesse il corrige ses traités fondamentaux, l'ORGANON et les MALADIES CHRONIQUES. Mais, chaque fois qu'il modifie un alinéa ou un paragraphe, l'alignant sur le point ultime de l'évolution de sa pensée, il lui est bien évidemment impossible de revoir tout le texte de A à Z -faute d'ordinateur !- et c'est ainsi que les stades antérieurs de l'évolution de sa pensée persistent (même dans le même ouvrage) à côté des productions les plus récentes de son esprit, dont le génie est toujours sur la brèche.

Il est donc indispensable de lire Hahnemann d'une façon dynamique, de rétablir l'unité spatio-temporelle de sa pensée, sous peine de ne plus rien y comprendre.

Une étude exhaustive de ce problème n'a pas ici sa place, car elle nous entraînerait à des développements d'une ampleur telle que cet Avertissement risquerait d'étouffer le texte ! Nous nous bornerons donc à en résumer très brièvement les points les plus essentiels.

 

La conception Hahnemannienne de la santé, de la maladie et de la guérison.

L'homœopathie a commencé par n'être qu'une méthode thérapeutique, une simple technique de traitement, basée sur la loi des semblables et la dynamisation des doses infinitésimales. Dans l'application de cette loi des semblables, il y a d'ailleurs deux étapes : la première (et la plus ancienne) où l'on recherche la similitude avec la maladie du patient, la deuxième où l'on recherche la similitude avec le patient lui-même, la différence entre les deux conceptions se marquant par la façon opposée dont on fait la valorisation des symptômes et leur hiérarchisation, la première accordant la prééminence aux symptômes locaux (voire pathognomoniques), la seconde aux symptômes généraux, en commençant par les mentaux.

Tout ceci marche très bien quand il s'agit des maladies aiguës, mais en ce qui concerne les maladies chroniques, Hahnemann s'est rapidement rendu compte qu'il persistait un réel problème.

La solution à ce problème se trouve dans le présent livre des MALADIES CHRONIQUES, où Hahnemann explique, en 1828, qu'il a découvert qu' "on n'a jamais affaire qu'à une portion séparée d'un mal primitif profondément situé". (1)

 

(1) Man hat es nimmer nur mit einem abgesonderten Theile eines tief liegenden Ur-Uebels zu thun, cf. § 20, p. 9 ci-dessous- p. 7 de l'original allemand.

 

Et qu'est-ce que c'est, ce mal primitif profondément situé ? Hahnemann a d'abord cru que c'était un principe contagieux, qu'il appelait "miasme", et il explique dans le présent ouvrage qu'il en existe trois.

Mais il lui fallut encore cinq ans de réflexion pour arriver à la conclusion qu'il s'agissait en réalité d'un déséquilibre, d'un désaccord, d'un dérèglement de la force vitale, ce qu'il nous enseigne pour la première fois dans la cinquième édition de l'ORGANON, parue en 1833 (§§ 9 à 16).

Ceci bien sûr n'enlève rien à ce qu'il a découvert auparavant, et, par conséquent, rien ne l'empêche de publier, en 1835, deux ans plus tard, sa seconde édition des MALADIES CHRONIQUES, étant bien entendu que tout homme intelligent comprendra, -sans qu'il soit besoin de modifier tout le texte coûteusement typographié en 1828,- que, lorsqu'on parle des trois miasmes, il ne saurait désormais plus être question d'autre chose que de trois types différents de déséquilibre de la force vitale.

L'essentiel de la pensée Hahnemannienne, à propos des maladies chroniques, c'est qu'il y a en tout être vivant, apparemment en bonne santé, un désaccord latent de la force vitale, un dérèglement caché, insoupçonné. Et ce déséquilibre latent de la force vitale, qu'il soit du type psorique, sycosique ou syphilitique -ou d'un type combiné de deux ou des trois miasmes- ne demande qu'à sortir au grand jour à la première occasion. Il se manifestera donc à la faveur d'une cause occasionnelle (1), qui fera éclater la maladie (2). Et ce pourront alors être toutes sortes de maladies, qui apparaîtront comme des maladies différentes et indépendantes les unes des autres, qui surviennent chez le même individu tout au long de son existence, mais qui ne sont jamais, en fait, que des expressions différentes d'une seule et même maladie latente, d'un seul désaccord caché de la force vitale, qui constitue une charge explosive morbide insoupçonnée (une charge miasmatique), et qui ne se manifestera (3) que si une cause occasionnelle lui sert de détonateur et la fait éclater sous la forme d'une maladie. Ce détonateur pouvant être à peu près n'importe quoi : un refroidissement ou un échauffement, des vexations répétées, un effort physique anormal, un violent chagrin, un traumatisme, etc. -et si Hahnemann avait été au courant des découvertes de la bactériologie moderne, il aurait certainement ajouté : un microbe ou un virus.

 

(1) Causa occasionalis, ORGANON, §§ 7 et 93.

 

(2) § 100, pp. 71 à 75 ci-après : diese oder jene von den namenlosen, (psorischen) chronischen Krankheiten bricht aus, l'une ou l'autre des innombrables maladies chroniques (psoriques) éclate.

 

(3) § 107, p. 114 ci-après : das (...) laut werdende Krätz-Siechthum, la maladie chronique psorique qui devient manifeste.

 

G. H. G. JAHR (1) ira jusqu'à nous dire (parlant de Hahnemann) que "même, dans sa théorie de la psore, il est loin de faire des recherches sur la nature de la tendance morbide que la gale aurait pu imprimer aux fonctions vitales de l'organisme ; ce qu'il y voyait, c'était la cause ou l'influence étrangère qui avait occasionné cette diathèse morbide et contre laquelle il cherchait des antidotes (...). Nous avons assez souvent causé avec lui pour être sûr d'avoir connu à fond sa manière de voir sur tous ces points." (Notons que c'est JAHR lui-même qui a mis les italiques.) On ne peut dire plus clairement que même l'acare n'est que la cause occasionnelle qui sert de révélateur au déséquilibre préexistant de la force vitale, mettant ainsi la diathèse psorique en évidence. (2).

 

(1) Principes et règles qui doivent guider dans la pratique de l'homœopathie, Paris, J.-B. BAILLIÈRE et FILS, 1857, pp. 46 et 47.

 

(2) Voir également le § 280 ci-après (texte complet, uniquement dans nos notes de l'éditeur).

 

Et cette psore, ce désaccord d'abord latent, puis manifeste, de la force vitale, qui est la seule véritable cause fondamentale qui produit toutes les autres formes de maladie, d'ailleurs innombrables (1), ne fait que s'amplifier et se développer d'année en année jusqu'à la mort du malade, malgré les traitements, pourtant homœopathiques, dont nous venons de parler. Nous sommes donc obligés de conclure qu'on n'a ainsi diminué en rien la charge psorique du malade.

 

(1) Die einzig wahre Grund-Ursache und Erzeugerin aller der übrigen vielen, ja unzähligen Krankheits-Formen -ORGANON, 5e éd, § 80.

 

On comprend dès lors qu'il n'y ait, en fait, que deux types de traitement possibles :

1. Le traitement curatif, qui diminue la charge psorique du malade, et qui améliore donc le niveau de santé général du malade.

2. Le traitement palliatif, qui ne diminue pas cette charge miasmatique. Il se limite à soulager le malade au plus vite des symptômes qui le gênent. Il n'améliore pas le niveau de santé général du patient. Et l'expérience montre au contraire que, malheureusement, dans la plupart des cas, il l'aggrave.

La mission du véritable médecin est de rendre la santé au malade (ORGANON, § 1) et, s'il lui est impossible d'atteindre ce bel idéal, il faut au moins qu'il améliore son niveau général de santé, c'est-à-dire qu'il diminue sa charge psorique, le désaccord -latent ou manifeste- de sa force vitale, qui est la seule véritable maladie de l'individu.

Les moyens pour y parvenir sont exposés d'une manière générale dans l'ORGANON, et dans le détail dans LES MALADIES CHRONIQUES.

Le message essentiel que nous transmet Hahnemann dans cet ouvrage n'est cependant pas limité à une technique plus efficace pour combattre la maladie chronique. Non, c'est avant tout une conception différente de la santé, de la maladie et de la guérison.

La scission se fera par conséquent entre deux types d'homœopathie, qui toutes deux cependant se réclameront de Hahnemann :

1. Celle qui rejette le message transmis dans LES MALADIES CHRONIQUES et qui se présente uniquement comme une technique supplémentaire à ajouter à l'arsenal déjà proposé par la médecine classique et les diverses médecines non conventionnelles. Elle se subdivise encore en deux catégories :

a) Une méthode purement palliative qui se focalise sur la maladie et court ainsi le risque de n'aboutir qu'à une suppression avec augmentation de la charge miasmatique du malade, et qui, dans les meilleurs des cas, ne permet de toute façon d'obtenir rien de plus qu'une palliation non toxique.

b) Une méthode superficiellement curative, qui se centre au contraire sur la totalité du malade, mais qui ne le considère que dans sa réalité instantanée, et qui, le plus souvent, ne produira pas de guérison plus profonde ou plus durable que celle d'un état aigu.

Dans les deux cas, cette façon de concevoir les choses n'est pas bien différente de celle des allopathes.

2. Celle qui a compris et qui applique le message contenu dans LES MALADIES CHRONIQUES, qui considère le malade dans la totalité spatio-temporelle de sa biopathographie (comme l'a si bien dit le docteur Daniel BUCKEN dans sa préface à l'ORGANON (1), qui regarde l'individu comme une unité réactionnelle dont chaque épisode pathologique, -fût-il le plus insignifiant en apparence ou le plus lointain dans le temps,- a une véritable signification et qui, visant la guérison -si elle ne peut toujours l'atteindre- aura pour objectif premier de réduire au minimum la charge psorique du patient, c'est-à-dire, en fait, sa susceptibilité à toutes les autres maladies.

 

(1) Éditions de l'École Belge d'Homœopathie, Bruxelles, 1984.

 

 

Quelques précisions historiques.

La première édition allemande des MALADIES CHRONIQUES (en 4 volumes) parut de 1828 à 1830 sous le titre "Die chronischen Krankheiten, / ihre eigenthümliche Natur / und / homöopathische Heilung" (Les maladies chroniques, leur nature spécifique et leur traitement homœopathique). Elle fut traduite en français par le docteur A. J. L. JOURDAN et publiée en 1832, par J.-B. BAILLIÈRE, sous le titre de Doctrine et traitement homœopathique des maladies chroniques.

La deuxième édition allemande, corrigée et considérablement augmentée (zweite, viel vermehrte -und verbesserte- Auflage), en 5 volumes cette fois, parut de 1835 à 1839 ; il fallut cependant attendre 1846 pour que la traduction de JOURDAN (en trois volumes) voie enfin le jour.

Le premier volume de cette deuxième édition allemande est formé du texte théorique dont la traduction forme le gros du présent ouvrage, avec pour seule préface celle de la première édition. Les quatre autres volumes sont consacrés à la matière médicale, les trois derniers étant chaque fois précédés d'une préface.

Le texte de JOURDAN, curieusement, ne reprend pas la préface de la première édition mais lui substitue celle du troisième volume (amputée des deux derniers alinéas). Chose plus curieuse encore, une partie de cette préface, dans une traduction différente de JOURDAN, est incorporée dans les trois dernières pages du texte théorique, pour des raisons qui ne sont connues de personne. Il n'y a, dans cette édition, aucune trace des préfaces des deux derniers volumes.

SCHMIDT, visiblement, ne possédait que le premier volume de l'original allemand, car il s'est laissé prendre au piège de cette préface fantaisiste, allant jusqu'à prétendre (aux pages 29, 32 et 259 de sa traduction) que la seconde édition française contient une importante préface et une postface posthumes, qui toutes deux ne figurent que dans la seconde édition française. Or ce texte a été publié en allemand en 1837 ! Le texte que présente SCHMIDT (en guise de préface et de postface) n'est autre chose qu'une interprétation de celui de JOURDAN ; il est manifeste qu'il ignore totalement l'original allemand.

Nous avons tenu à rétablir la réalité historique et avons donc, dans la présente édition, reproduit toutes ces préfaces dans le même ordre que dans l'original allemand. Celle de la première édition est donnée dans la traduction de JOURDAN. Celle de la troisième dans une traduction personnelle où nous avons repris ce que celle de JOURDAN avait de bon, mais que nous avons remaniée, corrigée et complétée d'après l'original allemand. Les traductions des préfaces des volumes IV et V sont entièrement de notre main.

 

 

Justification des additions, corrections et suppressions.

1. Suppressions.

Nous avons, cela allait de soi, supprimé la partie de préface artificiellement introduite par JOURDAN dans les trois dernières pages, rétablissant ainsi la conformité de la traduction avec l'original.

Nous avons également supprimé le court avertissement de l'éditeur de 1846, estimant qu'il ne présentait plus, en 1985, le même intérêt qu'au siècle dernier.

2. Corrections.

Nous avons effectué quelques corrections dans le corps du texte, à vrai dire peu nombreuses, préférant en reporter la plupart (et les commenter, le cas échéant) en fin de volume, pour des raisons avant tout techniques -des corrections dans le texte nous auraient en effet obligé à refaire une partie trop importante de la composition, ce qui aurait introduit, par ailleurs, des passages entiers en caractères légèrement différents des originaux.

3. Additions.

Nous avons reproduit intégralement la préface de la première édition française, ne nous autorisant qu'une seule modification : l'adaptation à l'orthographe moderne. Nous avons ajouté les préfaces des volumes IV et V de l'édition allemande, comme nous l'avons déjà signalé ci-dessus.

Nous avons ajouté en fin de volume de nombreuses notes, qui sont le plus souvent des précisions ou des corrections de la traduction de JOURDAN, mais qui contiennent fréquemment aussi des commentaires et / ou des renseignements complémentaires difficilement trouvables actuellement. Nous nous sommes le plus possible abstenu de considérations purement doctrinales, estimant que ce n'en était pas ici le lieu : nos commentaires visent avant tout à préciser la réalité historique, qui souvent permet de mieux comprendre la doctrine.

Le texte original contient exactement deux grands titres (Natur der chronischen Krankheiten, nature des maladies chroniques, et Heilung der chronischen Krankheiten, traitement des maladies chroniques) et cinq sous-titres (Heilung, traitement, Sycosis, sycose, Syphilis, syphilis, Psora, psore et Die Arzneien, les médicaments). En dehors de cela, il y a de temps en temps une division marquée par une ligne horizontale dans le texte. Et c'est tout.

Aussi avons-nous jugé indispensable de compléter ce livre par une table des matières détaillée, qui est en même temps le plan de l'ouvrage, car on ne retient bien que ce que l'on a bien compris, et l'on ne comprend bien que ce que l'on a bien structuré dans son esprit.

Mais pour qu'une telle table soit réellement utilisable, il fallait qu'elle renvoie à des endroits précis du texte, le numéro de la page ne pouvant suffire. Pour l'ORGANON, il n'y avait pas de problème à cet égard, puisque cet ouvrage comporte une division en paragraphes numérotés. Mais ici, point de numérotation. Aussi l'avons-nous résolument rajoutée, en suivant à la lettre la division en alinéas du texte allemand (contrairement à Pierre SCHMIDT, qui, lui, a utilisé une numérotation de son cru, sans aucune relation avec le texte original). Comme pour l'ORGANON, nous avons complété le foliotage d'origine par l'inscription de ces numéros à côté du titre courant. Nous avons également jugé utile d'ajouter une numérotation (absente dans le texte de Hahnemann) aux listes des symptômes de la psore latente (§ 97, p. 66 sqq.) et de la psore secondaire (§ 106, p. 74 sqq.). Quant aux numéros que nous avons rajoutés au § 54 (cas cliniques, p. 29 sqq.), il ne s'agit d'autre chose que d'une simple mise en conformité avec l'original allemand.

 

Bruxelles, le 1er novembre 1985.

Docteur Jean-Claude Grégoire.

 

*, **, ***. Ces astérisques, dans la marge, renvoient aux notes page 231 et suivantes. Le nombre d'astérisques est proportionnel à l'importance que nous accordons à cette note.


 

DOCTRINE ET TRAITEMENT

HOMŒOPATHIQUE

DES

MALADIES CHRONIQUES,

 

PAR LE DOCTEUR S. HAHNEMANN,

 

TRADUIT DE L'ALLEMAND SUR LA DERNIÈRE ÉDITION,

 

PAR A.-J.-L. JOURDAN,

MEMBRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE.

 

SECONDE ÉDITION

ENTIÈREMENT REFONDUE ET CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉE.

 

TOME PREMIER.

 

A PARIS, CHEZ J. B. BAILLIÈRE,

LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE,

RUE DE L'ECOLE DE MÉDECINE, 17.

LONDRES, CHEZ H. BAILLIÈRE, 219, REGENT-STREET.

1846.


 

PRÉFACE

de la première édition (1828)

 

Si je ne savais que je suis sur terre pour me perfectionner autant qu'il est en moi et faire aux autres tout le bien que mes facultés me permettent d'accomplir, je m'estimerais très maladroit de lancer dans le domaine public, avant de mourir, un art en possession duquel j'étais seul, et dont il ne tenait par conséquence qu'à moi de me réserver les avantages, en le dissimulant.

Mais, lorsque je révèle cette grande découverte au monde, je regrette d'avoir à douter que mes contemporains apprécient la justesse de ma doctrine, qu'ils se montrent observateurs scrupuleux de mes principes, et qu'ils en tirent ainsi, pour l'humanité souffrante, l'immense profit que peuvent s'en promettre ceux qui les suivront avec ponctualité. Peut-être que, rebutés par l'étrangeté de quelques-uns de mes principes, ils aimeront mieux les rejeter sans examen, sans les soumettre au creuset de l'expérience, et sans chercher à les utiliser.

Du moins ne puis-je guère me flatter que ces importantes communications soient mieux accueillies que l'ont été jusqu'à présent mes vues générales sur l'homœopathie. Car, ne voulant pas croire à l'efficacité de ces doses si faibles et si étendues, qui sont cependant la meilleure manière de développer la puissance dynamique des médicaments appliqués d'après les principes homœopathiques, et que des milliers de faits me permettaient enfin de présenter au monde médical comme étant celles qui conviennent le mieux, on a préféré, pendant des années, d'exposer les malades à des dangers, en forçant les doses, et l'on a manqué le but de cette manière, ainsi qu'il m'était arrivé à moi-même, tout le premier, avant que je me fusse arrêté à mon mode actuel d'étendre et d'atténuer les substances médicamenteuses.

Que risquait-on néanmoins en se conformant de suite à mes prescriptions, et mettant en usage, dès le principe, les faibles doses que je recommande ? Pouvait-il rien arriver de pire que de les voir ne produire aucun bien ? Car il était impossible qu'elles nuisissent ! Mais, en appliquant contre tous principes des doses élevées à des traitements homœopathiques, on a pris, pour arriver à la vérité, le détour si dangereux dans lequel je m'étais engagé moi-même en tremblant, afin de l'épargner aux autres, et d'où j'avais réussi à me tirer heureusement. Après avoir porté plus d'une fois préjudice aux malades, après avoir dissipé le temps en pure perte, il a fallu, pour obtenir des guérisons réelles, en revenir à ce que j'avais proclamé depuis longtemps avec franchise et en m'appuyant sur des motifs péremptoires.

En agira-t-on mieux par rapport à la grande découverte dont je fais part ici au public ?

Si l'on se comporte de même à son égard, tant pis pour mes contemporains ! Il sera réservé alors à la postérité plus consciencieuse et plus éclairée d'en recueillir le fruit. Elle seule parviendra, en suivant fidèlement et ponctuellement les préceptes qui vont être tracés, à délivrer le genre humain des tourments dont, aussi loin que l'histoire remonte, nous le voyons accablé par des maladies chroniques trop nombreuses pour avoir toutes reçu des noms, bienfait que n'ont point encore pu lui procurer ceux qui ont déjà exercé l'homœopathie jusqu'à ce jour.


 

 

DOCTRINE ET TRAITEMENT

HOMŒOPATHIQUE

DES MALADIES CHRONIQUES.

 

 

DE LA NATURE DES MALADIES CHRONIQUES.

 

[§ 1] JUSQU'À présent, la médecine homœopathique, fidèlement suivie telle qu'elle avait été enseignée dans mes écrits et dans ceux de mes élèves, a prouvé partout, d'une manière évidente et décisive, sa supériorité naturelle sur les méthodes allopathiques, quelles qu'elles soient, non-seulement dans les maladies aiguës, c'est-à-dire dans celles qui attaquent l'homme avec rapidité, mais encore dans les épidémies et les fièvres sporadiques.

[§ 2] L'homœopathie a également procuré la guérison radicale des maladies vénériennes d'une manière beaucoup plus sûre et plus exempte d'inconvénients ou d'affections consécutives, en attaquant uniquement par l'intérieur, et au moyen du meilleur remède spécifique, le mal interne qui en est la source, sans troubler ni détruire les symptômes locaux dont il détermine l'apparition.

[§ 3] Mais le nombre des autres maladies chroniques répandues sur la surface du globe était infiniment plus grand, énorme même, et il l'est encore.

[§ 4] Le traitement de ces maladies, tel qu'il a été dirigé jusqu'à présent par les médecins allopathistes, n'a servi qu'à accroître les souffrances de ceux qui en étaient atteints ; car, avec tous ces dégoûtants mélanges de drogues violentes employées à hautes doses, et dont la véritable manière d'agir était inconnue, avec ces bains sans cesse répétés, ces substances destinées à provoquer la sueur ou la salive en abondance, ces moyens stupéfiants, réputés anodins, avec tout cet attirail de lavements, de frictions, de fomentations, de fumigations, de vésicatoires, d'exutoires, de cautères, mais principalement avec ces éternelles prescriptions de purgatifs, de sangsues, de saignées, et ces traitements par la faim, ou autres tortures médicales, mises un jour ou l'autre en vogue par la mode, quelque nom qu'elles puissent porter, tantôt le mal devenait plus grave, et les forces vitales allaient sans cesse en baissant, malgré tous les prétendus fortifiants administrés dans les intervalles ; tantôt, lorsque ces moyens déterminaient un changement manifeste, à l'affection dont le sujet avait été atteint jusqu'alors, se substituait un autre état morbide plus redoutable, provoqué par les médicaments eux-mêmes, et de l'apparition duquel le médecin se consolait en disant qu'au moins l'ancienne maladie avait été vaincue, qu'à la vérité il était fâcheux qu'une affection nouvelle se fût déclarée, mais que du moins on pouvait espérer de guérir aussi celle-là avec non moins de bonheur que l'autre l'avait été. C'est ainsi qu'en changeant les formes d'une maladie, qui au fond restait toujours la même, et ajoutant de nouveaux maux provoqués par le malencontreux usage de médicaments nuisibles, on voyait les souffrances du malade aller sans cesse en augmentant, jusqu'à ce qu'enfin la mort imposât silence pour toujours à ses plaintes, et que les regrets de la famille fussent tempérés par l'illusion consolante qu'au moins on avait essayé et employé tous les moyens imaginables pour prévenir la catastrophe.

[§ 5] Ce n'est point ainsi que procède l'homœopathie, ce don précieux de la Divinité.

[§ 6] Même dans ces autres espèces de maladies chroniques, les adeptes de la médecine homœopathique, toutes les fois qu'ils ne les ont pas trouvées trop dénaturées par l'allopathie, ont fait, en suivant les préceptes consignés aujourd'hui dans mes ouvrages et développés autrefois dans mes leçons orales, beaucoup plus qu'on n'obtient par tous les prétendus traitements qui ont été mis en usage jusqu'à ce jour.

[§ 7] Cette manière d'agir, plus conforme à la nature, leur permettait, après avoir recherché tous les symptômes appréciables de la maladie chronique actuelle, pour lui opposer, aux plus petites doses possibles, celui des moyens dont on a jusqu'à ce jour étudié l'action pure et vraie qui était le plus homœopathique avec elle, de procurer, souvent en très peu de temps, sans soustraire des humeurs, sans épuiser les forces, comme fait l'allopathie des médecins ordinaires, une amélioration après laquelle le malade pouvait retrouver des jours heureux, et qui surpassait de beaucoup tout ce que les allopathistes avaient jamais obtenu dans des cas rares, lorsqu'un hasard favorable voulait qu'ils s'adressassent bien en puisant dans leurs boîtes de médicaments.

[§ 8] Les maux cédaient en grande partie à une très faible dose du médicament qui s'était montré apte à produire chez l'homme bien portant une série de symptômes semblables à ceux qu'on observait actuellement chez le malade, et quand l'affection n'était pas trop ancienne, portée à un très haut degré, ou trop altérée par l'allopathie, l'effet durait souvent pendant un long espace de temps, de sorte que l'humanité pouvait déjà s'estimer heureuse, et que dans beaucoup de cas elle s'applaudissait réellement d'avoir rencontré un secours venu si à propos. Le sujet traité de cette manière pouvait se croire à peu près en santé, et il lui arrivait même assez souvent de se flatter d'une guérison absolue, lorsqu'il appréciait bien l'état supportable dans lequel il se trouvait alors, et le comparait avec les souffrances qu'il ressentait avant d'avoir été soulagé par l'homœopathie (1).

 

(1) Telles étaient les guérisons de maladies dues à une psore incomplètement développée, lorsque mes élèves leur opposaient, non pas les médicaments qu'on a reconnus depuis tenir le premier rang parmi les antipsoriques, et qui n'étaient point encore connus à cette époque, mais seulement des substances aptes à couvrir le plus homœopathiquement possible les symptômes existants. Ils parvenaient ainsi à faire rentrer la psore dans son état latent, et à procurer, souvent pour de longues années, surtout chez les sujets jeunes et robustes, un bien-être que l'observateur inattentif pouvait regarder comme une véritable santé. Mais, dans les maladies chroniques provoquées par une psore déjà complètement déployée, les seuls médicaments qui fussent connus à cette époque n'opéraient pas plus alors de guérisons radicales qu'ils ne le font encore de nos jours.

 

[§ 9] Cependant il suffisait souvent d'écarts un peu grossiers dans le régime, d'un refroidissement, d'un mauvais temps, d'un froid humide ou d'un orage, de l'automne, quelque doux même qu'il fût, mais surtout de l'hiver et d'un printemps froid, d'un exercice forcé du corps ou de l'esprit, et principalement d'une secousse imprimée à l'économie par une grave lésion extérieure ou par un événement accablant, des frayeurs répétées, un vif chagrin, de grands soucis ou une tristesse prolongée, pour que, si la maladie en apparence guérie dépendait d'une psore déjà très développée, ou si le sujet était d'une constitution affaiblie, l'un ou l'autre des maux dont on avait triomphé reparût bientôt, accompagné même d'accidents nouveaux, sinon plus fâcheux que ceux dont l'homœopathie avait précédemment procuré la suppression, fréquemment du moins tout aussi graves, et maintenant plus opiniâtres. Dans ce dernier cas, le médecin homœopathiste, agissant comme s'il eût été question d'une maladie nouvelle, recourait à celui des médicaments connus qui avait le plus de rapport avec elle, et administrait naturellement avec assez de succès cette substance, qui sur-le-champ remettait le malade dans un meilleur état. Dans le premier cas, au contraire, où, par l'effet des causes dont je viens de faire l'énumération, les maux qui semblaient déjà éteints venaient à reparaître, le moyen dont on s'était bien trouvé la première fois réussissait d'une manière beaucoup moins complète, et quand on le réitérait une troisième fois, il était couronné d'un succès moins marqué encore. Alors, sous l'influence des remèdes homœopathiques en apparence les mieux appropriés, et même lorsqu'il n'y avait rien à redire au genre de vie du malade, on voyait éclater des symptômes nouveaux qu'on ne pouvait faire disparaître qu'incomplètement à l'aide des moyens les plus homœopathiques, et dont il était même impossible de diminuer l'intensité lorsque les circonstances du dehors dont il a été parlé plus haut venaient à entraver la guérison.

[§ 10] Il arrivait bien quelquefois qu'un événement propre à inspirer de la joie, un changement heureux dans la situation extérieure du sujet, un voyage agréable, une saison favorable et sèche, un beau temps soutenu, suspendaient l'affection chronique d'une manière remarquable, et pour un temps plus ou moins long, pendant lequel il pouvait se faire que le disciple de l'école homœopathique supposât la maladie à peu près guérie, et que le malade, donnant peu d'attention à des maux modérés et supportables, se crût lui-même délivré. Mais cette trêve n'était jamais de longue durée, et les fréquentes rechutes du mal finissaient par rendre les médicaments reconnus jusqu'alors pour être le plus homœopathiques et donnés aux doses les plus appropriées, d'autant moins efficaces qu'on en réitérait davantage l'administration. Une époque arrivait même où à peine procuraient-ils un léger soulagement. Mais, d'ordinaire, après des efforts réitérés pour triompher d'une affection qui se reproduisait toujours avec quelques modifications nouvelles, il restait, même lorsque le malade n'avait rien à se reprocher du côté du régime et qu'il exécutait ponctuellement tout ce qu'on lui prescrivait, des maux que les médicaments les plus éprouvés jusqu'alors ne pouvaient ni faire disparaître, ni souvent même diminuer, et qui, se multipliant sans cesse, devenaient à chaque instant de plus en plus fâcheux. Ainsi, au total, le médecin homœopathiste ne parvenait, en agissant ainsi, qu'à retarder la marche de la maladie chronique, qui cependant s'aggravait d'année en année.

[§ 11] Tel était et tel est encore le résultat plus ou moins prompt de ces traitements mis en usage contre toutes les maladies chroniques non vénériennes considérables, même lorsqu'ils semblaient être dirigés rigoureusement d'après les principes connus jusqu'alors de l'art homœopathique. Leur début inspirait de la confiance, leur prolongation produisait des effets de moins en moins favorables, et leur terminaison détruisait tout espoir.

[§ 12] Cependant la doctrine elle-même était et sera éternellement appuyée sur l'immuable base de la vérité. Elle a prouvé au monde, par des faits, qu'on peut avoir foi à son excellence, je dirais presque à son infaillibilité, si ce terme pouvait être employé en parlant de choses humaines.

[§ 13] Elle, l'homœopathie, a enseigné, seule et la première, les moyens de guérir, par des médicaments homœopathiques agissant d'une manière spécifique, les grandes maladies qui constituent des espèces à part, l'ancienne fièvre scarlatine lisse de Sydenham, le pourpre des modernes, la coqueluche, le croup, la sycose, et les dysenteries automnales. Il n'y a pas même jusqu'aux pleurésies aiguës et aux affections typhoïdes contagieuses qu'elle ne ramène promptement à la santé par quelques petites doses de remèdes homœopathiques bien choisis.

[§ 14] D'où venait donc ce résultat moins favorable, ce résultat défavorable qu'avait l'homœopathie dans le traitement des maladies chroniques non vénériennes ? A quelle cause tenait-il qu'on échouait dans tant de milliers de tentatives pour traiter les autres maladies chroniques de manière à procurer une guérison durable ?

[§ 15] Peut-être fallait-il s'en prendre au nombre trop peu considérable encore des médicaments homœopathiques dont les effets purs avaient été éprouvés !

[§ 16] Les adeptes de l'homœopathie se sont arrêtés jusqu'à présent à cette excuse, à cette sorte de consolation. Mais le fondateur de la doctrine n'a jamais pu s'en contenter, d'un côté parce que le nombre croissant d'année en année des médicaments éprouvés sous le rapport de leurs effets purs, n'a point fait faire un seul pas à la thérapeutique des maladies chroniques non vénériennes ; d'un autre côté, parce que les maladies aiguës qui ne sont pas constituées, dès leur principe, de manière à amener infailliblement la mort, non-seulement cèdent à l'emploi bien calculé des remèdes homœopathiques, mais encore tardent peu, pour la plupart, à disparaître sous la seule influence de la force éminemment conservatrice qui ne demeure jamais en repos dans notre organisme.

[§ 17] Pourquoi la force vitale, qui a été instituée pour veiller à l'intégrité de l'organisme, qui travaille sans relâche à amener la guérison, même dans les maladies aiguës les plus graves, et sur laquelle les médicaments homœopathiques exercent une influence si efficace, ne peut-elle point procurer de guérison véritable et durable dans ces maladies chroniques, même avec le secours de médicaments homœopathiques qui couvrent aussi bien que possible les symptômes actuels ? Quel est l'obstacle qui s'y oppose ?

[§ 18] Ce problème, qu'il était si naturel de se poser, dut me conduire à rechercher quelle est la nature de ces maladies chroniques.

[§ 19] Trouver la cause qui fait que tous les médicaments connus à l'homœopathie ne procurent point de guérison réelle dans ces maladies, et arriver, s'il était possible, à des vues plus exactes sur la vraie nature de ces milliers d'affections qui résistent au traitement, malgré l'inébranlable vérité de la loi homœopathique, tel est le sérieux problème dont je me suis occupé jour et nuit depuis les années 1816 et 1817. Dans ce laps de temps, le dispensateur de tout bien m'a permis d'arriver, par des méditations assidues, des recherches infatigables, des observations fidèles et des expériences de la plus parfaite exactitude, à une solution qui doit tourner au profit du genre humain (1).

 

(1) Cependant, je n'ai rien laissé transpirer de ces efforts inouïs, ni dans le public, ni parmi mes élèves, et en cela je n'ai point été retenu par la crainte de l'ingratitude qu'on m'a si souvent témoignée, car je n'ai jamais eu égard ni à l'ingratitude, ni aux persécutions, dans le cours de ma vie, qui, bien que pénible, n'a cependant point été dénuée de satisfaction, à cause de la grandeur du but auquel je tendais. Si j'ai gardé le silence, c'est qu'il est inconvenant et souvent nuisible de parler ou d'écrire sur des choses qui ne sont point encore à maturité. En 1827 seulement les principaux résultats de mes méditations ont été communiqués à ceux de mes disciples qui ont le plus contribué aux progrès de l'art homœopathique, et cette communication n'a pas profité seulement à eux, mais encore à leurs malades. Je l'ai faite afin que la science ne fût pas entièrement perdue pour le monde, si je venais à être rappelé dans le sein de l'éternité avant d'achever mon livre, ce qui n'était pas sans vraisemblance pour un homme presque octogénaire.

 

[§ 20] Le fait que les maladies chroniques non vénériennes, traitées homœopathiquement, même de la meilleure manière, reparaissent cependant après avoir été mises plusieurs fois de côté, qu'elles renaissent toujours sous une forme plus ou moins modifiée et avec de nouveaux symptômes, et qu'elles se reproduisent même chaque année avec un accroissement notable dans l'intensité de leurs accidents ; cette observation si souvent renouvelée fut la première circonstance qui me donna à penser que, dans les cas de ce genre, et même dans toutes les affections chroniques non vénériennes, on n'a point seulement affaire à l'état morbide qui se dessine actuellement, qu'il ne faut pas considérer et traiter cet état comme une maladie à part, puisque, si tel était son caractère, l'homœopathie devrait le guérir en peu de temps et pour toujours, ce qui est contraire à l'expérience. J'en conclus qu'on n'a jamais sous les yeux qu'une portion d'un mal primitif profondément situé, dont la vaste étendue se trahit par les accidents nouveaux qui se développent de temps en temps ; qu'on ne doit donc point espérer en pareil cas, comme on le fait dans l'hypothèse admise jusqu'à présent d'une maladie à part et bien distincte, de procurer une guérison durable, garantissant, soit du retour de l'affection elle-même, soit de l'apparition d'autres symptômes nouveaux et plus graves à sa place ; que, par conséquent, il est nécessaire de connaître l'étendue entière de tous les accidents et symptômes propres au mal primitif inconnu, avant de pouvoir se flatter de découvrir un ou plusieurs médicaments homœopathiques à ce dernier, qui soient capables de le couvrir, de le vaincre et de le guérir dans toute son étendue, et par suite aussi dans tous ses embranchements, c'est-à-dire dans celles de ses parties qui donnent lieu à tant de maladies diverses.

[§ 21] Mais ce qui montrait clairement en outre que le mal primitif, à la recherche duquel j'étais, devait être de nature miasmatique et chronique, c'est que jamais il ne lui arrive d'être vaincu par l'énergie d'une constitution robuste, de céder au régime le plus salubre, au genre de vie le plus régulier, ou de s'éteindre de lui-même, mais que jusqu'à la fin de la vie il s'aggrave sans cesse avec les années, en prenant la forme d'autres symptômes plus fâcheux (1), comme il arrive à toute maladie miasmatique chronique. C'est ainsi, par exemple, qu'une affection vénérienne chancreuse, qui n'a jamais été combattue par le mercure, son spécifique, et qui s'est transformée en syphilis, ne s'éteint jamais d'elle-même, augmente chaque année, même chez les sujets les plus robustes et qui mènent la vie la plus régulière, et ne cesse non plus qu'à la mort de déployer des symptômes à chaque instant nouveaux et toujours de plus en plus fâcheux.

 

(1) Assez souvent la suppuration du poumon dégénérait en aliénation mentale, le dessèchement d'ulcères en hydropisie ou en apoplexie, la fièvre intermittente en asthme, les affections du bas-ventre en douleurs dans les articulations ou en paralysies, les rhumatismes en hémorragies, etc., et il n'était pas difficile d'apercevoir que la nouvelle maladie devait avoir sa source également dans l'ancienne affection existante, et que ce ne pouvait être qu'une des parties d'un tout beaucoup plus grand.

 

[§ 22] J'en étais arrivé là lorsque mes recherches et mes observations sur les maladies chroniques non vénériennes me firent reconnaître, dès le premier abord, que l'impossibilité de guérir homœopathiquement certaines affections qui s'offraient comme des maladies particulières et jouissant d'une existence indépendante, ne paraissait que trop tenir, dans la plupart des cas, à une gale dont le sujet avait été atteint jadis ; qu'ordinairement même la date de tous les maux qu'il avait éprouvés depuis remontait jusqu'à l'époque de cet exanthème. Une attention soutenue me fit reconnaître en outre, chez les personnes atteintes de maladies chroniques qui n'avouaient pas avoir eu la gale, n'y avaient point fait attention, chose très fréquente, ou du moins ne s'en souvenaient pas, qu'on parvenait communément à découvrir que les traces légères de cette affection (boutons de gale isolés, dartres, etc.) s'étaient manifestées de temps en temps, quoique rarement, comme pour attester sans réplique l'infection à laquelle elles avaient été en proie dans les temps passés.

[§ 23] Ces circonstances, jointes au fait constaté par d'innombrables observations des médecins (1), et quelquefois aussi par ma propre expérience, que la suppression de l'exanthème psorique, soit par un traitement mal dirigé, soit par toute autre cause, avait été instantanément suivie, chez des sujets d'ailleurs bien portants, de symptômes semblables ou analogues, ne pouvaient pas me laisser le moindre doute sur l'ennemi intérieur que j'avais à combattre avec le secours de la médecine.

 

(1) Dans ces derniers temps encore, par Autenrieth (V. Gazette de Tubingue, pour l'histoire naturelle et la médecine, t. II, cah. 2).

 

[§ 24] Peu à peu j'appris à connaître des moyens plus efficaces contre cette maladie primitive, source de tant de maux, que j'appelle psore, afin de la désigner sous un nom général, contre cette affection psorique interne avec ou sans éruption cutanée ; et en appliquant ces médicaments au traitement d'affections chroniques semblables, auxquelles les malades ne pouvaient point assigner pour cause une infection de ce genre, il devint évident pour moi, d'après les succès que j'obtins, que, dans le cas même où le sujet ne se souvenait pas d'avoir eu la gale, les maux dont il se plaignait devaient cependant provenir d'une gale contractée peut-être tandis qu'il était encore au berceau, ou effacée de son souvenir, conjecture à l'appui de laquelle venaient très souvent les informations prises auprès des parents.

[§ 25] L'observation assidue de la vertu curative des remèdes antipsoriques, à la découverte desquels j'arrivai, dès les premières de ces onze années, ne fit que me confirmer de plus en plus dans la conviction que telle devait être fréquemment l'origine non-seulement des maladies chroniques légères, mais encore de celles qui offraient plus de gravité, et même des plus considérables.

[§ 26] Elle me persuada que non-seulement la plupart des innombrables maladies de peau qui ont été distinguées et dénommées d'une manière si minutieuse par Willan, mais encore presque toutes les pseudo-organisations, depuis les verrues aux doigts jusqu'aux tumeurs enkystées les plus volumineuses, depuis les simples déformations des ongles jusqu'aux gonflements des os, aux déviations de la colonne vertébrale et à plusieurs autres ramollissements ou distorsions des os, dans l'enfance ou dans l'âge avancé ; que les saignements de nez fréquents, les congestions de sang dans les veines du rectum, les flux sanguins par l'anus, l'hémoptysie, l'hématémèse et l'hématurie, l'aménorrhée et la métrorrhagie, les sueurs nocturnes habituelles et l'aridité de la peau devenue sèche comme un parchemin, les diarrhées habituelles, la constipation opiniâtre, les douleurs chroniques errant çà et là par le corps, et les convulsions reparaissant pendant plusieurs années de suite ; que les ulcérations, et phlegmasies chroniques, les atrophies, la surexcitation, les vices divers et l'abolition de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du toucher, l'excès et l'extinction de l'appétit vénérien, les perversions des facultés intellectuelles, depuis la démence jusqu'à l'extase, depuis la mélancolie jusqu'à la fureur, les lipothymies, les vertiges et les maladies du cœur, les affections du bas-ventre, avec tout le cortège des maux appelés hystérie et hypocondrie ; en un mot, que des milliers d'affections chroniques auxquelles la pathologie assigne des noms différents, ne sont, à peu d'exceptions près, que des rejetons de la psore polymorphe. En continuant mes observations, mes comparaisons et mes expériences dans ces dernières années, je demeurai convaincu que les affections chroniques du corps et de l'âme, qui varient tant sous le rapport des accidents qu'elles déterminent et des formes qu'elles revêtent chez les divers individus, ne sont toutes, quand on ne doit pas les mettre sur le compte des deux maladies vénériennes, la syphilis et la sycose, que des manifestations partielles de ce miasme chronique primitif, lépreux et psorique, c'est-à-dire des dérivés d'une seule et même immense maladie fondamentale, dont les symptômes presque innombrables ne forment qu'un seul tout, et ne doivent être considérés et traités que comme des membres d'une seule et unique maladie. De même, dans une grande épidémie de typhus, par exemple celle de l'année 1813, un malade ne présente que quelques-uns des symptômes propres à l'épidémie ; un second en offre aussi quelques-uns seulement, mais différents ; un troisième, un quatrième, d'autres encore : tous cependant sont atteints d'une seule et même fièvre pestilentielle, et l'on est obligé de prendre les symptômes chez tous ces malades, ou chez beaucoup d'entre eux, pour se former une image complète du typhus régnant, tandis que le moyen ou les moyens reconnus homœopathiques (1) guérissent le typhus entier, et par conséquent aussi déploient une efficacité spécifique dans chaque cas individuel, quoique chaque malade offre des symptômes différents de ceux qu'on observe chez les autres, et que chacun d'eux semble être atteint d'une autre affection (2).

 

(1) Dans le typhus de 1813, la bryone et le sumac vénéneux furent les remèdes spécifiques pour tous les malades.

 

(2) Voyez l'Exposition de la Doctrine homœopathique, ou Organon de l'art de guérir, trad. par A. J. L. Jourdan, Paris, 1845, § 105-108.

 

[§ 27] Il en est de même, seulement sur une bien plus grande échelle, de la psore, cette source commune de tant de maladies chroniques, dont chacune paraît différer essentiellement de toutes les autres, quoique au fond elle soit la même chose, ainsi que le démontrent et la similitude de plusieurs symptômes qui se manifestent également dans toutes pendant leur cours progressif, et la guérison de toutes par les mêmes moyens curatifs.

[§ 28] Toutes les maladies chroniques de l'homme, même celles qu'on abandonne à elles-mêmes, et que nul traitement irrationnel ne vient aggraver, ont, comme je l'ai dit, une persévérance et une durée telles qu'aussitôt qu'elles se sont développées, quand l'art n'en procure point la guérison radicale, elles vont toujours en empirant avec les années, et que les forces propres de la nature la plus robuste, secondées même par un régime et un genre de vie fort réguliers, ne peuvent ni les diminuer, ni moins encore les vaincre et les éteindre, que par conséquent elles ne disparaissent jamais d'elles-mêmes, mais croissent et s'aggravent jusqu'à la mort. Elles doivent donc avoir toutes pour cause des miasmes chroniques stables, qui leur permettent d'agrandir continuellement le cercle de leur existence parasite dans l'économie humaine.

[§ 29] En Europe, et aussi dans d'autres contrées du globe, on ne trouve, d'après tous les renseignements qui nous sont parvenus, que trois de ces miasmes chroniques, dont les maladies se manifestent par des symptômes locaux, et d'où proviennent, sinon toutes, du moins la plupart des affections chroniques ; ce sont la syphilis, que j'appelais autrefoismaladie vénérienne chancreuse, la sycose ou la maladie des fics, et enfin la psore, qui est la source de l'exanthème de la gale. Cette dernière étant la plus importante de toutes, c'est d'elle qu'il va être question d'abord.

[§ 30] C'est la psore, cette maladie chronique miasmatique la plus ancienne, la plus généralement répandue, la plus fâcheuse, et cependant la plus méconnue de toutes, qui tourmente les peuples depuis tant de milliers d'années. Mais, depuis les derniers siècles, elle est devenue la mère des milliers de maux non vénériens, aigus et chroniques, incroyablement diversifiés, dont le genre humain se trouve maintenant affligé chaque jour de plus en plus sur toute la surface habitée de la terre.

[§ 31] La psore est la plus ancienne maladie chronique miasmatique que nous connaissions.

[§ 32] Aussi chronique que la syphilis ou que la sycose, et par conséquent, lorsqu'on ne la guérit point d'une manière radicale, ne s'éteignant non plus qu'au dernier souffle de la vie, même la plus longue, puisque la nature, quelque robuste qu'elle soit, ne parvient jamais à la détruire par ses propres forces, elle est en outre, de toutes les maladies chroniques miasmatiques, la plus ancienne et celle qui présente le plus de têtes.

[§ 33] Pendant tout le temps qui s'est écoulé depuis l'époque où elle a frappé le genre humain, car l'histoire la plus reculée des plus anciens peuples ne remonte point jusqu'à leur origine, les phénomènes morbides par lesquels elle se manifeste ont acquis une telle extension, jusqu'à un certain point explicable par l'immense développement qu'elle a dû prendre depuis si longtemps dans tant de millions d'organismes par lesquels elle a passé, qu'on ne peut presque plus nombrer ses symptômes secondaires, et que toutes les affections chroniques naturelles (c'est-à-dire non produites par l'art des médecins ou par des travaux insalubres sur le mercure, le plomb, l'arsenic, etc.), qui figurent sous cent noms différents dans la pathologie ordinaire, la reconnaissent pour véritable et unique source, à l'exception de celles qui sont dues à la syphilis, et de celles, bien plus rares encore, qui proviennent de la sycose.

[§ 34] Les plus anciens monuments historiques que nous possédions parlent déjà de la psore très développée. Moïse (1) en a dépeint plusieurs modifications, il y a trente-quatre siècles. Cependant il paraît qu'à cette époque, et comme elle a continué de le faire parmi les Israélites, cette affection avait fixé son principal siège aux parties extérieures du corps, de même qu'elle l'a fait ensuite, soit chez les Grecs avant leur civilisation, soit plus tard chez les Arabes, soit enfin en Europe durant la barbarie du moyen âge. Il n'entre pas dans mon sujet de rapporter les noms que les différents peuples ont donnés aux variétés plus ou moins malignes de lèpre (symptômes extérieurs de la psore), qui défiguraient diversement l'extérieur du corps. Ces noms nous importent fort peu, puisque l'essence de la maladie psorique pruriteuse et miasmatique est au fond restée toujours la même.

 

(1) Dans le troisième livre, au chapitre 13e, et là aussi où Moïse parle (chap. 21, v. 20) des affections du corps dont un prêtre destiné aux sacrifices doit être exempt, la gale maligne est désignée par le mot hébreu בךג, que les Septante ont rendu par ψρώα άγρια, et la Vulgate par scabies jugis. Le commentateur talmudique Jonathan dit que c'est une gale sèche, répandue sur tout le corps, et traduit le mot de Moïse, תפלי, par lichen, dartre (voyez ROSENMULLER,Scholia in Levit, p. II, edit. sec, p. 124). Les commentateurs de la Bible dite anglaise sont du même avis, et Calmet, entre autres, dit que la lèpre ressemble à une gale invétérée, avec de violentes démangeaisons. Les anciens parlent aussi du prurit particulier et voluptueux, caractéristique alors comme aujourd'hui, et auquel succède une ardeur douloureuse après qu'on s'est gratté. Tel est entre autres Platon, qui appelle la gale γλυαύπιαρον ; Cicéron parle également de ladulcedo de la scabies.

 

[§ 35] Cependant la psore d'Occident qui, au moyen âge, avait été pendant plusieurs siècles si redoutable sous la forme d'un érysipèle malin, appelé feu Saint-Antoine, fut ramenée à la forme lépreuse par la lèpre que les Croisés rapportèrent dans le treizième siècle. Quoique par là elle ait été plus répandue encore en Europe qu'elle ne l'était auparavant, puisqu'en 1226 on comptait deux mille léproseries dans la seule France, la psore, qui se multipliait ainsi chaque jour de plus en plus, avec les caractères d'un hideux exanthème, trouva du moins un contre-poids à la violence de ses symptômes extérieurs dans les moyens de propreté rapportés d'Orient avec elle, c'est-à-dire dans l'usage des chemises, auparavant inconnu en Europe, et dans le goût des bains chauds, qui devint plus répandu. Ces deux moyens, joints à plus de recherche dans la préparation des aliments et à un genre de vie plus poli, qui furent la suite du progrès de la civilisation, parvinrent en deux siècles à diminuer tellement les horribles symptômes extérieurs de la psore, qu'à la fin du quinzième siècle, elle ne se montrait plus que sous la forme de l'éruption psorique ordinaire, lorsqu'en 1493, une autre maladie chronique miasmatique, la syphilis, commença pour la première fois à lever sa redoutable tête.

[§ 36] Une fois que, dans les pays civilisés, la psore se fut adoucie dans ses symptômes extérieurs, jusqu'à ne plus paraître que sous la forme de l'éruption psorique ordinaire, il devint beaucoup plus facile de nettoyer la peau, par des moyens divers, de l'exanthème qui succédait à l'infection, en sorte que depuis lors, l'usage des traitements externes étant devenu général, les manifestations de la psore à la peau sont fréquemment effacées par les bains, les lotions et les frictions avec des préparations de soufre, de plomb, de cuivre, de zinc et de mercure, avec tant de rapidité, surtout chez les personnes aisées, que, la plupart du temps, on ignore entièrement, dans ces classes de la société, qu'un enfant ou un adulte a été atteint de la gale.

[§ 37] Cependant le sort du genre humain, loin d'être amélioré pour cela, ne s'en trouvait, au contraire, que rendu beaucoup plus fâcheux sous bien des rapports. En effet, quoique, dans les siècles précédents, où l'exanthème de la psore affectait la forme lépreuse, il fût fort à charge aux malades par les élancements qui se faisaient sentir dans les tubercules et sous les croûtes, et par les violentes démangeaisons qui survenaient aux alentours, cependant le reste de l'économie s'en ressentait généralement peu, à cause de l'opiniâtreté extrême avec laquelle persistait cette grande affection cutanée, qui tenait lieu de l'affection psorique interne. Il y a plus même, l'aspect affreux et repoussant d'un lépreux faisait une impression si profonde sur les individus bien portants, que tous fuyaient à son approche, et que la réclusion du plus grand nombre de ces infortunés dans les léproseries, les tenait éloignés du reste de la société, ce qui limitait beaucoup la contagion et la rendait rare, proportion gardée.

[§ 38] Mais, depuis que les causes réunies au quatorzième et au quinzième siècles ont adouci la psore, quant à ses caractères extérieurs, en lui faisant prendre la forme d'une simple éruption cutanée, dans laquelle les papules qui succèdent à l'infection font d'abord peu de saillie et peuvent être aisément cachées, mais sont continuellement déchirées par le malade, à cause des démangeaisons qui les accompagnent, et répandent ainsi autour d'elles le liquide qu'elles renferment, le miasme producteur de la maladie se communique d'autant plus facilement et plus sûrement à de nombreux individus, que la contagion a lieu d'une manière moins patente, les objets invisiblement souillés par le liquide psorique infectant bien plus d'hommes qui y touchent sans le savoir, que ne pouvaient jamais le faire les lépreux, dont l'extérieur effrayant faisait fuir tout le monde.

[§ 39] C'est de cette manière que la psore est devenue le plus contagieux et le plus répandu de tous les miasmes chroniques.

[§ 40] Le miasme psorique s'est ordinairement propagé au loin déjà, quand celui qui en a été le point de départ réclame ou obtient un répercussif extérieur, comme eau blanche, onguent de précipité blanc, etc., contre l'exanthème qui lui cause des démangeaisons, sans qu'il convienne d'avoir eu la gale, souvent même sans qu'il croie l'avoir contractée, et fréquemment sans que l'homme de l'art lui-même sache que c'est la gale qu'il a ainsi répercutée par une dissolution de plomb, ou autrement.

[§ 41] On conçoit sans peine que les gens pauvres et les basses classes qui laissent la gale ravager leur peau jusqu'à ce que, devenus un objet d'horreur pour tous ceux qui les entourent, ils soient forcés de réclamer des moyens propres à la faire disparaître, ont dû jusque-là communiquer l'infection à un grand nombre de personnes.

[§ 42] Si donc l'humanité souffre davantage de ce que la forme extérieure de la psore est descendue, en s'adoucissant, de la lèpre à l'exanthème psorique, ce n'est pas seulement parce que celui-ci se contracte plus inopinément, et par suite d'une manière plus fréquente, mais encore parce que la maladie principale, toute mitigée qu'elle est, quoique plus généralement répandue sous cette nouvelle forme, n'a pas changé le moins du monde dans son essence, qu'elle est toujours d'une nature aussi redoutable que dans l'origine, et qu'après la disparition maintenant plus facile de son exanthème, elle fait des progrès d'autant plus inaperçus dans l'intérieur. Voilà comment depuis ces trois derniers siècles, après l'anéantissement (1) de son symptôme principal, elle joue le triste rôle de produire cette multitude de symptômes secondaires, c'est-à-dire cette légion de maladies chroniques dont les médecins ne soupçonnaient point la source, que, par cette raison, ils ne pouvaient pas plus guérir qu'ils n'avaient jamais réussi à guérir radicalement la psore primitive tout entière (encore accompagnée de son éruption cutanée), et que, bien loin de là, ils devaient toujours aggraver par leurs remèdes mal choisis, comme le démontre l'expérience de tous les jours.

 

(1) Les mauvais moyens mis en usage par les médecins et les médicastres ne sont pas l'unique cause de la disparition de l'exanthème psorique ; il n'est malheureusement pas rare que, sans cette influence, l'éruption abandonne la peau, comme on le verra plus loin dans les faits recueillis par d'anciens observateurs (nos 9, 17, 26, 36, 50, 58, 61, 64, 65). La syphilis et la sycose ont donc toutes deux à cet égard un grand avantage sur la psore, qui consiste en ce que, dans la première, les chancres ou les bubons, et, dans la seconde, les fics, ne disparaissent des parties extérieures que quand on les détruit maladroitement par des topiques, ou lorsqu'on traite rationnellement la maladie entière par des médicaments internes. Il suit de là que la syphilis ne peut éclater tant que les chancres n'ont point été anéantis par l'art, ni les symptômes secondaires de la sycose se manifester tant que les fics ont été respectés ; car ces affections locales, qui tiennent lieu de la maladie interne à laquelle ils appartiennent, persistent d'elles-mêmes jusqu'à la fin de la vie, sans permettre à la maladie interne d'éclater, ce qui rend très facile de les guérir dans toute leur étendue, c'est-à-dire radicalement, par les médicaments internes spécifiques contre elles, dont on n'est alors obligé de continuer l'emploi que jusqu'au moment où les symptômes locaux (chancres et fics), persistants de leur nature quand on ne les combat pas par des répercussifs externes, sont complètement guéris, car alors on est parfaitement certain aussi d'avoir procuré la guérison radicale de la maladie interne, c'est-à-dire de la syphilis et de la sycose.

La psore, telle qu'elle s'est adoucie depuis trois siècles, en descendant du caractère de la lèpre à celui de l'exanthème psorique, n'a plus ce bon côté. L'éruption psorique ne tient pas tant à la peau, n'est pas si solidement fixée à son siège, que le chancre ou le fic. Lors même que les soins mal entendus d'un médecin ou d'un médicastre ne la répercutent pas, comme il arrive presque toujours, par des lotions siccatives, des pommades soufrées ou des purgatifs drastiques, il lui arrive souvent de disparaître d'elle-même, pour me servir du langage consacré, c'est-à-dire par des causes auxquelles on ne fait point attention. On la voit assez fréquemment cesser par l'effet d'un fâcheux événement physique ou moral, d'une frayeur violente, de soucis continuels, d'un chagrin accablant, d'un grand refroidissement ou d'un froid intense (comme dans l'observation n° 67, plus loin), l'usage de bains froids, tièdes et chauds, dans l'eau de rivière ou dans des eaux minérales, l'apparition d'une fièvre ou d'une autre maladie aiguë, provoquée par une cause quelconque (comme la petite-vérole, dans l'observation n° 39), celle d'une diarrhée prolongée, et quelquefois aussi par l'effet d'une inertie particulière de la peau. Dans ce cas, les suites sont tout aussi fâcheuses que quand l'exanthème a été supprimé extérieurement par une thérapeutique irrationnelle. Les symptômes secondaires de la psore interne, et l'une des innombrables maladies chroniques qui tirent leur source de là, éclatent alors tôt ou tard.

Qu'on ne croie pas que la psore, si adoucie aujourd'hui dans son symptôme local, l'affection cutanée, diffère essentiellement de l'ancienne lèpre. Il n'était pas rare non plus autrefois que cette dernière abandonnât la peau par l'usage des bains froids et d'immersions répétées dans l'eau de rivière ou dans les eaux minérales chaudes (voyez ci-après n° 35) ; mais alors aussi on n'avait pas plus d'égard aux résultats fâcheux de cette disparition, que les médecins modernes ne font attention aux maladies aiguës et chroniques que la psore interne ne manque jamais de déterminer tôt ou tard, lorsque l'éruption a quitté la peau d'elle-même, ou par l'effet d'un traitement dirigé contre elle.

 

[§ 43] Autrefois, quand la psore se bornait encore, la plupart du temps, au redoutable symptôme extérieur remplaçant la maladie interne, c'est-à-dire à la lèpre, on ne voyait pas, à beaucoup près, autant de ces innombrables maladies nerveuses, de ces affections douloureuses, de ces spasmes, de ces ulcères (cancers), de ces désorganisations, de ces infirmités, de ces paralysies, de ces marasmes, de ces perversions du physique et du moral, qu'il est si commun de rencontrer aujourd'hui. C'est seulement depuis trois siècles que le genre humain a été accablé de tous ces maux, par l'effet de la cause que je viens de signaler (1).

 

(1) L' usage du café et du thé chauds, qui s'est répandu d'une manière si générale depuis deux siècles, et qui exalte à un si haut point l'irritabilité musculaire et la sensibilité, a singulièrement accru la disposition aux maladies chroniques, et son influence s'est jointe à celle de la psore pour multiplier et diversifier encore davantage ces affections. C'est ce dont je ne puis disconvenir, quoique, dans mon petit Traité sur les Effets du Café (Leipzick, 1813, traduit en français par A. J. L. Jourdan, à la suite de l'Exposition de la Doctrine médicale homœopathique. Paris, 1835, page 290 et suiv.), j'aie peut-être fait trop grande la part que cette liqueur prend aux maux physiques et moraux du genre humain, parce qu'alors je n'avais point encore découvert que la source principale des maladies chroniques est dans la psore. Il fallait le concours de l'abus du café et du thé pour que cette dernière accablât l'humanité d'affections chroniques si nombreuses et si opiniâtres, qu'à elle seule il lui est été impossible de multiplier autant.

 

[§ 44] Voilà comment la psore est devenue la source la plus générale des maladies chroniques.

[§ 45] Depuis trois siècles qu'on a pris si inconsidérément l'habitude de la dépouiller du symptôme cutané, l'exanthème psorique, qui réduit au silence et remplace en quelque sorte le mal interne, elle engendre tant de symptômes secondaires, dont le nombre va toujours croissant, que les sept huitièmes au moins des maladies chroniques la reconnaissent pour unique source, tandis que l'autre huitième procède de la syphilis et de la sycose, ou d'une complication soit de deux, soit, ce qui est rare, de trois de ces affections chroniques miasmatiques. Il est même peu commun que la syphilis, dont on obtient si facilement la guérison par la plus petite dose d'une préparation mercurielle bien choisie, et la sycose, qui n'est pas plus difficile à guérir, au moyen de quelques doses du suc de thuya, administrées alternativement avec de l'acide nitrique, dégénèrent en maladies chroniques dont la curation offre des difficultés, à moins qu'elles ne soient compliquées avec la psore. Cette dernière est donc, de toutes les maladies, celle qu'on méconnaît le plus souvent, et par conséquent celle que les médecins traitent le plus mal et de la manière la plus pernicieuse.

[§ 46] Il est incroyable jusqu'à quel point les médecins modernes de l'école ordinaire se rendent coupables du crime de lèse-humanité, lorsque, sans excepter presque aucun professeur, aucun des praticiens le plus en réputation, aucun des écrivains les plus considérés, ils érigent en règle, et pour ainsi dire en principe infaillible, que "toute éruption psorique est une simple maladie locale, bornée uniquement à la peau, et à laquelle le reste de l'organisme ne prend pas la moindre part, qu'en conséquence on peut et doit toujours, sans scrupule, en débarrasser localement la peau par les pommades soufrées, par l'onguent de Jasser, qui est encore plus âcre, par les fumigations sulfureuses, par les dissolutions de plomb ou de zinc, mais surtout par les précipités mercuriels, dont l'action l'emporte en rapidité sur celle de tous les autres moyens ; qu'une fois la peau nettoyée de l'exanthème, tout est fini, le sujet guéri et le mal entièrement détruit ; qu'à la vérité, quand on néglige l'éruption, de manière à lui permettre de s'étendre sur la peau, il peut fort bien arriver que le principe morbifique trouve enfin l'occasion de s'insinuer, par les vaisseaux absorbants, dans la masse des humeurs, d'infecter ainsi le sang et les autres liquides, et de pervertir la santé ; qu'alors le sujet peut finir aussi par éprouver des affections dues à la présence de ces humeurs viciées, dont le corps ne tarde cependant point à être débarrassé par l'usage des purgatifs et des dépuratifs ; mais qu'en s'y prenant à temps, pour attaquer le symptôme cutané, on prévient toute espèce d'affection consécutive, et qu'alors l'intérieur de l'économie reste parfaitement sain."

[§ 47] Non-seulement on a proclamé et enseigné ces erreurs grossières, mais encore on les a mises en pratique, de telle manière qu'aujourd'hui, dans tous les hôpitaux les plus célèbres des contrées et des villes en apparence les plus éclairées, chez tous les particuliers des hautes et des basses classes de la société, dans toutes les maisons de correction et d'orphelins, en un mot, dans tous les établissements civils et militaires où il se présente des galeux, tous ces malades sans exception sont uniquement traités, par les médecins obscurs comme par les praticiens célèbres, à l'aide des moyens externes dont j'ai fait l'énumération plus haut, auxquels on ne manque pas d'ajouter quelques fortes doses de fleurs de soufre et quelques purgatifs énergiques, afin, comme on dit, de nettoyer le corps. Plus l'éruption disparaît rapidement, plus on s'applaudit du succès (1) ; une fois la peau bien nette, on assure hardiment que tout est fini, que les malades sont guéris (2) ; sans avoir égard ou vouloir faire attention aux maladies qui tôt ou tard éclateront certainement, c'est-à-dire à la psore interne, qui pourra se prononcer sous tant de milliers de formes différentes (3).

 

(1) Raisonnant d'après les fausses idées qu'ils se sont faites sur cette importante maladie, à plaisir et sans interroger la nature, les médecins assurent qu'alors le principe scabiéique déposé sur la peau n'a point encore eu le temps de pénétrer dans l'intérieur, et d'être porté par les vaisseaux absorbants dans la masse des humeurs, de manière à la corrompre en entier. Mais, hommes consciencieux, s'il suffit de la première, de la plus petite papule galeuse, avec son insupportable prurit voluptueux, qui porte irrésistiblement à se gratter, et avec l'ardeur douloureuse qui s'ensuit, pour prouver, dans tous les cas et constamment, que la maladie psorique bien développée existait déjà auparavant dans l'organisme entier, ainsi que nous le verrons plus loin ; si, d'après cela, l'extinction de l'éruption cutanée, loin de diminuer le mal général intérieur, ne fait au contraire, comme le prouvent des milliers de faits, que le contraindre à se déployer rapidement en d'innombrables maladies aiguës, ou peu à peu en maladies chroniques non moins multipliées, dont le poids est si lourd pour le genre humain, pouvez-vous alors guérir ce mal interne ? L'expérience répond que non !

 

(2) Chez quelques galeux robustes la force vitale, obéissant à la loi naturelle sur laquelle elle repose, et montrant ainsi un instinct supérieur à la prétendue raison de ceux qui la contrarient dans ses efforts, laisse à peine écouler quelques semaines sans rétablir à la peau l'exanthème qu'on croyait avoir dompté par des onguents et des purgatifs. Le malade reste à l'hôpital, où l'on a encore recours aux mêmes moyens pour nettoyer de nouveau son organe cutané. J'ai vu des soldats subir successivement, en quelques mois, jusqu'à trois de ces traitements insensés, dont les directeurs prétendaient qu'ils avaient dû contracter la gale à trois reprises différentes dans ce court espace de temps, ce qui est absolument impossible.

 

(3) J'écrivais ces lignes en 1828. Encore aujourd'hui les médecins de l'ancienne école n'ont rien changé ni à leur enseignement, ni à leur manière d'agir. Ils ne sont devenus ni plus sages ni plus humains en ce qui concerne cette partie si importante de leur art.

 

[§ 48] Lorsqu'ensuite les malheureux qu'on a bercés d'une si funeste illusion se représentent tôt ou tard avec les maux qui sont l'inévitable résultat d'un pareil traitement, avec des tumeurs, des douleurs opiniâtres dans telle ou telle partie du corps, des affections hypocondriaques ou hystériques, des douleurs arthritiques, des amaigrissements, des suppurations du poumon, un asthme permanent ou spasmodique, la cécité, la surdité, des paralysies, des caries, des hémorragies, des maladies mentales, etc., les médecins s'imaginent avoir quelque chose de nouveau sous les yeux, et, sans nul égard à la source de tous ces accidents, obéissant à la routine ordinaire de la thérapeutique, ils dirigent des médicaments inutiles et nuisibles contre des fantômes de maladies, c'est-à-dire contre les causes qu'ils assignent arbitrairement aux maux dont ils sont témoins, jusqu'à ce que le malade, après avoir vu ses maux aller toujours en croissant pendant plusieurs années, soit enfin tiré de leurs mains par la mort, ce terme de toutes les souffrances terrestres (1).

 

(1) Le hasard, car eux-mêmes ne peuvent assigner qu'une cause imaginaire à cette conduite de leur part, leur a suggéré, quand leurs recettes ne pouvaient plus rien contre le mal inconnu pour eux, le subterfuge, parfois salutaire aux malades, qui consiste à les envoyer aux bains sulfureux. Là, souvent, les malades sont délivrés d'une petite partie de leur psore, et, la première fois qu'ils font usage des eaux, la maladie chronique les quitte, jusqu'à un certain point, pendant quelque temps ; mais la répétition de ce moyen ne leur est point ou leur est peu utile, et ils retombent dans la même maladie ou dans une autre analogue, parce qu'il faut plus que du soufre seul pour guérir la psore développée.

 

[§ 49] Les anciens médecins étaient plus consciencieux à cet égard, et ils observaient avec moins de préjugés. Ils voyaient clairement et ils étaient convaincus que des maladies innombrables et les plus graves d'entre les affections chroniques succédaient à l'anéantissement de l'éruption cutanée. Aussi, comme l'expérience leur avait appris à admettre une maladie interne dans tout cas quelconque de gale, cherchaient-ils à détruire cette grande affection, dont ils supposaient avec raison l'existence simultanée, par tous les moyens internes que la thérapeutique mettait en leur pouvoir. Il est vrai que le succès ne couronnait point leurs efforts, parce qu'ils ne connaissaient pas la bonne méthode, dont la découverte était réservée à l'homœopathie ; mais leurs tentatives faites de bonne foi étaient louables en elles-mêmes, car elles se fondaient sur la notion d'une grande maladie interne à combattre dans l'éruption psorique, et les empêchaient de se borner à attaquer localement l'exanthème, comme font les modernes, qui ne croient pas pouvoir s'en débarrasser jamais assez promptement, sans égard aux graves maladies consécutives contre lesquelles les anciens nous ont montré la nécessité de se tenir en garde, par des milliers d'exemples consignés dans leurs écrits.

[§ 50] Mais les observations de ces hommes honorables parlent trop haut pour qu'on les repousse avec dédain, ou qu'on puisse consciencieusement les laisser ignorer.

[§ 51] Je vais rapporter quelques-uns de ces innombrables faits qui nous ont été transmis par d'anciens médecins, et auxquels je pourrais ajouter un nombre égal d'observations tirées de ma propre expérience, s'ils ne suffisaient pas, et au delà, pour montrer avec quelle fureur la psore se déploie lorsqu'on lui a enlevé le symptôme extérieur qui faisait taire le mal interne, et combien la conscience du médecin philanthrope est intéressée à ce que le but de ses efforts soit avant tout de guérir, par un traitement approprié, la maladie intérieure, dont l'extinction entraîne à sa suite celle de l'éruption cutanée, prévient les innombrables maux chroniques consécutifs dont la psore non guérie abreuve la vie entière, et guérit ces affections lorsque déjà elles avaient rempli d'amertume les jours du malade.

[§ 52] Les maladies aiguës, et surtout chroniques, qui doivent naissance à la suppression seule du symptôme cutané, éruption et prurit, dont la présence fait taire la psore interne qu'il remplace (**1), ou ce qu'on appelle faussement rétrocession (*2) de la gale dans le corps, sont innombrables, c'est-à-dire aussi variées que le sont elles-mêmes les constitutions individuelles et les circonstances extérieures qui les modifient.

 

(**1) Note de l'éditeur : "Die (...) Vernichtung des fur die mnere Psora berschwichtigend vikarirenden Haut Symtoms", la suppression du symptôme cutané vicariant qui fait taire la psore interne.

 

(*2) Note de l'éditeur : Rétrocession (Zurücktreibung). JOURDAN traduit très justement "rétrocession", mot que BESCHERELLE définit comme suit : "Rentrée dans l'intérieur du corps d'un principe morbifique quelconque, et qui avait son siège à l'extérieur".

La répercussion (Vertreibung, Zurücktreibung), terme que l'on rencontre fréquemment, est plus spécifiquement, selon BESCHERELLE toujours, l' "action des humeurs qui refluent au dedans du corps" (Dictionnaire national, 2 vol, 1843-46, 9e édition, 1861).

 

[§ 53] Juncker en a donné un court aperçu (1). Il a vu cette prétendue gale rentrée produire, chez les personnes jeunes et sanguines, la phtisie pulmonaire ; chez les sujets sanguins en général, des hémorroïdes, des coliques hémorroïdales et des calculs rénaux ; chez les sujets d'un tempérament sanguin et bilieux, des gonflements des glandes du sein, des raideurs d'articulation et des ulcères de mauvais caractère ; chez les personnes replètes, des catarrhes suffocants et des phtisies muqueuses. Il l'a également vue faire naître la fièvre inflammatoire, la pleurésie aiguë et la péripneumonie. On a trouvé, dit-il, à l'ouverture des cadavres, les poumons remplis d'indurations et de collections purulentes. Il a rencontré également des indurations d'un autre genre, des gonflements osseux et des ulcères qui dépendaient de cette suppression de la gale ; il ajoute qu'elle provoque principalement des hydropisies chez les personnes phlegmatiques ; que l'écoulement menstruel est retardé par elle, et que quand elle a lieu pendant le flux des règles, cette hémorragie est remplacée par une hémoptysie mensuelle ; qu'elle plonge quelquefois dans la démence les personnes disposées à la mélancolie, et que, quand les femmes deviennent alors enceintes, l'enfant périt ordinairement dans leur sein ; que la suppression de la gale occasionne parfois la stérilité (2) ; qu'en général, elle arrête la sécrétion du lait chez les nourrices, qu'elle hâte l'époque de la cessation du flux menstruel, et que, chez les femmes avancées en âge, la matrice tombe en suppuration, au milieu de douleurs profondes et brûlantes, qu'accompagne le marasme (cancer utérin).

 

(1) LOUIS-CHRÉTIEN JUNCKER, Diss. de damno ex scabie repulsa. Halle, 1750, p. 15-18.

 

(2) Une juive enceinte, qui avait la gale aux mains, la fit disparaître au huitième mois de sa grossesse, afin qu'on ne s'en aperçût pas lorsqu'elle accoucherait. Trois jours après elle accoucha ; les lochies s'arrêtèrent, et une fièvre aiguë se déclara. Sept années s'écoulèrent ensuite, pendant lesquelles la juive demeura stérile et sujette à des écoulements par le vagin. Au bout de ce temps, elle tomba dans la misère, et fut obligée de faire un long voyage pieds nus : la gale reparut alors, l'écoulement cessa, tous les autres accidents hystériques reparurent, la femme devint enceinte, et elle accoucha heureusement. (JUNCKER, loc. cit.)

 

[§ 54] Ses observations ont été fréquemment confirmées par celles d'autres praticiens (1). Ainsi on a vu, après la rentrée de la gale :

 

(1) A l'époque où je rédigeai la première édition, je ne connaissais pas encore les observations pratiques recueillies par Autenrieth à la clinique de Tubingue, en 1808. Ce que cet auteur dit des maladies produites par la suppression de la gale, n'est qu'une confirmation de ce j'avais déjà trouvé dans cent autres écrivains. Lui aussi a vu les ulcères aux jambes, la phtisie pulmonaire, la chlorose hystérique, avec des désordres divers de la menstruation, des tumeurs blanches au genou, des hydropisies d'articulations, l'épilepsie, l'amaurose, avec obscurcissement de la cornée, le glaucome, l'aliénation mentale, des paralysies, des apoplexies, la distorsion du cou, etc., accidents qu'il attribue uniquement, et à tort, aux onguents. Mais sa méthode, qui consiste à user du foie de soufre et des frictions savonneuses, ne vaut pas mieux ; car elle ne fait non plus que chasser la gale de la peau. Autenrieth n'en sait pas plus long que les autres allopathes, puisqu'il regarde comme chose ridicule de prétendre guérir la gale par des moyens internes. Ce qui, au contraire, est non-seulement ridicule, mais même pitoyable, c'est de ne pas vouloir guérir radicalement et certainement par des moyens internes la maladie psorique, dont on ne saurait obtenir la guérison par aucun de ceux qui ne font que la contraindre d'abandonner un lieu sur lequel elle s'était fixée.

 

[§ 54-1] L'asthme ; Lentilius, Miscell. med. pract. tom. I, p. 176. -Fr. Hoffmann, Abhandlung von der Kinderkrankheiten. Francfort, 1741, p. 104. -Detharding, dans Append. ad Ephem. Nat. cur., dec. III, ann. 5 et 6 ; et dans Observ. parallel. ad obs. 58. -Binninger, Observ. cent. V, obs. 88. -Morgagni, De sedibus et causis morb. Epist. XIV, 35. -Acta Nat. Cur. tom. 5, obs. 47. -J. Juncker, Consp. therap. special. tab. 31. -F.-H.-L. Muzell, Wahrnehmungen. cas. 8. Samml. II, (1). -J.-Fr. Gmelin, dans Gesner Sammlung von Beobachtungen, V. p. 21 (2). -Hundertmark. -Zieger, Diss. de scabie artificiali. Leipz, 1758, p. 32 (3). -Beireis. -Stammen, Diss. de causis cur imprimis plebs scabie laboret. Helmstaedt, 1792, page 26 (4). -Pelargus (Storch), Obs. clin. Jahrg. 1722, p. 435 à 438 (5). -Breslauer Samml. vom. Jahre 1727, p. 2937 (6). -Riedlin, le père, Obs. Cent. II, obs. 90. Augsbourg, 1691 (7).

 

(1) Un homme de trente à quarante ans avait eu longtemps auparavant la gale, que des frictions avaient fait disparaître. Depuis cette époque, il devint peu à peu et de plus en plus asthmatique ; sa respiration finit par devenir, même lorsqu'il ne se remuait pas, très courte et extrêmement pénible, accompagnée d'une sorte de sifflement continuel, mais avec peu de toux. On lui prescrivit un lavement avec un gros de scille, et, à l'intérieur, trois grains de scille en poudre. Mais une erreur fut commise, et le gros de scille introduit dans l'estomac ; le malade fut en danger de perdre la vie ; il éprouva d'affreux malaises, avec de terribles envies de vomir ; mais, peu de temps après, la gale reparut en abondance aux mains, aux pieds et sur tout le corps, ce qui mit tout à coup fin à l'asthme.

 

(2) A un asthme violent se joignaient une tuméfaction générale et de la fièvre.

 

(3) Un homme de trente-deux ans avait été délivré de la gale par des frictions avec une pommade soufrée ; il fut ensuite tourmenté onze mois par l'asthme le plus violent, jusqu'à ce que l'usage continué pendant vingt-trois jours de la sève du bouleau rappelât enfin l'exanthème, et le guérit.

 

(4) Un étudiant contracta la gale au moment d'aller à un bal, et s'en fit débarrasser au plus vite par un médecin, à l'aide d'une pommade soufrée ; mais, peu de temps après, il fut frappé d'un asthme tel qu'il ne pouvait respirer que la tête haute, et que, dans les accès, il étouffait presque entièrement. Après avoir lutté ainsi pendant une heure avec la mort, il expectorait, en toussant, de petites masses cartilagineuses, dont la sortie le soulageait très promptement. De retour dans sa ville natale, il éprouva chaque soir, pendant deux années, sans interruption, une dizaine d'atteintes de ce mal, que les soins de Beireis ne purent même pas modifier.

 

(5) Un garçon de treize ans était affecté de la teigne depuis son enfance ; sa mère répercuta l'exanthème : huit à dix jours après, il fut pris d'asthme, avec de violentes douleurs dans les membres, le dos et les genoux, et ne guérit qu'au bout d'un mois, par l'apparition d'une éruption psorique sur le corps entier.

 

(6) Une teigne, dont une petite fille était atteinte, fut supprimée par des purgatifs et autres médicaments internes. L'enfant éprouva de suite des serrements de poitrine, de la toux et un grand abattement. Son rétablissement, du reste assez prompt, n'eut lieu que quand, l'administration des remèdes ayant été interrompue, la teigne reparut.

 

(7) Un garçon de cinq ans avait depuis longtemps la gale. Cet exanthème ayant été supprimé par un onguent, l'enfant resta atteint d'une mélancolie profonde, avec toux.

 

[§ 54-2] Le Catarrhe suffocant ; Ehrenfr. Hagendorn, Hist. med. phys. cent. I, hist. 8,9 (1).-Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1723, p. 15 (2).

 

(1) La suppression d'une teigne par des onctions avec l'huile d'amandes douces donna lieu à une faiblesse extrême dans tous les membres, à une douleur d'un côté de la tête, à la perte de l'appétit, à l'asthme, à des réveils en sursaut la nuit, par le catarrhe suffocant, avec respiration stertoreuse et sifflante, convulsions dans les membres, comme à l'article de la mort, et pissement de sang. Le rétablissement de la teigne guérit toutes ces affections.

Une petite fille de trois ans avait eu pendant quelques semaines la gale, qu'on supprima par le moyen d'un onguent ; le lendemain, l'enfant fut pris d'une coqueluche, avec ronflement, hébétude et froid du corps entier, accidents qui ne cessèrent que quand la gale eut reparu.

 

(2) Une jeune fille de douze ans fut débarrassée d'une gale abondante par des frictions avec une pommade, après quoi elle éprouva une fièvre aiguë, avec toux suffocante, asthme, gonflement, et plus tard aussi point de côté. Six jours après, un médicament interne qui contenait du soufre rappela la gale, et les maux disparurent, à l'exception du gonflement ; mais au bout de vingt-quatre jours la gale se dessécha, et l'on vit reparaître une nouvelle inflammation de poitrine, avec point de côté et vomissement.

 

[§ 54-3] Des Étouffements asthmatiques ; Jean-Philippe Brendel, Consilia med. Francfort, 1615, cons. 73. -Ephem. nat. cur., ann. II, obs. 313. -Guill. Fabrice de Hilden, Observ. cent. III, obs. 39 (1).-Ph.-R. Vicat, Observ. pract. 1780. Obs. 35 (2). -J.-J. Waldschmidt, Opera, p. 244 (3).

 

(1) Le resserrement de poitrine qu'un jeune homme de vingt ans éprouva à la suite d'une gale rentrée était si grand, qu'il ne pouvait respirer, et que son pouls était à peine sensible. La mort eut lieu par suffocation.

 

(2) Une dartre humide au bras gauche d'un jeune homme de dix-neuf ans avait fini par disparaître après l'emploi d'une multitude de topiques ; mais bientôt après survint un asthme périodique, qu'un long voyage à pied, pendant les chaleurs de l'été, accrut jusqu'au point de rendre la suffocation imminente, avec gonflement et couleur bleuâtre de la face, vitesse, faiblesse et inégalité du pouls.

 

(3) L'oppression de poitrine produite par la gale rentrée augmenta au point d'étouffer le malade.

 

[§ 54-4] L'asthme, avec intumescence générale ; Waldschmidt, loc. cit. -Hœchstetter, Observ. dec. III, obs. 7. Francfort et Leipzick, 1674, p. 248. -Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1723, p. 504 (1). Riedlin, le père, loc. cit. obs. 91 (2).

 

(1) Une jeune fille de quinze ans avait eu pendant quelque temps aux mains une gale abondante, qui se dessécha d'elle-même. Peu après elle fut prise de somnolence et de faiblesse ; sa respiration devint courte ; le lendemain, l'asthme existait encore, et le ventre se tuméfia.

 

(2) Un paysan âgé de cinquante ans, qui avait gardé la gale pendant longtemps, s'en débarrassa enfin par un topique, pendant l'action duquel il fut pris d'une grande difficulté de respirer, avec perte d'appétit et tuméfaction du corps entier.

 

[§ 54-5] L'asthme et l'hydropisie ; Storch, dans Act. Nat. Cur. tom. V, obs. 147. -Morgagni. De sed. et causis morb. XVI, art. 34 (1). -Richard, Recueil d'obs. de méd. tom. III, p. 308. Paris, 1772. -Hagendorn, loc. cit. cent. II, hist. 15 (2).

 

(1) Une jeune fille se guérit de la gale avec un onguent, et se trouva sur-le-champ en proie à un asthme des plus violents, sans fièvre. Après deux saignées, ses forces baissèrent tellement, et l'asthme augmenta à tel point, qu'elle mourut le lendemain. Toute la poitrine était pleine d'une sérosité bleuâtre, ainsi que le péricarde.

 

(2) La suppression de la teigne chez une fille de neuf ans détermina une fièvre lente, avec tuméfaction générale et difficulté de respirer, qui ne guérit qu'à la réapparition de la teigne.

 

[§ 54-6] La pleurésie et l'inflammation de poitrine ; Pelargus, loc. cit. p. 10 (1). -Hagendorn. loc. cit. cent. III, hist. 58. -Giseke, Hamb. Abhandl. p. 310. -Richard de Hautesierk, Recueil d'observ. de médecine. -Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1721, p. 23 et 114 (2) ; et Jahrg. 1723, p. 29 (3) ; et Jahrg. 1722, p. 459 (4). -Sennert, Praxis med. lib. II, p. III, cap. 6, p. 380. -Jerzembski, Diss. Scabies salubris in hydropeHalle, 1777 (5). -C. Wenzel, Die Nachkrankheiten von zurueckgetrelener Krœtze. Bamberg, 1826. 40 (6).

 

(1) On fit disparaître, à l'aide d'une pommade soufrée, une gale dont un homme de quarante-six ans était affecté depuis longtemps. Cet homme éprouva sur-le-champ une inflammation de poitrine, avec crachement de sang, gène de la respiration, qui devint très courte, et anxiété extrême. Le lendemain, la chaleur et l'anxiété étaient presque insupportables, et, le troisième jour, les douleurs de poitrine avaient augmenté. Alors s'établit une sueur abondante. Au bout de quinze jours la gale avait reparu, et le malade se trouvait mieux. Cependant il eut une récidive : sa gale se dessécha, et il mourut treize jours après la rechute.

 

(2) Un homme maigre périt d'inflammation de poitrine et d'autres accidents vingt jours après la répercussion d'une gale dont il était atteint.

 

(3) Un garçon de sept ans, chez lequel la teigne et la gale se desséchèrent, périt en quatre jours d'une fièvre aiguë, avec asthme humide.

 

(4) Un jeune homme qui se débarrassa de la gale avec un onguent dans lequel il entrait du plomb, mourut quatre jours après d'une maladie de poitrine.

 

(5) Une hydropisie générale fut rapidement guérie par la réapparition de la gale ; celle-ci ayant été supprimée par un grand refroidissement, la mort survint trois jours après, à la suite d'un point de côté.

 

(6) Chez un jeune paysan, fièvre aiguë, avec point de côté, oppression de poitrine, etc., six jours après la répercussion de la gale par des frictions avec une pommade soufrée.

 

[§ 54-7] Le point de côté et la toux ; Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1722, p. 79 (1).

 

(1) Un enfant de treize ans, chez lequel la gale se dessécha, fut atteint de toux et d'élancements dans la poitrine, qui disparurent lorsque l'éruption revint à la peau.

 

[§ 54-8] Une toux violente ; Richard, loc. cit. -Juncker, Conspectus med. theor. et pract. tab. 76. -Hundertmarck, loc. cit. p. 23 (1).

 

* (1) Un homme de trente-six ans, qui avait été, seize mois auparavant, délivré de la gale par une pommade savonneuse et mercurielle, fut sujet depuis lors à une violente toux spasmodique, accompagnée d'une grande anxiété.

 

[§ 54-9] Le crachement de sang ; Phil.-Georges Schrœder, Opusc. II, p. 322. -Richard, loc. cit. -Binninger, Observ. cent. V, obs. 88.

 

[§ 54-10] Le crachement de sang et la phtisie pulmonaire ; Chrét. Max. Spener, Diss. de ægro febri maligna, phthisi complicata, laborante. Giessen, 1.699 (1). -Baglivi, Opera, p. 215. -Sicelius, Praxis casual. Exerc. III, cas. I. Francfort et Leipzick, 1743 (2). -Morgagni, loc. citXXI, art. 32 (3). -Unzer, Arzt. CCC, p. 508 (4). -C. Wenzel, loc. cit. p. 32.

 

(1) Un jeune homme de dix-huit ans avait la gale, dont il se délivra enfin à l'aide d'une lotion de couleur noirâtre. Quelques jours après il fut pris de froid et de chaleur, d'abattement, d'anxiété précordiale, de céphalalgie, de nausées, d'une soif vive, de toux, de gêne dans la respiration ; il cracha du sang, et tomba dans le délire ; sa face devint livide, et ses traits se décomposèrent ; l'urine acquit une couleur rouge foncé, sans sédiment.

 

(2) Les accidents furent déterminés, chez un jeune homme de dix-huit ans, par une gale qu'on fit disparaître avec une pommade mercurielle.

 

(3) Une gale, qui avait disparu d'elle-même, occasionna une fièvre lente et un crachement de pus mortel. On trouva dans le cadavre le poumon gauche plein de pus.

 

(4) Un jeune homme, en apparence robuste, qui devait prêcher sous peu de jours, et qui, pour cette raison, désirait de se débarrasser d'une ancienne gale, se frotta un beau matin avec de l'onguent antipsorique. Au bout de quelques heures, après son dîner, il mourut, ayant éprouvé des anxiétés, de la gêne dans la respiration et du ténesme. L'ouverture du corps fit voir que le poumon entier était plein de pus liquide.

 

[§ 54-11] Des collections de pus dans la poitrine ; F.-A. Waitz, Medic.-chirurg. Aufsætze, P. I, p. 114, 115 (1). -Préval, dans Journal de méd. LXI, p. 491.

 

(1) Il s'agit d'un empyème dû à une gale qui s'était manifestée quelques années auparavant, surtout en mai et en avril, et dont le sujet avait obtenu la disparition au moyen de remèdes externes.

 

[§ 54-12] Des collections purulentes dans le mésentère ; Krause. -Schubert, Diss. de scabie humana. Leipzick, 1779, p. 23 (1).

 

(1) Un jeune homme, que son médecin détournait d'employer la pommade soufrée contre une gale récidivée, ne tint pas compte de ce conseil ; Il fit des frictions, et mourut de constipation. A l'ouverture du corps, on trouva plusieurs collections purulentes dans le mésentère.

 

[§ 54-13] Des altérations considérables d'un grand nombre de viscères ; J.-H. Schulze, dans Act. Nat. Cur. tom. I, obs. 231 (1).

 

(1) Chez ce sujet le diaphragme et le foie étaient malades aussi.

 

[§ 54-14] Des altérations du cerveau ; Diemerbroek, Obs. et curat. med. obs. 60. -Bonet, Sepulchret. anat. sect. IV, obs. 1, § 1 (1) et § 2 (2). -J.-H. Schulze, loc. cit.

 

(1) Un enfant de deux ans périt d'une teigne répercutée. A l'ouverture du corps, on trouva beaucoup de sérosité sanguinolente dans le crâne.

 

(2) Une femme périt après s'être débarrassée de la teigne par des lotions. Une moitié du cerveau fut trouvée putréfiée et pleine d'un ichor jaune.

 

[§ 54-15] L'hydrocéphale ; Acta Helvet. V, p. 190.

 

[§ 54-16] Des ulcères à l'estomac ; L.-C. Juncker, Diss. de scabie repulsa. Halle. 1750, p. 16 (1).

 

(1) Un homme de moyen âge et d'un tempérament bilioso-sanguin était atteint de douleurs goutteuses dans le bas-ventre, et souffrait en outre de la pierre. Après que la goutte eut été chassée par des moyens divers, la gale éclata, mais elle fut combattue par un bain dessicatif de tan ; alors il survint un ulcère à l'estomac, qui accéléra la mort du malade, ainsi que l'on s'en convainquit à l'ouverture du corps.

 

[§ 54-17] Le sphacèle de l'estomac et du duodénum ; Hundertmarck, loc. cit. p. 29 (1).

 

(1) Un garçon de sept semaines et un jeune homme de dix-huit ans périrent très promptement d'une gale répercutée par la pommade soufrée. On trouva chez le premier la partie supérieure de l'estomac, immédiatement au-dessus du cardia, et chez l'autre la portion du duodénum dans laquelle s'ouvrent les canaux cholédoque et pancréatique, détruites par la gangrène. -Une inflammation de l'estomac, qui se termina par la mort, chez un homme de peine, avait été produite par une gale rentrée. (V. Morgagni, loc. cit., LV, art. 11.)

 

[§ 54-18] Une œdématie générale (1).

 

(1) On en trouve d'innombrables exemples dans une foule d'auteurs, parmi lesquels je citerai seulement J.-D. Fick (Exercitatio med. de scabie retropulsa. Halle, 1710, § 6). Ce médecin parle d'une gale qui, ayant été combattue par des mercuriaux, laissa à sa suite une hydropisie générale, dont le sujet ne fut débarrassé qu'à la réapparition de l'exanthème. -L'auteur d'un livre qui porte le nom d'Hippocrate (Epidemion, lib. 5, n°4) a parlé le premier de cette fâcheuse terminaison. Un Athénien était atteint d'un exanthème pruriteux, assez semblable à la lèpre, et répandu sur tout le corps, principalement sur les parties génitales. Il s'en délivra en faisant usage des bains chauds de l'île de Mélos, mais fut frappé ensuite d'une hydropisie à laquelle il succomba.

 

[§ 54-19] L'ascite ; Richard de Hautesierk, loc. cit. -Et dans plusieurs observateurs.

 

[§ 54-20] L'hydrocèle (chez des jeunes garçons) ; Fr. Hoffmann, Med. rat. syst. III, p. 175.

 

[§ 54-21] Un gonflement rouge de tout le corps ; Lentilius, Misc. med. pract. tom. I, p. 176.

 

[§ 54-22] La jaunisse; Baldinger ; Krankheiten einer Armee, p. 226. -J.-R. Camerarius, Memorab. cent. X, § 65.

 

[§ 54-23] Des gonflements des parotides ; Barette, dans Journ. de méd. XVIII, p. 169.

 

[§ 54-24] Des gonflements des glandes du cou ; Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1723, p. 593 (1). -Unzer, Arzt, P. VI. 301. (2)

 

(1) Un garçon de huit à neuf ans, qui venait d'être traité de croûtes laiteuses, portait un grand nombre de glandes engorgées au cou, qui en paraissait tout déformé et raide.

 

(2) Un jeune homme de quatorze ans avait la gale, qu'il fit passer en se frottant avec un onguent gris. Quelque temps après se manifestèrent, derrière les deux oreilles, des gonflements glandulaires dont le gauche s'effaça de lui-même, mais dont le droit acquit un volume énorme dans l'espace de cinq mois, et ne tarda pas à devenir douloureux. Toutes les glandes du col étaient tuméfiées. A l'extérieur, la grosse tumeur était dure et insensible, mais le malade y éprouvait intérieurement des douleurs sourdes, surtout pendant la nuit. En outre, il respirait et avalait difficilement. Tous les moyens mis en usage pour amener cette tumeur à suppuration furent inutiles ; elle était si grosse, qu'elle étouffa le malade six mois après son apparition.

 

[§ 54-25] L'obscurcissement de la vue et la presbytie ; Fr. Hoffmann, Consult. med. I, cas. 50 (1).

 

(1) Une jeune fille de treize ans avait la gale, surtout aux membres, à la figure et aux parties génitales. On l'en débarrassa enfin par des pommades avec le zinc et le soufre. Immédiatement après sa vue s'affaiblit peu à peu. Il lui passait devant les yeux des corpuscules opaques, qu'on voyait du dehors flotter dans l'humeur aqueuse de la chambre antérieure. La jeune personne ne pouvait distinguer les petits objets qu'avec le secours de lunettes. Les pupilles étaient dilatées.

 

[§ 54-26] L'ophthalmie ; G.-W. Wedel. -Snetter, Diss. de ophthalmia. Jena, 1713. -Hallmann, dans Konigl. Vetenskaps handl. f. A. X. 1776, p. 210 (1). -G.-C. Schiller, De scabie humida, p. 42. Erford, 1747.

 

(1) Une jeune fille avait une éruption psorique abondante aux jambes, avec de grands ulcères au jarret. La petite vérole, dont elle vint à être atteinte, la délivra de cet exanthème. Il s'ensuivit pendant deux ans une inflammation humide du blanc de l'œil et des paupières, avec prurit et ulcération, et perception de corps obscurs voltigeant devant les yeux. La malade chaussa pendant trois jours les bas de laine d'un enfant galeux. Le dernier jour, il éclata chez elle une fièvre, avec toux sèche, tension dans la poitrine et envies de vomir. Le lendemain, la fièvre et le mal de poitrine diminuèrent à l'apparition d'une sueur pendant laquelle se manifesta aux deux jambes un érysipèle qui dégénéra dès le jour suivant en véritable gale. La vue s'améliora.

 

[§ 54-27] La cataracte ; C.-T. Ludwig, Advers. med. t. II, p. 15 (1).

 

(1) Un homme chez lequel on avait fait disparaître l'éruption psorique et qui du reste était robuste, fut atteint de la cataracte.

 

[§ 54-28] L'amaurose ; Northof, Diss. de scabie, Gœttingue, 1792, p. 10 (1). -C.-T. Ludwig, loc. cit. (2). -Sennert, Prax. lib. III, sect. 2, cad. 44. -Trecourt, Chirurg. Wahrnehmungen, p. 173, Leipzick, 1777. -Fabrice de Hilden, cent. II, obs. 39 (3).

 

(1) Une gale répercutée provoqua une amaurose qui cessa à la réapparition de l'exanthème.

 

(2) Un homme robuste, à qui l'on avait traité une gale par des répercussifs, fut atteint d'une goutte sereine, et demeura aveugle jusqu'à sa mort qui eut lieu dans un âge fort avancé.

 

(3) Amaurose produite par la même cause et accompagnée d'affreux maux de tête.

 

[§ 54-29] La surdité ; Thore, dans Capelle, Journ. de Santé, tom. I. -Daniel, Syst. ægritud. II, p. 228. -Ludwig, loc. citL'inflammation des viscères ; Hundertmark, Diss. de scabie artificiali, Leipzick, 1758, p. 29.

 

[§ 54-30] Des hémorroïdes, un flux de sang par le rectum ; Acta Helv. V, p. 192 (1). -Daniel, Syst. ægritud. II, p. 245 (2).

 

(1) Le flux de sang par l'anus reparaissait tous les mois.

 

(2) A la suppression d'une gale succédèrent un écoulement de huit livres de sang en quelques heures, des douleurs dans le ventre, de la fièvre, etc.

 

[§ 54-31] Des affections du bas-ventre ; Fr. Hoffmann, Med. rat. syst. III, p. 177 (1).

 

(1) La répercussion de la gale produisit les plus violentes coliques, des douleurs dans l'hypocondre gauche, de l'agitation, une fièvre lente, de l'anxiété et une constipation opiniâtre.

 

[§ 54-32] Le diabetes ; Comm. Lips. XIV, p. 365. -Eph. Nat. Cur. Dec. II, ann. 10, p. 162. -C. Weber, Obs. f. I, p. 62.

 

[§ 54-33] La suppression d'urine ; Sennert, Praxis, lib. 3, p. 8. -Morgagni, loc. cit. XLI, art. 2 (1).

 

(1) Un jeune paysan s'était délivré de la gale au moyen d'un onguent. Peu à peu il eut une suppression d'urine, des vomissements, et quelques douleurs dans la jambe gauche. Cependant il urina ensuite plusieurs fois, mais peu, et en rendant avec douleur une urine de couleur très foncée. On essaya en vain de vider la vessie avec le cathéter. Tout le corps finit par se tuméfier, la respiration devint lente et pénible, et le malade mourut le vingt-et-unième jour après la disparition de la gale. La vessie contenait deux livres d'une urine très foncée, et le bas-ventre une sérosité qui, après avoir été mise quelque temps sur le feu, s'épaissit en une sorte de blanc d'œuf.

 

[§ 54-34] L'érysipèle ; Unzer, Arzt, P. V, p. 301 (1).

 

(1) Un homme atteint de la gale se frotta avec un onguent mercuriel ; il lui survint à la nuque une inflammation érysipélateuse, qui le fit périr au bout de cinq semaines.

 

[§ 54-35] Des écoulements. âcres, ichoreux, Fr. Hoffmann, Consult. tom. II, cas 125.

 

[§ 54-36] Des ulcères ; Unzer, Arzt, P. V, 301 (1). Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1723, p. 673 (2). -Breslauer Samml, 1727, p. 107 (3). Muzell, Wahrnehm. II. cas. 6 (4). -Riedlin fils, Cent. obs. 38 (5). -Alberti. - Gorn, Diss. de scabie, Halle, p. 24.

 

(1) Une femme, après avoir fait usage d'un onguent mercuriel contre la gale, fut atteinte d'une lèpre putride sur tout le corps, dont il se détachait des lambeaux entiers en putréfaction. Elle mourut en quelques jours, au milieu des plus vives douleurs.

 

(2) Un jeune homme de seize ans avait eu la gale pendant quelque temps ; elle se dissipa, et alors survinrent des ulcères aux jambes.

 

(3) A des frictions employées contre la gale succédèrent, chez un homme de cinquante ans, des douleurs cruelles dans l'aisselle gauche, qui durèrent pendant cinq semaines, au bout desquelles plusieurs ulcères parurent en cet endroit.

 

(4) Un charlatan donna un onguent à un jeune étudiant ; la gale de celui-ci disparut bien, mais il se manifesta un ulcère dans la bouche, dont on ne put obtenir la guérison.

 

(5) Un étudiant, qui avait gardé longtemps la gale, s'en débarrassa au moyen d'un onguent, et fut atteint alors d'ulcères aux bras et aux jambes, avec gonflement des glandes axillaires. Les ulcères se cicatrisèrent enfin sous l'influence de remèdes externes, mais le malade fut frappé d'asthme, puis d'une hydropisie, dont il mourut.

 

[§ 54-37] La carie ; Richard, loc. cit.

 

[§ 54-38] Une tumeur osseuse au genou ; Valsalva, dans Morgagni, De sed. et caus. morb. I, art. 13.

 

[§ 54-39] Des douleurs ostéocopes ; Hamburg. Magaz. XVIII, p. 3, 253.

 

[§ 54-40] Le rachitisme et le carreau chez les enfants ; Fr. Hoffmann, Kinderkrankh. Leipzick, 1741, p. 132.

 

[§ 54-41] La fièvre ; B.-V. Faventinus. Medicina empiric. p. 260. -Ramazzini, Constit. epid. urbis, II, n° 32, 1691 (1). -J.-C. Carl, -dans Act. Nat. Cur. VI. obs. 16 (2). -Reil, Memorab. clinic. Fasc. III, p. 169 (3). -Pelargus, loc cit. Jahrg. 1721, p. 276 (4). -et ib. Jahrg. 1723 (5). -Amatus Lusitanus, Cent. II, cur.33. -Schiller, Diss. de scabie humida. Erford, 1747, p. 44 (6). -J.-J. Fick, Exercil. med. de scabie retropulsa, Halle. 1710, § 2 (7). -Pelargus ; loc. cit., Jahrg. 1722, p. 122 (8), et Jahrg. 1723. p. 10, p. 14 (9) et p. 291. -C. G. Ludwig, Advers. medII, p. 157 à 160 (10). -Morgagni, loc. cit. X, art. 9 (11). XXI, art. 31 (12) XXXVIII, art. 22 (13), LV. art. 3 (14). Lanzoni, dans Eph. Nat. Cur. dec. III, ann. 9 et 10, obs. 16 et 113. -Hoechstetter. Obs. med. Dec. VIII, cas. 8 (15). -Triller. -Wehle, Diss. nullam medicinam interdum esse optimam. Wittenberg, 1754. (16). -Fick, loc. cit. § 1 (17). - Waldschmid, Opera, pag. 241. -Gerbizius, dans Eph. Nat. Cur. Dec. III, ann. 2, obs. 167. -Amatus Lusitanus, Cent. II, curat. 33 (18). -Fr. Hoffmann, Med. rat. syst. t. III, p. 175 (19).

 

(1) On trouve là beaucoup d'observations dans lesquelles la gale, ayant été repoussée par des onguents, entraîna la fièvre, avec des urines noirâtres, et où, lorsque l'exanthème reparut à la peau ; la fièvre cessa et l'urine reprit son aspect ordinaire.

 

(2) Un homme et une femme avaient depuis longtemps aux mains la gale, dont la dessication était suivie chaque fois d'une fièvre qui ne cessait qu'à la réapparition de l'exanthème. Cependant la gale était bornée à une petite partie du corps, et aucun des deux malades ne la combattit par des moyens externes.

 

(3) Scabies a febre suborta supprimitur, remota febre redit.

 

(4) La mère d'un enfant de neuf ans, atteint de la teigne, avait fait des onctions à ce petit malade : la teigne disparut, mais il s'ensuivit une fièvre violente.

 

(5) Un enfant d'un an avait eu pendant quelque temps la teigne et une éruption à la face, qui toutes deux étaient desséchées depuis peu ; il fut pris alors de chaleur, de toux et de diarrhée. La réapparition de l'exanthème à la tête rétablit sa santé.

 

(6) Une femme de quarante-trois ans, depuis longtemps tourmentée par une gale sèche, se frotta les articulations avec une pommade de soufre et de mercure ; la gale disparut, mais il se manifesta ensuite des douleurs sur les côtes droites, de la lassitude dans tous les membres, de la chaleur et des mouvements de fièvre. Après seize jours d'emploi de quelques sudorifiques, des pustules psoriques volumineuses éclatèrent sur tout le corps.

 

(7) Deux jeunes frères se débarrassèrent de la gale par le même moyen ; mais ils perdirent entièrement l'appétit, furent pris d'une toux sèche et de fièvre lente, maigrirent beaucoup, et tombèrent dans la somnolence et la stupeur. Ils allaient périr, lorsque heureusement l'exanthème se reproduisit à la peau.

 

(8) La teigne ayant disparu d'elle-même chez un enfant de trois ans, il s'ensuivit une forte fièvre catarrhale, avec toux et lassitude, et l'enfant ne guérit qu'au moment où l'exanthème reparut.

 

(9) Un ouvrier en bourses, qui devait faire un travail brodé, employa une pommade saturnine pour se délivrer d'une gale abondante ; à peine l'exanthème était-il sec, qu'il se manifesta des frissons, de la chaleur, de la gêne dans la respiration et une toux bruyante. Le malade périt suffoqué le quatrième jour.

 

(10) Un homme de trente ans, vigoureux et bien portant, contracta la gale, et la répercuta. Il fut pris ensuite d'une fièvre catarrhale, avec des sueurs excessives ; mais il se rétablit lentement à l'apparition d'une autre fièvre survenue sans cause connue. Les accès débutaient par de l'anxiété et des maux de tête, et croissaient avec la chaleur, la vitesse du pouls et les sueurs matinales. Il s'y joignit une perte extrême des forces et du délire, une agitation extrême et une respiration suspirieuse, avec des étouffements, maladie qui se termina par la mort, malgré tous les remèdes qu'on put mettre en usage.

 

(11) La gale se dissipa d'elle-même chez un jeune garçon. De la fièvre se déclara ensuite. La gale reparut alors avec plus d'intensité, et la fièvre cessa ; mais l'enfant maigrit, et, l'éruption s'étant desséchée de nouveau, il survint de la diarrhée et des convulsions, qui furent bientôt suivies de la mort.

 

(12) Une gale disparut d'elle-même à la peau ; il s'ensuivit une fièvre lente, des crachats purulents, et enfin la mort ; on trouva le poumon gauche plein de pus.

 

(13) Une femme de trente ans avait eu pendant longtemps des douleurs dans les membres et une éruption psorique abondante, dont elle se débarrassa au moyen d'une pommade ; aussitôt après survint une fièvre avec chaleur intense, soif et céphalalgie intolérable, accidents auxquels se joignirent le délire, un asthme cruel, l'œdématie du corps entier, et la tuméfaction extrême du bas-ventre. La femme succomba le sixième jour. Le ventre ne contenait que de l'air, et l'estomac, surtout, distendu par des gaz, en remplissait la moitié.

 

(14) Un homme à qui un froid violent avait supprimé la teigne, fut pris, huit jours après, d'une fièvre de mauvais caractère, avec vomissements, et à laquelle se joignit enfin le hoquet. Il mourut le neuvième jour de cette maladie. Dans le même article, Morgagni rapporte le cas d'un homme atteint de croûtes psoriques aux bras et sur d'autres parties du corps, qui se débarrassa presque entièrement de cet exanthème en portant une chemise soufrée, mais qui fut pris sur-le-champ de douleurs rhumatismales dans tout le corps, avec fièvre, de sorte qu'il ne pouvait ni reposer la nuit, ni changer de place pendant le jour ; la langue et le pharynx eux-mêmes participaient à l'affection. On eut beaucoup de peine à rappeler l'exanthème au dehors, et la santé se trouva rétablie par là.

 

(15) Une fièvre de mauvais caractère, avec opisthotonos, fut occasionnée par la répercussion de la gale.

 

(16) Un jeune marchand s'était délivré de la gale au moyen d'un onguent ; tout à coup il fut pris d'un enrouement tel qu'il ne pouvait plus parler. Survinrent ensuite un asthme sec, du dégoût pour tous les aliments, une toux violente et fatigante, surtout pendant la nuit, qui se passait sans sommeil, des sueurs nocturnes abondantes et fétides, et enfin la mort, malgré tous les efforts des médecins.

 

(17) Un homme de soixante ans contracta la gale, qui le faisait souffrir beaucoup pendant la nuit ; il employa en vain une foule de médicaments, et finit par faire usage, sur l'avis d'un mendiant, d'un remède prétendu spécifique, composé d'huile de laurier, de fleurs de soufre et d'axonge. Quelques frictions le débarrassèrent de sa gale, mais bientôt après il se déclara un froid fébrile violent, suivi d'une excessive chaleur par tout le corps, d'une soif inextinguible, d'une respiration courte et sifflante, d'insomnie, d'un tremblement violent par tout le corps, et d'une grande faiblesse, de manière que le malade rendit l'âme le quatrième jour.

 

(18) Fièvre, avec aliénation mentale, due à la même cause, et qui amena rapidement la mort.

 

(19) Après la rétropulsion de la gale, les accidents les plus fréquents sont des fièvres violentes, avec affaissement considérable des forces. Dans un de ces cas, la fièvre dura sept jours, au bout desquels la réapparition de la gale à la peau la fit cesser.

 

[§ 54-42] La fièvre tierce ; Pelargus, loc. cit., Jahrg. 1722, p. 103 ; compar. avec p. 79 (1). -Juncker, loc. cit. tab. 79. -Eph. Nat. Cur. dec. I, ann. 4. -Welsch, Obs. 15. -Sauvages,Nosologia, Spec. II. -Hautesierk, Obs. t. II, p. 300. Comm. Lips. XIX, p. 297.

 

(1) Chez un jeune garçon de quinze ans, qui avait depuis longtemps la teigne, pour laquelle Pelargus prescrivit un fort purgatif, il ne tarda pas à survenir des douleurs dans les reins et en urinant, qui furent suivies d'une fièvre tierce.

 

[§ 54-43] La fièvre quarte ; T. Bartholin, cap. 4, hist. 35. -Sennert, Paralip. p. 116. -Fr. Hoffmaan, Med. ration. syst. III, p. 175 (1).

 

(1). Les personnes âgées ont de préférence la gale sèche, et quand on combat cette maladie par des moyens externes, il s'ensuit ordinairement une fièvre quarte, qui cesse aussitôt que la gale revient à la peau.

 

[§ 54-44] Le vertige et une perte totale des forces, Gabelchover, Obs. med. Cent. II, obs. 42.

 

[§ 54-45] Un vertige épileptiforme ; Fr. Hoffmann, Consult. med. I, cas. 12 (1). - Id. ibid. p. 30 (2).

 

(1) Un homme de soixante-quinze ans avait depuis trois années une gale sèche. Il s'en débarrassa, et jouit en apparence d'une santé parfaite pendant deux ans, dans le cours desquels il éprouva seulement deux accès de vertige, qui augmentèrent peu à peu à tel point qu'une fois, en sortant de table, le malade serait tombé par terre si on ne l'avait pas soutenu. Son corps était tout couvert d'une sueur glaciale, ses membres tremblaient, toutes les parties étaient comme mortes, il y eut de fréquents vomissements acides. Un accès pareil revint six semaines après, puis il en reparut un tous les mois, pendant un trimestre. Tant qu'ils duraient, le malade ne perdait pas connaissance ; mais, à la suite de chacun, il éprouvait des pesanteurs de tête et un état d'hébétude semblable à celui que cause l'ivresse. L'accès finit par reparaître tous les jours, quoique moins fort. Le malade ne pouvait ni lire, ni réfléchir, ni se retourner brusquement, ni se courber le corps en avant ; en même temps il éprouvait de la tristesse, des pensées sinistres l'occupaient sans cesse, et il soupirait à chaque instant.

 

(2) Chez une femme de trente-six ans, qui s'était débarrassée de la gale, quelques années auparavant, à l'aide de mercuriaux, les règles étaient fort irrégulières, et retardaient souvent de dix à quinze semaines : il y avait en même temps une constipation habituelle. Au bout de quatre ans, dans le cours d'une grossesse, cette femme fut saisie de vertiges ; elle tombait tout à coup à la renverse quand elle était debout ou qu'elle marchait. Assise, elle ne perdait pas connaissance, malgré le vertige, qui ne l'empêchait ni de parler, ni de boire et de manger. Au début de l'accès, il lui prenait d'abord dans le pied gauche une sorte de fourmillement, qui dégénérait en mouvements brusques d'élévation et d'abaissement du pied. Avec le temps, les accès finirent par la priver de toute connaissance, et dans un voyage qu'elle fit en voiture, elle fut atteinte d'une véritable épilepsie, qui revint ensuite trois fois dans le cours de l'hiver. Elle ne pouvait point alors parler, et quoiqu'elle ne ployât pas les pouces dans la main, elle avait cependant l'écume à la bouche. Le fourmillement dans le pied gauche annonçait l'accès, qui éclatait tout à coup quand la sensation était arrivée jusqu'à la région précordiale. Cette épilepsie fut supprimée par cinq prises d'une poudre ; mais le vertige reparut, quoique beaucoup moins fort que par le passé. Il s'annonçait de même par un fourmillement dans le pied gauche, qui remontait jusqu'au cœur ; la malade éprouvait alors beaucoup d'anxiété et de frayeur, comme si elle fût tombée de haut, et en croyant faire cette chute, elle perdait le sentiment et la parole ; ses membres étaient agités de mouvements convulsifs. Même hors des accès, le moindre attouchement du pied lui causait une douleur extrêmement vive. Elle ressentait en même temps des douleurs violentes et de la chaleur dans la tête, et elle avait perdu la mémoire.

 

[§ 54-46] Des convulsions ; Juncker, loc. cit. tab. 53. -Hoechstetter, Eph. Nat. Cur. Dec. 8, cas. 3. -Eph. Nat. Cur. Dec. II, ann. 1, obs. 35 et ann. 5, obs. 224. -Triller. -Welle, Diss. nullam medicinam interdum esse optimum, Wittenberg, 1754, § 13, 14 (1). -Sicelius, Decas casuum I, cas. 5 (2). -Pelargus, loc. cit. Jahrg, 1723, p. 545 (3).

 

(1) Après avoir supprimé la gale dont elle était atteinte, par le moyen d'un onguent, une jeune fille tomba dans une syncope des plus profondes, qui fut bientôt suivie de convulsions effrayantes et de la mort.

 

(2) Une jeune fille de dix-sept ans, après la disparition spontanée de la teigne, fut atteinte d'une chaleur continuelle à la tête et d'accès de céphalalgie ; elle se levait quelquefois brusquement, comme si elle eût éprouvé de la frayeur ; elle avait, étant éveillée, des mouvements spasmodiques dans les membres, notamment les bras et les mains, ainsi que des anxiétés précordiales, comme si on lui eût serré la poitrine.

 

(3) La teigne se dessécha chez un adulte qui avait déjà eu pendant quelques années des tremblements dans les mains. Le malade tomba alors dans une faiblesse extrême, et il lui vint des taches rouges sur le corps, sans chaleur. Le tremblement dégénéra en secousses convulsives ; il sortit une matière sanguinolente par le nez et les oreilles ; le malade en expectora aussi par la toux, et il mourut le vingt-troisième jour, dans les convulsions.

 

[§ 54-47] Des convulsions épileptiformes et l'épilepsie, J.-C. Carl, dans Act. Nat. cur., VI, obs. 16 (1). - E. Hagendorn. loc. cit. hist. 9 (2). -Fr. Hoffmann, Cons. med. I, cas. 31 (3). -Id.Medic. rat. syst. t. IV, P. III, cap. I ; et dans Kinderkrankheiten, p. 108. -Sauvages, Nosol. spec. II. -Richard de Hautesierk, Obs. t. II, p. 300. -Sennert, PraxIII, cap. 44. -Eph. Nat. Cur. Dec. III, ann. 2, obs. 29. -Gruling, Obs. med. cent. III, obs. 73. -Th. Bartholin, cent. III, obs. 10 (4). -Riedlin, Lin. med. ann. 1696, maj. obs. 1 (5). -Lentilius, Miscell. med. pr. P. I, p. 32. -G.-W. Wedel, Diss. de œgro epileptico, Jéna, 1673 (6). -H. Grube, De Arcanis medicorum non arcanis, Copenhague, 1673, p. 165 (7). -Tulpius, Obs. Med. lib. I, cap. 8 (8). -T. Thomson, Med. Rathpflege, Leipzick, 1779, p. 107, 108 (9) 2. -Hundertmark, loc. cit. p. 32 (10). -Fr. Hoffmann, Consuls. medI. cas. 28, p. 141 (11).

 

(1) Un homme qui avait refoulé avec un onguent une gale à des retours fréquents de laquelle il était sujet, tomba dans des convulsions épileptiques, qui cessèrent lorsque l'exanthème reparut.

 

(2) Un jeune homme de dix-huit ans se délivra de la gale avec une pommade mercurielle ; deux mois après il fut pris inopinément de spasmes affectant tous les membres, tantôt l'un, tantôt l'autre, avec un resserrement douloureux de la poitrine et de la gorge, froid des extrémités, et grande faiblesse. Le quatrième jour, survint l'épilepsie, avec écume à la bouche, pendant les accès de laquelle les membres éprouvaient des contorsions singulières. Cette épilepsie ne cessa qu'au retour de la gale.

 

(3) Chez un jeune garçon à qui l'on avait supprimé la teigne par des frictions avec l'huile d'amandes douces.

 

(4) Chez des enfants, accompagnée de coqueluche.

 

(5) Après deux frictions antipsoriques, l'épilepsie éclata chez une jeune fille.

 

(6) Un jeune homme de dix-huit ans, ayant fait des frictions avec des préparations mercurielles, contre la gale, fut atteint quelques semaines après d'une épilepsie, qui revint un mois ensuite, à l'époque de la nouvelle lune.

 

(7) Un garçon de sept mois fut atteint d'épilepsie ; les parents prétendaient ignorer qu'aucun exanthème eût été répercuté. En prenant des informations exactes, la mère avoua que cet enfant n'avait eu que quelques boutons de gale à la plante des pieds, dont une pommade saturnine avait promptement procuré la disparition ; du reste, il n'avait eu aucun vestige de gale sur le corps. Le médecin vit avec raison, dans cette circonstance, l'unique cause de l'épilepsie.

 

(8) Deux enfants furent délivrés, par la manifestation de la teigne muqueuse, d'une épilepsie qui reparaissait chaque fois qu'on cherchait imprudemment à guérir la teigne.

 

(9) Une gale qui existait depuis cinq ans disparut de la peau, et produisit l'épilepsie plusieurs années après.

 

(10) La gale fut supprimée, chez un jeune homme de vingt ans, par un purgatif, qui le fit aller abondamment à la selle pendant plusieurs jours ; après quoi il demeura, pendant plus de deux ans, sujet tous les jours aux plus violentes convulsions, jusqu'à ce qu'enfin la gale fût rappelée à la peau par la sève de bouleau.

 

(11) Un jeune homme de dix-sept ans, d'une constitution robuste, et doué d'un esprit sain, éprouva, après une gale répercutée, des crachements de sang, puis des attaques d'épilepsie, que les remèdes aggravèrent au point qu'elle revenait deux fois par heure. Des saignées répétées et des médicaments en abondance l'amenèrent au point d'être débarrassé de l'épilepsie pendant un mois ; mais, peu de temps après, cette affection reparut au milieu du sommeil, dans l'après-midi, et le malade en avait deux ou trois accès chaque nuit ; en outre, il éprouvait une toux considérable, surtout pendant la nuit, et expectorait un liquide très fétide. Il fut obligé de garder le lit. Les médicaments exaltèrent tellement son mal, que les accès se renouvelaient dix fois la nuit, et huit le jour. Cependant l'écume ne venait jamais à la bouche. La mémoire était affaiblie. Les accès paraissaient à l'approche des repas, mais plus souvent après. Pendant ceux de la nuit, le malade restait plongé dans un profond sommeil, sans s'éveiller ; mais le matin, il était comme brisé. Aucun indice n'annonçait les attaques du mal, sinon qu'il se frottait le nez, en retirant le pied gauche, après quoi il tombait tout à coup.

 

[§ 54-48] L'apoplexie ; Commius, dans Eph. Nat. Cur. DecI, ann. 1, obs. 58. -Moebius, Instit. med. p. 65. -J.-J. Wepfer. Histor. apopl. Amsterd, 1724, p. 457.

 

[§ 54-49] La paralysie ; Hoechstetter, Obs. med. Dec. VIII, obs. 8, p. 245. -Journ. de méd. 1760, sept. p. 211. -Unzer, Arzt, VI, p. 301 (1). -Hundertmark, loc. cit. p. 33 (2). -Krause. -Schubert, Dissert. de scabie humani corpLéipzick, 1779, p. 23 (3). -C. Wenzel, loc. cit. p. 174.

 

(1) Une femme fut paralysée d'une jambe, à la suite d'une gale répercutée, et resta paralytique.

 

(2) Après avoir traité la gale par la pommade soufrée, un homme de cinquante-huit ans fut attaqué d'hémiplégie.

 

(3) Un homme, qui pendant longtemps avait employé inutilement des remèdes internes contre la gale, se lassa enfin, et eut recours aux frictions ; quelque temps après, il fut pris d'une paralysie des membres supérieurs ; la peau des paumes de ses mains devint dure, épaisse, et pleine de gerçures saignantes ; elle lui causait un prurit insupportable. -L'auteur parle encore, au même endroit, d'une femme qui, après la répercussion de la gale, éprouva une contracture des doigts, dont elle demeura longtemps affligée.

 

[§ 54-50] La mélancolie ; Reil, Memorab. clinicorum fascicul. III, p. 177 (1).

 

(1) Reil a vu la mélancolie succéder à la suppression de la gale, et disparaître lorsque l'exanthème se rétablissait.

 

[§ 54-51] L'aliénation mentale ; Landais, dans Jour. de méd. tom. XLI. -Amatus Lusitanus, Cur. med. cent. II, cur. 74. -J.-H. Schulze. -Brune, Diss. casus aliquot mente alienatorum. Halle. 1707, cas. 1, p. 5 (1). -F.-H. Waitz, Medic.-chirg. Aufsaetze. P. I, p. 130, Altenbourg. 1791 (2). -Richter, dans le Journal de Médecine d'Hufeland XV. II. -Grossman, dans leNouveau Magasin de Baldinger, XI. I (3).

 

(1) Un jeune homme de vingt ans avait les mains tellement chargées d'une gale humide, qu'il ne pouvait se livrer à ses occupations. Une pommade soufrée l'en délivra ; mais peu de temps après on reconnut quelle atteinte profonde la santé avait reçue de là. Le jeune homme fut pris d'aliénation mentale : il riait et chantait sans motif, et courait jusqu'à ce qu'il tombât de lassitude. De jour en jour il devenait plus malade de corps et d'esprit, lorsqu'enfin une hémiplégie le fit périr. On trouva les viscères du bas-ventre tous réunis les uns avec les autres en une seule masse, qui était couverte de petits ulcères, et pleine de nœuds, en partie de la grosseur d'une noisette, dans lesquels se trouvait une matière visqueuse et gypseuse.

 

(2) C'est la même histoire.

 

(3) Un homme de cinquante ans avait été atteint d'une hydropisie générale, après avoir supprimé la gale par des pommades. La réapparition de la gale le délivra de son enflure. Une seconde répercussion le fit tomber tout à coup dans un délire furieux ; la tête et le cou étaient gonflés au point d'amener la suffocation. A ces accidents se joignirent encore la cécité et une rétention d'urine complète. Des topiques irritants et un fort vomitif rappelèrent l'éruption psorique, et tous les symptômes disparurent lorsque l'exanthème se fut étendu sur le corps entier.

 

[§ 55] Qui pourrait, après avoir réfléchi sur ce petit nombre d'exemples, auxquels il me serait facile d'en ajouter bien d'autres empruntés aux écrits des médecins de tous les temps ou tirés de ma propre expérience (1), qui pourrait, dis-je, être assez aveugle pour y méconnaître la grande maladie cachée dans l'intérieur, la psore, dont l'éruption galeuse et ses autres formes, la teigne, les croûtes de lait, les dartres, etc., ne sont que des signes indicateurs, maladie immense de l'organisme entier, dont ces symptômes locaux ne sont que les remplaçants (*2), par la présence desquels elle est réduite au repos et au silence ? Après avoir lu les cas, si peu nombreux pourtant, qui viennent d'être cités, qui pourrait encore hésiter à convenir que la psore, comme je l'ai déjà dit, est le plus funeste de tous les miasmes chroniques ? Qui aurait la hardiesse de prétendre, avec les médecins allopathistes modernes, que l'exanthème psorique, la teigne et les dartres ne sont que des affections superficielles de la peau, que, par conséquent, on peut et l'on doit les attaquer sans crainte par des moyens externes, puisque l'intérieur du corps n'y prend aucune part et demeure sain malgré leur existence ?

 

(1) Un partisan de l'ancienne école m'a reproché de ne pas faire connaître mes propres observations pour prouver que les maladies chroniques qui ne doivent pas leur origine à la syphilis ou à la sycose, tirent leur source du miasme psorique. Si les exemples que j'emprunte aux médecins non homœopathes, anciens et modernes, ne suffisent pas pour donner cette démonstration, je voudrais bien savoir quels autres faits, sans même excepter ceux qui m'appartiennent en propre, pourraient conduire au résultat. Les disciples de l'ancienne école n'ont-ils pas fort souvent, je dirais presque toujours, refusé de croire aux observations publiées par les homœopathes, parce qu'elles n'avaient point été recueillies sous leurs yeux, et que les noms étaient indiqués par de simples initiales, comme si les malades de la ville permettaient qu'on imprimât leurs noms en toutes lettres ? Pourquoi m'exposerais-je à être traité de même ? Ne fais-je pas preuve de la plus grande impartialité en allant chercher mes arguments dans les écrits de tant de praticiens honorables ?

 

(*2) Note de l'éditeur : Il faut lire "maladie immense de l'organisme tout entier, dont ces symptômes ne sont que les mêmes symptômes locaux, externes, vicariants, qui la font taire ("nur dieselbe vikarirend beschwichtigende, äussere Lokal Symptome").

 

[§ 56] De tous les méfaits qu'on peut reprocher aux médecins modernes de l'ancienne école, c'est là réellement le plus nuisible, le plus honteux, le plus impardonnable.

[§ 57] Celui qui, d'après ces exemples et une innombrable quantité d'autres du même genre, n'aperçoit pas le contraire précisément des assertions qu'ils mettent en avant, s'aveugle à plaisir, et agit avec intention au détriment du genre humain.

[§ 58] Ou bien connaîtrait-on si peu la nature des maladies miasmatiques accompagnées de lésions cutanées, qu'on ignorât qu'elles suivent toutes la même marche à leur origine, et qu'on ne sût pas que tous ces miasmes commencent par être des maladies internes de l'organisme entier avant que le symptôme extérieur qui les réduit au silence apparaisse ?

[§ 59] Nous allons étudier cette marche d'un peu plus près, et nous verrons que toutes les maladies miasmatiques qui font apparaître des affections locales particulières à la peau existent dans le corps, comme maladies internes, avant que leurs symptômes locaux se prononcent à l'extérieur ; que les maladies aiguës sont les seules dans lesquelles, leur marche étant liée à un nombre déterminé de jours, les symptômes locaux aient coutume de disparaître en même temps que la maladie interne, de sorte que le corps soit simultanément débarrassé des uns et de l'autre, mais que, dans les miasmes chroniques, les symptômes locaux extérieurs peuvent ou être effacés par l'art, ou disparaître d'eux-mêmes à la peau, sans que jamais la maladie interne quitte l'organisme, ni en totalité, ni même en partie, tant que dure la vie, et que loin de là cette dernière ne cesse de croître avec les années, quand l'art n'en procure point la guérison.

[§ 60] Il est d'autant plus nécessaire d'insister ici sur cette marche de la nature, que les médecins ordinaires, surtout ceux de l'époque actuelle, quoiqu'ils pussent prendre la nature en quelque sorte sur le fait dans l'origine et la formation des exanthèmes miasmatiques aigus, ont eu la vue assez courte pour ne pas reconnaître ni même soupçonner qu'il se passe quelque chose de semblable dans les affections exanthématiques chroniques, ce qui les a conduits à prétendre que leurs symptômes locaux sont purement et simplement des anomalies extérieures d'organisation, des souillures externes de la peau, sans maladie qui en forme la base, et par suite à n'opposer aux chancres, aux fics, à l'éruption psorique, dont ils ne voyaient point ou niaient hardiment la cause interne, que des moyens externes, méthode de traitement d'où il est résulté tant de maux pour l'humanité souffrante.

[§ 61] La manifestation de ces trois exanthèmes miasmatiques chroniques présente, comme celle des affections exanthématiques miasmatiques aiguës, trois points principaux qui réclament une attention beaucoup plus sérieuse que celle qu'on y a consacrée jusqu'à présent. J'entends par là d'abord le moment de l'infection, en second lieu l'époque à laquelle l'organisme entier est pénétré par la maladie contagieuse, jusqu'à ce que celle-ci se soit tout à fait formée dans l'intérieur, et en troisième lieu la manifestation du mal extérieur, par laquelle la nature annonce que la maladie miasmatique s'est intérieurement développée et répandue dans l'organisme entier.

[§ 62] L'infection par les miasmes des maladies exanthématiques, tant aiguës que chroniques, a lieu, sans nul doute, dans un instant indivisible, c'est-à-dire dans le moment le plus favorable à cette infection.

[§ 63] Lorsque la variole ou la vaccine commence, c'est à l'instant où, par l'effet de son inoculation, le liquide morbide entre en contact, dans la plaie saignante faite à la peau, avec les nerfs mis à nu, qui, au même moment, communiquent irrévocablement, et d'une manière dynamique, la maladie à tout le système nerveux. Après ce moment d'infection, les lotions, la cautérisation, l'ustion, l'excision même de la partie qui a reçu et admis la contagion, ne sauraient empêcher ni retarder les progrès de la maladie dans l'intérieur. La variole, le vaccin, la rougeole, etc., n'en accomplissent pas moins leur marche dans l'organisme, et après plusieurs jours, dès que la maladie interne s'est formée et complétée, la fièvre propre à chacune d'elles n'en éclate pas moins, avec son éruption varioleuse, vaccinique, rubéolique, etc. (1).

 

(1) On peut avec raison demander s'il existe un seul miasme au monde qui, l'infection une fois reçue du dehors, ne commence pas par rendre l'organisme entier malade, avant que ses symptômes propres se manifestent à l'extérieur. La réponse ne saurait être autre que négative. Il n'y a point de miasme semblable. Ne s'écoule-t-il pas trois, quatre ou cinq jours, après l'insertion de la vaccine, jusqu'à ce que les piqûres s'enflamment ? Ne se passe-t-il pas quelque temps avant qu'on voie éclater une espèce de fièvre, signe indubitable de la maladie déclarée, dont l'apparition précède celle des boutons, qui ne sont complètement développés que le septième ou le huitième jour ? Ne s'écoule-t-il pas dix à douze jours, à la suite de la réception de l'infection variolique, avant que l'on voie survenir la fièvre inflammatoire et l'éruption boutonneuse à la peau ? Qu'a fait la nature, pendant ces dix ou douze jours, de l'infection qui lui est venue du dehors ? N'a-t-elle pas dû incarner en quelque sorte la maladie à l'organisme entier, avant d'être en état d'allumer la fièvre et de produire l'exanthème à la peau ? La rougeole a besoin aussi, après l'infection ou l'inoculation, de dix à douze jours pour que l'exanthème paraisse, avec sa fièvre. Après l'infection par la scarlatine, il se passe ordinairement un septenaire avant que la fièvre et la rougeur de la peau surviennent. Qu'est-ce que la nature a fait du miasme dans l'organisme pendant ce laps de temps ? Peut-elle avoir fait autre chose qu'incorporer au corps entier la maladie rubéolique ou scarlatineuse tout entière, avant d'être prête à produire la fièvre rubéolique ou scarlatine, avec ses exanthèmes ?

 

[§ 64] La même chose a lieu aussi, sans parler de plusieurs autres miasmes aigus, lorsque la peau de l'homme vient à être souillée par le sang d'un animal atteint du charbon. Si ce sang, comme il arrive souvent, a produit l'infection, si la contagion a pris, en vain laverait-on la peau avec le plus grand soin : la pustule maligne, qui est presque toujours mortelle, n'en éclate pas moins, ordinairement dans le lieu même de l'infection, au bout de quatre ou cinq jours, c'est-à-dire aussitôt que l'organisme entier a subi la modification nécessaire au développement de cette effroyable maladie.

[§ 65] (Il en est de même de l'infection des miasmes demi-aigus sans exanthème. Parmi un grand nombre de personnes mordues par un chien enragé, il y en a peu, grâces à la bonté divine, qui soient infectées ; on en compte rarement une sur douze, et souvent, comme je l'ai observé moi-même, il n'y en a qu'une seule sur vingt ou trente ; les autres, quoique déchirées par l'animal furieux, guérissent ordinairement toutes, bien qu'elles n'aient reçu aucun secours de la médecine ou de la chirurgie (1). Mais celui chez qui le virus rabiéique a pris au moment de la morsure, et s'est communiqué sans retour aux nerfs voisins, puis de suite au système nerveux entier, celui-là devient enragé dès que le mal s'est développé, dans l'organisme entier, en une maladie aiguë et rapidement mortelle, développement pour lequel la nature a besoin au moins de plusieurs jours et souvent de plusieurs semaines. Une fois que la bave du chien enragé s'est réellement inoculée, l'infection a ordinairement lieu d'une manière irrévocable au moment de la morsure, car les faits déposent que même la prompte excision (2) de la partie souillée ne garantit pas des progrès du mal dans l'intérieur et de l'irruption de la rage. Les mille et un autres moyens externes qu'on a tant vantés pour nettoyer la plaie, la cautériser et la faire suppurer, ne produisent pas un meilleur résultat.)

 

(1) Ces faits consolants sont dus surtout aux médecins anglais et américains, Hunier et Houlston (London medical Journal, vol. v), Vaughan, Shadwell et Percival (dans J. MEASE, on the hydrophobia. Philadelphie, 1793).

 

(2) Une jeune fille de huit ans fut mordue à Glascow, le 21 mai 1792, par un chien enragé. Un chirurgien excisa sur-le-champ toute la plaie, l'entretint en suppuration, et donna du mercure jusqu'à ce qu'il survint une légère salivation, qui dura quinze jours. Cependant la rage éclata le 27 avril, et deux jours après la malade mourut. (Voyez DUNCAN, Medic. comment. Dec. II, vol. VII, Edimb. 1703, et The new London med. Journ. II.)

 

[§ 66] D'après ce qui se passe dans toutes ces maladies miasmatiques, on voit clairement que, l'infection du dehors ayant été reçue, il faut que la maladie qui s'y rapporte se développe dans l'intérieur de l'homme, et que l'organisme entier devienne peu à peu varioleux, rubéoleux ou scarlatineux, avant que ces divers exanthèmes puissent apparaître à la peau.

[§ 67] Mais, pour toutes ces maladies miasmatiques aiguës, la nature humaine possède en général le pouvoir salutaire de les anéantir en deux ou trois semaines, c'est-à-dire de se débarrasser dans ce laps de temps de la fièvre et de l'exanthème spécifiques, et de les éteindre d'elle-même dans l'organisme, par un procédé à nous inconnu (crise), de manière qu'en général l'homme s'il n'y succombe pas, s'en trouve complètement délivré, et cela dans un court espace de temps (1).

 

(1) Ou bien ces divers miasmes aigus sont-ils de nature telle, qu'après avoir pénétré la force vitale dans le premier moment de l'infection, et l'avoir rendue malade, chacun à sa manière, après y avoir pris rapidement leur croissance, à la façon des parasites, et s'y être développés, la plupart du temps au moyen d'une fièvre particulière, ils périssent d'eux-mêmes dès qu'ils ont produit leur fruit, c'est-à-dire assuré à maturité l'exanthème cutané capable de les propager, et permettent alors à l'organisme vivant de rentrer dans les conditions de la santé ? D'un autre côté, les miasmes chroniques ne sont-ils pas des principes qui continuent de vivre dans l'homme dont l'organisme les a une fois admis, mais qui ne périssent pas d'eux-mêmes, comme les précédents, après avoir déterminé un exanthème (gale, chancre, fic), et ne peuvent être détruits que par une infection antidotaire à l'aide d'un agent susceptible de faire naître une maladie médicamenteuse analogue et plus intense (par les antipsoriques) ?

 

[§ 68] Dans les maladies miasmatiques chroniques, la nature suit la même marche, sous le rapport du mode d'infection et de développement préliminaire de la maladie interne, avant que le symptôme extérieur qui annonce son entière formation apparaisse à la surface du corps. Mais lorsque les choses en sont venues là, elles offrent cette grande et remarquable différence d'avec les maladies miasmatiques aiguës, que l'affection interne entière persiste pendant toute la vie, comme je l'ai déjà dit, et croît même d'année en année, lorsque l'artne réussit pas à l'éteindre et à la guérir d'une manière radicale.

[§ 69] Parmi ces miasmes chroniques, je me bornerai ici à citer les deux que nous connaissons avec un peu plus de précision que les autres, savoir le chancre vénérien et la gale.

[§ 70] Il est probable que, dans un cas de coït impur, l'infection spécifique s'opère instantanément à l'endroit du contact et du frottement.

[§ 71] Lorsque l'infection a pris, le corps vivant tout entier en est aussitôt pénétré. Immédiatement après le moment de l'infection, la formation de la maladie vénérienne commence dans tout l'intérieur.

[§ 72] Sur le point des parties génitales où l'infection a eu lieu, on n'aperçoit dans les premiers jours rien d'extraordinaire, aucune trace de maladie, d'inflammation ou de corrosion.C'est en vain aussi qu'on lotionne et qu'on nettoie la partie après le coït impur. La place reste saine en apparence ; l'intérieur de l'organisme seul est mis en action par l'infection, reçue ordinairement en un instant, et cette action de sa part a pour but de s'incorporer le miasme vénérien, de se pénétrer d'outre en outre de la maladie vénérienne.

[§ 73] C'est seulement après que tous les organes sont ainsi pénétrés par le mal reçu dans le corps, quand l'organisme entier est devenu d'outre en outre vénérien, c'est-à-dire lorsque la maladie vénérienne a complété son développement intérieur, que la nature malade s'efforce de soulager le mal interne et de le réduire au silence, en faisant apparaître un symptôme local, qui se manifeste d'abord sous la forme d'une petite vésicule, ordinairement née à l'endroit qui a été primitivement infecté, puis sous celle d'un ulcère douloureux, auquel on donne le nom de chancre. Mais cet ulcère ne paraît que cinq, sept ou quinze jours, quelquefois même trois, quatre ou cinq semaines, après le moment de l'infection. C'est donc évidemment un symptôme produit du dedans au dehors par l'organisme devenu vénérien de part en part, symptôme qui tient lieu du mal interne, et qui est apte à communiquer le même miasme, c'est-à-dire la maladie vénérienne, à d'autres personnes, par l'effet du contact.

[§ 74] Si la maladie entière qui s'est déclarée ainsi vient à être éteinte par des médicaments spécifiques administrés à l'intérieur, le chancre disparaît aussi, et l'individu est guéri.

[§ 75] Mais si, comme font les médecins de l'ancienne école, avant de guérir la maladie interne, on détruit le chancre localement (1), la maladie miasmatique chronique, la syphilis, reste dans le corps, et, si ensuite on ne la guérit point elle-même intérieurement, elle s'aggrave d'année en année jusqu'à la fin de la vie. La constitution même la plus robuste n'est point capable de l'anéantir en elle.

 

(1) La syphilis n'éclate pas seulement à la suite de l'application des caustiques, ce que de pauvres théoriciens expliquent en supposant que le virus a été refoulé du chancre dans le corps, sain encore, suivant eux, avant cette époque ; elle survient même lorsqu'on a fait rapidement disparaître le chancre sans recourir à aucun irritant, ce qui prouve d'une manière surabondante et sans réplique la préexistence de la syphilis dans l'intérieur. Petit excisa chez une femme une portion des petites lèvres, sur laquelle existaient depuis deux jours des chancres vénériens ; la plaie guérit, mais la syphilis n'en éclata pas moins (FASSE,Lettres supplémentaires à son Traité des Maladies vénériennes. Paris, 1786). La chose était bien naturelle, puisque la maladie vénérienne existait déjà dans tout l'intérieur du corps, avant l'apparition du chancre.

 

[§ 76] Ce n'est donc, comme je l'enseigne et le pratique depuis nombre d'années, qu'en guérissant la maladie vénérienne dont tout le corps est pénétré, et surtout en évitant avec soin les moyens répercussifs extérieurs, qu'on parvient à guérir en même temps son symptôme local, le chancre, tandis que, quand on se contente de détruire localement ce dernier, sans par avance procéder à une cure générale et débarrasser l'homme de toute sa maladie intérieure, l'apparition de cette dernière, la syphilis avec ses suites, est inévitable.

[§ 77] Comme la syphilis, la psore est aussi une maladie miasmatique chronique, et elle commence de la même manière à se former.

[§ 78] Cependant la maladie psorique est le plus contagieux de tous les miasmes chroniques. Elle possède cette propriété à un bien plus haut degré que les deux autres miasmes chroniques, la syphilis et la sycose. Pour que l'infection ait lieu avec ces deux dernières, il faut, à moins que le miasme n'ait été introduit dans une plaie, que des parties de notre corps très riches en nerfs et recouvertes d'un épiderme fort mince, comme sont les organes génitaux, aient éprouvé un certain degré de frottement. Mais le miasme psorique n'a besoin que du contact de l'épiderme général, surtout chez les jeunes enfants. Chacun a, et presque dans toutes les circonstances, l'aptitude à être infecté par ce miasme, ce qui n'est point le cas pour les autres.

[§ 79] Aucun miasme chronique n'infecte plus généralement, plus certainement, plus facilement et d'une manière plus absolue, que le miasme psorique. C'est, comme je viens de le dire, le plus contagieux de tous. Il se communique avec une telle facilité qu'en passant d'un malade à un autre pour leur tâter le pouls, un médecin l'inocule souvent à plusieurs personnes sans le savoir (1). Du linge lavé avec des hardes qui avaient été portées par des galeux (2), des gants neufs, mais qu'un galeux avait déjà essayés, un lit étranger, une serviette dont on se servait pour s'essuyer, ont suffi pour communiquer ce principe d'infection. Il arrive même souvent au nouveau-né de le contracter en traversant les parties génitales externes de sa mère atteinte de la maladie, de recevoir ce funeste présent d'une sage-femme qui s'en était souillé la main chez une autre accouchée, ou de le contracter, soit au sein de sa nourrice, soit dans les bras et par les caresses impures de celle qui est chargée de le soigner, sans compter les mille et mille autres occasions qui se rencontrent dans la vie de toucher à des objets invisiblement entachés de ce miasme, occasions qu'on ne soupçonne souvent pas, que fréquemment même on ne peut point éviter, de sorte que les individus qui échappent à la contagion de la psore sont en bien petit nombre. Nous n'avons pas besoin d'aller la chercher dans les hôpitaux, les fabriques, les prisons, les hospices d'orphelins, ou les sales demeures de l'indigence ; elle se glisse jusque dans la vie ordinaire, dans la solitude comme dans le monde. L'ermite du Mont-Ferrat y échappe aussi rarement dans sa niche creusée au milieu des rochers, que le petit prince dans ses draps de batiste.

 

(1) C. MUSITANUS, Opera, de Tumoribus, cap. 20.

 

(2) Comme l'a observé Willis, dans TURNER, Traité des Maladies de la peau, trad. de l'anglais. Paris, 1783, t. II, chap. 3, p. 77.

 

[§ 80] Quand le miasme psorique a touché, par exemple, la main, il ne demeure plus local, du moment qu'il a pris. Tout lavage, tout moyen de nettoyer la partie est inutile. Les premiers jours on n'aperçoit rien encore à la peau ; elle n'éprouve aucun changement, et reste saine en apparence. On ne remarque alors ni exanthème, ni prurit sur le corps, pas même sur la partie qui vient de recevoir l'infection. Le nerf que le miasme a affecté d'abord, l'avait déjà communiqué d'une manière invisible et dynamique aux autres nerfs du corps, et l'organisme vivant avait tellement été pénétré en silence de cette excitation spécifique, qu'il s'est trouvé contraint de s'approprier peu à peu le miasme psorique, jusqu'à ce que l'individu tout entier fût devenu galeux, c'est-à-dire jusqu'à ce que le développement intérieur de la psore fût achevé.

[§ 81] Ce n'est que quand l'organisme entier se sent pénétré de cette maladie miasmatique chronique spéciale, que la force vitale s'efforce de soulager le mal interne, et de le réduire au silence, en provoquant l'apparition sur la peau d'un symptôme local approprié, de sorte qu'aussi longtemps que l'exanthème persiste à l'extérieur dans l'état et sous la forme qu'elle lui a assignés, la psore interne, avec ses affections secondaires, ne peut point éclater, mais est contrainte à rester cachée, sommeillante, latente et comme enchaînée.

[§ 82] Ordinairement il faut, à partir du moment de l'infection, six, sept, dix ou même quinze jours avant que l'organisme entier ait acquis cette modification intérieure qui constitue lapsore. Ce laps de temps écoulé, après un froid plus ou moins vif qui se déclare le soir, et auquel succède pendant la nuit une chaleur générale, terminée par des sueurs, petite fièvre que beaucoup de personnes attribuent à un refroidissement, et à laquelle elles ne font aucune attention, on voit paraître sur la peau des pustules psoriques, d'abord très petites et miliaires, qui grossissent peu à peu (1). Ces pustules se montrent d'abord aux alentours du point qui a reçu l'infection. Elles sont accompagnées d'un prurit ou chatouillement voluptueux, et qu'on pourrait dire agréable jusqu'à en être insupportable. Ce prurit porte si irrésistiblement à se gratter et à déchirer les pustules psoriques, que quand, par empire sur soi-même, on s'abstient de se gratter, un frisson parcourt la peau du corps entier. L'action de se gratter procure un soulagement momentané, mais bientôt après la partie sur laquelle on l'a exercée devient le siège d'une ardeur brûlante, qui persiste longtemps. C'est le soir, et avant minuit, que le prurit se fait sentir le plus souvent, et qu'il est le plus insupportable.

 

(1) Bien loin que les pustules galeuses qui paraissent alors soient une affection cutanée à part et purement locale, elles ne sont, au contraire, que la preuve certaine du développement complet qu'a pris auparavant la psore interne, et l'exanthème n'est qu'un complément de cette dernière ; car cette éruption cutanée spéciale et cette espèce particulière de prurit appartiennent à l'essence de la maladie entière, dans son état naturel et le moins dangereux.

 

[§ 83] Les pustules galeuses contiennent, dans les premières heures de leur apparition, une lymphe claire comme de l'eau ; cette lymphe ne tarde pas à se convertir en pus, qui remplit la tête de la pustule.

[§ 84] Le prurit n'oblige pas seulement à se gratter ; sa violence, comme je l'ai dit, porte même à déchirer les vésicules, de sorte que le liquide qui s'échappe devient une source abondante d'infection pour les alentours du malade, et pour les personnes non encore atteintes. Toutes les parties du corps qui viennent à être souillées, même sans qu'on s'en aperçoive, par ce liquide, le linge, les habits, les ustensiles de toute espèce, propagent ensuite la maladie dès qu'on y touche.

[§ 85] Il n'y a cependant que ce symptôme cutané de la psore imprégnant l'organisme entier, symptôme auquel on applique spécialement le nom de gale, parce que c'est lui qui frappe le plus les yeux ; il n'y a, dis-je, que cet exanthème, les ulcères auxquels il donne lieu plus tard et dont les alentours deviennent le siège d'un prurit particulier, enfin les dartres pruriteuses, s'humectant par le frottement, et la teigne, qui puissent propager la maladie à d'autres personnes, parce que c'est là seulement que se trouve contenu le miasme communicable de la psore. Au contraire, les autres symptômes, ceux qui sont secondaires et ne surgissent qu'après la disparition spontanée de l'exanthème ou son effacement par l'art, en un mot, les affections psoriques générales, ne sauraient transmettre la maladie à d'autres, pas plus que ne le peuvent, à notre connaissance, les symptômes secondaires de la syphilis, ainsi que J. Hunter (1) l'a observé et enseigné le premier.

 

(1) Traité de la syphilis, annoté par Ph. Ricord, Paris, 1843, p. 390 et suiv.

 

[§ 86] Lorsque très peu de temps s'est écoulé depuis l'apparition de l'exanthème psorique et que par conséquent il n'a pas encore pu se répandre fort au loin sur la peau, on n'aperçoit chez le malade rien qui trahisse l'existence en lui de la psore interne ; il se trouve bien en apparence. Le symptôme extérieur tient lieu de la maladie interne, et oblige la psore, avec ses affections secondaires, à rester, pour ainsi dire, latente et enchaînée (1).

 

(1) C'est ainsi que le chancre fait taire la syphilis interne, et ne lui permet pas d'éclater, tant qu'il reste en place sans qu'on y touche (**2). J'ai observé une femme, exempte de tous symptômes secondaires de syphilis, chez laquelle un chancre subsistait au même endroit depuis deux ans ; il n'avait jamais été traité, et peu à peu s'était agrandi au point d'avoir alors près d'un pouce de diamètre. Une préparation mercurielle bien choisie et prise à l'intérieur guérit cette femme en peu de temps ; la guérison fut complète ; le mal interne et le chancre disparurent simultanément.

 

(**2) Note de l'éditeur : A première vue, cette observation de Hahnemann peut surprendre le médecin de la fin du XXe siècle. En effet, les auteurs modernes sont unanimes pour dire que, laissé à lui-même sans traitement, le chancre persiste 2 à 6 semaines et guérit ensuite spontanément, mais ils divergent sur le point de savoir s'il peut laisser après lui une fine cicatrice atrophique.

Les syphiligraphes allopathes contemporains de Hahnemann considéraient qu'il existait plusieurs variétés de chancres, dont certaines guérissaient spontanément. C'est ainsi qu'on a lu, jusqu'en 1852, sous la plume de RICORD (que la médecine officielle vénère, encore aujourd'hui, comme celui qui a découvert, notamment, la distinction entre la syphilis et les autres maladies vénériennes, -blennorragie et chancre mou,- ainsi que l'évolution et le mode de transmission de la syphilis) :

"Le chancre régulier (...) peut (...) arriver à une parfaite guérison, sans aucun secours de l'art". (Traité de la maladie vénérienne, par John HUNTER, avec des notes et des additions par le Docteur Ph. RICORD, 2e édition, Paris, Baillière, 1852, p. 418) ;

"Les trois variétés les plus importantes sont :

- 1° le chancre induré,

- 2° le chancre phagédénique diphtéritique ou pultacé, et,

- 3° le chancre phagédénique gangréneux par excès d'inflammation" (id, p. 418) ;

"Dans le chancre serpigineux, la cicatrisation ne se fait pas comme dans les autres variétés de chancres. (...) Leur durée est indéterminée : ils persistent pendant des mois, des années ; j'en ai vu un qui avait duré sept ans et qui fournissait encore du pus inoculable !" (id, p. 422).

Mais bientôt, à partir de 1851, les idées allaient se clarifier. RICORD publie ses Lettres sur la syphilis, dans lesquelles il annonce que les différences entre les chancres "tiendraient aussi à des modifications dans la cause morbifique ou le principe infectant" (p. 359 ; cité par le Dr Jules DAVASSE, dans La Syphilis, ses formes, son unité, Paris, Baillière, 1865, p. 36). Son élève L. BASSEREAU déclare clairement en 1852 qu'il faut scinder la syphilis en deux maladies distinctes : la première, caractérisée par le chancre simple ; la deuxième, par le chancre induré ; chacune d'elle ayant son virus propre et transmettant par inoculation ou contagion une espèce morbide parfaitement distincte (Traité des affections de la peau symptomatiques de la syphilis, Paris, 1852 ; cité par DAVASSE, op. cit. pp. 36-37).

Voici comment RICORD introduisait le sujet dans les leçons qu'il donnait sur le chancre :

"Les manifestations pathologiques consécutives au chancre sont loin d'être identiques sur tous les sujets. Ici, le chancre s'accompagne fatalement à quelques semaines, à quelques mois d'intervalle, et au delà, d'accidents constitutionnels qui envahissent tour à tour les différents systèmes de l'organisme, la peau, les muqueuses, les viscères, les os. Là, au contraire, le chancre se borne à une action purement locale ; respectant l'économie et n'entraînant à sa suite aucun accident d'infection générale (...)

"Dans le premier cas, c'est la diathèse qui s'établit ; c'est un principe toxique qui circule dans le sang ; c'est l'économie tout entière qui se trouve infectée. Dans le second, le chancre reste une lésion locale qui borne son effet à la région sur laquelle elle se développe". (Leçons sur le chancre, professées par le Docteur RICORD et publiées par Alfred FOURNIER, 2ème édition, Paris, Adrien Delahaye, 1860, pp. 3 et 4).

Plus loin, il nous enseignera comment reconnaître le chancre simple : "Il est un signe qui suffit à lui seul à établir le diagnostic de la façon la plus solide, et qui, je n'hésite pas à le dire, constitue le seul caractère pathognomique du chancre.

"De toutes les ulcérations d'origine vulgaire, vénérienne ou même syphilitique, il n'en est qu'une seule dont le pus soit susceptible de reproduire par l'inoculation une ulcération semblable à celle qui l'a fourni : c'est le chancre (sous-entendu : simple).

"L'inoculabilité du pus sécrété est le seul signe absolu de la spécificité virulente". (Op. cit., p. 50).

Notons en passant qu'il s'agit ici de l'inoculation au sujet même qui a fourni le pus, c'est à dire de l'auto-inoculation. A propos du phagédénisme, RICORD nous enseignera encore ceci : "Le chancre simple (...) est la forme qui subit le plus souvent la terrible complication du phagédénisme". (Op. cit., p. 36).

"On a fait du phagédénisme -bien à tort, il est vrai- une sorte d'immunité contre la vérole. C'est une croyance généralement acceptée qu'un chancre devenu phagédémique n'infecte pas l'économie, comme si toute la virulence de la maladie s'épuisait sur le siège même de l'accident.

"Mais hélas ! les conséquences locales du phagédénisme ne sont pas une préservation contre la diathèse, lorsque l'accident originel est de nature infectieuse(...), si l'ulcère destructeur porte en lui le germe de la vérole". (Op. cit., p. 150).

A propos de la durée du chancre simple : "Le chancre simple n'a pas de durée limitée. Sans doute, dans l'immense majorité des cas, il se cicatrise dans le courant de quelques septénaires, mais il n'est pas rare de voir la période de réparation se faire attendre bien au delà de ce terme.

"C'est la forme du chancre qui persiste le plus longtemps" (Op. cit., p. 36).

"Le pus qu'ils sécrètent reste inoculable tant que l'ulcération progresse, comme je l'ai observé sur une ulcération semblable qui avait plus de SEPT ANS de durée". (Op. cit., p. 59).

Joseph ROLLET, dont le Traité des maladies vénériennes date de 1865, est le premier à parler du chancre mixte, et Ernest GAUCHER, dont le Traité de la syphilis date de 1899, nous dira que "devant tout chancre mou on doit systématiquement soupçonner la syphilis" (cité par H. GOUGEROT, dans le Traitement de la syphilis en clientèle, 4ème édition, Maloine, Paris, 1927, p. 280).

Le germe responsable du chancre mou sera découvert à la fin du XIXe siècle par l'italien DUCREY, puis par l'allemand UNNA. Quant au tréponème pâle, il faudra attendre SCHAUDINN et HOFFMANN, en 1905.

L'observation de Hahnemann, qui signale avoir vu un chancre qui durait depuis deux ans, n'a donc rien d'exceptionnel. Il est évidemment impossible de savoir s'il s'agissait d'un chancre mou, induré ou mixte. (Voir également le § 117)

 

[§ 87] C'est dans cet état qu'il est le plus facile de guérir la maladie entière par des remèdes spécifiques administrés à l'intérieur.

[§ 88] Mais si on laisse la psore suivre la marche qui lui est propre, sans employer aucun remède interne propre à la combattre, ni aucun moyen externe susceptible d'effacer l'exanthème, la maladie entière grandit rapidement dans l'intérieur, et cet accroissement du mal interne rend nécessaire une augmentation proportionnelle du symptôme cutané. Il faut donc alors, pour réduire encore au silence le mal interne devenu plus grave, et pour l'obliger à rester latent, que l'éruption psorique finisse par envahir toute la superficie du corps.

[§ 89] Lors même que la maladie a déjà atteint ce terme, l'homme semble encore jouir d'une bonne santé sous les autres rapports. Tous les symptômes de la psore qui a pris tant de développement à l'intérieur, sont encore couverts et réduits au silence par le symptôme cutané, qui s'est accru dans la même proportion. Mais l'homme même le plus robuste ne peut pas supporter longtemps un tourment pareil à celui que cause un si insupportable prurit répandu par tout le corps. Il veut à tout prix s'en délivrer, et comme les médecins de l'ancienne école ne peuvent pas lui procurer une guérison radicale, il exige qu'au moins, dut-il lui en coûter la vie, on le débarrasse de l'éruption qui cause de si intolérables démangeaisons. Les moyens d'y parvenir ne tardent pas à lui être fournis, soit par d'autres ignorants comme lui, soit par des médecins ou chirurgiens allopathistes. Il cherche à se délivrer de sa plaie extérieure, sans soupçonner les maux bien plus graves qui seront la conséquence inévitable de la répression du symptôme cutané, comme le démontrent assez les observations qui ont été rapportées plus haut. En faisant disparaître ainsi une éruption psorique, il agit d'une manière aussi insensée que celui qui, pour se tirer tout à coup de la pauvreté et devenir plus heureux à ce qu'il croit, dérobe une grosse somme, et s'attire ainsi la peine de l'emprisonnement et des galères.

[§ 90] Lorsque la maladie psorique dure depuis longtemps, que l'exanthème se soit répandu, comme il arrive ordinairement, sur la plus grande partie de la peau, ou, ce qui a lieu dans certains cas d'inertie de cet organe, qu'il soit demeuré borné à un petit nombre de pustules (1), dans les deux cas, la répression de l'exanthème abondant ou rare entraîne les suites les plus fâcheuses, parce qu'elle détermine infailliblement la manifestation de la psore interne, qui a eu jusque-là le temps de faire des progrès considérables.

 

(1) Voyez ci-dessus l'observation dans la note 7 du [§ 54-47].

 

[§ 91] Cependant on doit excuser l'impéritie des personnes étrangères à l'art de guérir, lorsqu'en se plongeant dans l'eau froide, se roulant dans la neige, se faisant appliquer des ventouses, ou se frottant soit le corps entier, soit seulement les articulations, avec un mélange de soufre et de graisse, elles font disparaître l'éruption et le prurit insupportable qu'elles éprouvent ; car elles ignorent à quels symptômes terribles de la maladie psorique interne elles ouvrent ainsi la porte. Mais peut-on pardonner à des hommes dont la mission et le devoir sont de connaître l'étendue des maux qui résultent infailliblement du réveil de la psore interne par la suppression de l'exanthème, et de tout faire pour les prévenir en guérissant d'une manière radicale la maladie entière (1), quand on les voit traiter ainsi les galeux, leur prescrire même des moyens, internes et externes, plus violents, des purgatifs âcres, puis l'emplâtre de Jasser, les lotions avec l'acétate de plomb, le sublimé corrosif ou le sulfate de zinc, mais principalement la pommade avec l'axonge et les fleurs de soufre, les précipités mercuriels, et s'empresser de faire disparaître l'exanthème, en assurant que c'est un mal qui siège uniquement à la peau, qu'on doit se hâter de l'en chasser, qu'ensuite tout est fini, et que l'homme reste sain et exempt de toute incommodité ? Peut-on les excuser quand les exemples consignés dans les écrits d'anciens observateurs consciencieux, et des milliers d'autres analogues qui se reproduisent souvent, journellement même, sous leurs yeux, ne les éclairent point, ne font pas pénétrer dans leur esprit la conviction qu'en anéantissant l'exanthème ils attirent aux galeux des maux certains, rapidement mortels, ou aussi durables que la vie, en déchaînant ainsi la maladie psorique interne, au lieu de l'anéantir et de la guérir, en lâchant sur leurs malades déçus, par le brisement des liens qui l'enchaînaient, le monstre à mille têtes qu'ils auraient dû abattre !

 

(1) Car, même à ce haut degré d'intensité de la maladie psorique, l'exanthème et le mal intérieur, c'est-à-dire, la psore entière, quoique plus graves qu'au début, immédiatement après leur première apparition, sont beaucoup plus faciles à guérir, par des médicaments homœopathiques spécifiques, que la psore interne ne l'est, après la simple suppression de l'éruption extérieure, lorsqu'elle étale ses symptômes secondaires et, se déploie sous la forme de maladies chroniques. Dans cet état, si elle est encore entière, la maladie psorique, bien que parvenue à un très haut degré, est encore infiniment plus facile à guérir, avec son exanthème, par des remèdes internes appropriés, sans concours d'aucun moyen local, de même que la maladie chancreuse vénérienne cède souvent, de la manière la plus certaine et la plus facile, à une seule des plus petites doses de la meilleure préparation mercurielle, administrée à l'intérieur, traitement à l'aide duquel, sans qu'il soit besoin de recourir à aucun topique, le chancre se réduit rapidement à n'être plus qu'un ulcère de bon caractère, et guérit de lui-même en peu de jours, de manière qu'ensuite on ne voit jamais paraître aucune trace d'accidents secondaires (de syphilis), parce que le mal interne a été guéri en même temps que le symptôme local. Comment excuser les médecins qui, depuis plus de trois cents ans qu'ils traitent la maladie vénérienne, si généralement répandue aujourd'hui, en ignorent encore à tel point la nature, qu'à l'aspect d'un chancre, ils n'admettent d'autre partie malade que celle qui en est le siège, ne soupçonnent pas que la syphilis était déjà développée dans l'organisme avant sa manifestation, et ne voient qu'en lui seul le symptôme vénérien à combattre, au moyen de remèdes purement externes, pour rendre, suivant eux, la santé au malade ? Des milliers de faits n'ont pu leur apprendre qu'en détruisant ainsi le chancre, ils nuisent seulement ; qu'ils ne font que priver la syphilis préexistante de son symptôme local dérivatif, et obliger le mal interne à éclater sous une forme plus redoutable, moins facile à guérir. Comment excuser une erreur si pernicieuse et si générale ? Pourquoi les médecins n'ont-ils jamais réfléchi sur la manière dont se développent les fics ? Pourquoi ont-ils toujours méconnu, dans ce cas, le mal interne général, qui fait la base des excroissances, et n'ont-ils pas cherché à guérir radicalement, par des moyens homœopathiques, ce mal préexistant, après la destruction duquel les fics disparaissent d'eux-mêmes, sans le secours d'aucun remède externe ? Mais quand bien même il y aurait quelque motif spécieux d'excuser cette triste négligence et cette ignorance, quand même on dirait que les médecins n'ont eu que trois siècles et un tiers pour réfléchir sur la vraie nature de la syphilis, et que la vérité aurait peut-être fini par leur apparaître après une plus longue pratique, rien ne justifie l'aveuglement général qui, pendant une si longue suite de siècles, leur a fait méconnaître la maladie interne préexistante à l'éruption psorique, et les a portés à rejeter orgueilleusement tous les faits capables de leur ouvrir les yeux, afin de prolonger l'erreur, et de laisser le monde dans la pernicieuse croyance que les pustules accompagnées d'un insupportable prurit sont une simple affection cutanée, dont la destruction locale délivre le sujet de toute maladie. Les médecins même les plus célèbres ont accrédité cette grave erreur, depuis Van Helmont jusqu'aux coryphées les plus modernes de la pratique allopathique. Il est vrai qu'en appliquant les moyens que j'ai indiqués plus haut, ils atteignaient la plupart du temps leur but, celui de faire cesser l'exanthème et la démangeaison, qu'ils croyaient ou du moins affirmaient avoir anéanti complètement la maladie elle-même, et qu'ils prenaient congé de leurs malades en les assurant d'une guérison parfaite. Quant à tous les maux entraînés par cette destruction de l'exanthème qui appartient à la forme naturelle de la psore, ou ils ne voulaient pas les voir, ou ils les donnaient pour des maladies nouvelles ayant une tout autre origine. Dans la préoccupation de leur esprit, ils n'avaient aucun égard à ces innombrables témoignages, parlant si haut, d'observateurs consciencieux des temps anciens, qui établissaient les tristes suites de la destruction locale de l'exanthème psorique, survenant souvent d'une manière si prompte après sa répercussion, qu'il faudrait renoncer à l'exercice de sa raison si l'on ne voulait voir en elles des produits immédiats d'une grande maladie interne, ainsi privée du symptôme local destiné par la nature à la tenir dans le silence, et réduite à ne plus pouvoir se manifester que par ses symptômes secondaires.

 

[§ 92] On conçoit aisément, et l'expérience le démontre, que quand l'éruption psorique négligée a exercé pendant plusieurs mois ses ravages sur la peau, et qu'ainsi la gale interne a pu librement atteindre son plus haut degré d'intensité dans une période de temps médiocre, les suites inévitables de la répercussion d'un exanthème ancien doivent être beaucoup plus dangereuses encore.

[§ 93] Il n'est pas moins certain que la suppression d'une éruption psorique qui succède à une infection récente, et qui se borne à un petit nombre de boutons, entraîne bien moins de danger immédiat, la psore interne qui s'est développée dans tout l'organisme n'ayant point encore eu le temps d'arriver à un haut degré. On doit avouer même que cette répercussion de boutons psoriques survenue depuis peu n'entraîne souvent aucune suite bien fâcheuse d'une manière immédiate. Aussi est-il ordinaire, surtout chez les personnes délicates ou des hautes classes de la société, et chez leurs enfants, qu'on ignore que des boutons peu nombreux, apparus seulement depuis quelques jours, et accompagnés de démangeaisons vives, avaient pour cause la gale, surtout lorsqu'un médecin s'est empressé de les faire disparaître dès le lendemain par des lotions ou des pommades saturnines.

[§ 94] Mais quelque faible que puisse être la psore interne au moment de la prompte répression d'un exanthème psorique qui vient de se manifester et qui n'est encore composé que d'un petit nombre de vésicules, ainsi que le démontre souvent le peu d'importance des incommodités qu'on observe ensuite, et que le médecin, par ignorance, attribue à d'autres causes légères, cette psore interne n'en demeure pas moins, dans son essence et dans sa nature chronique, la même maladie psorique générale de l'organisme entier, c'est-à-direincurable sans les secours de l'art, incapable de céder aux seuls efforts de la constitution, même la plus robuste, et toujours croissante jusqu'au terme de la vie. A la vérité, lorsqu'on s'est hâté de la dépouiller aussi promptement que possible, par des moyens locaux, des premières traces de son symptôme cutané, elle a coutume de ne croître d'abord que peu à peu, et de ne faire dans l'organisme que des progrès lents, infiniment plus lents que quand l'exanthème a été toléré pendant longtemps, cas dans lequel, comme je l'ai déjà dit, ses progrès ont lieu d'une manière très rapide. Mais elle n'en continue pas moins à grandir sans relâche, et, si les circonstances extérieures sont favorables, elle le fait tellement en silence, elle y emploie souvent tant d'années, que celui qui ne connaît pas les signes de sa présence à l'état de sommeil, croirait et déclarerait le sujet parfaitement sain et exempt de tout mal interne. Il se passe fréquemment des années avant qu'elle donne lieu à de grands symptômes qu'on puisse appeler une maladie évidente.

[§ 95] De nombreuses observations (1) (*3) m'ont révélé peu à peu les signes à l'aide desquels la psore qui sommeille dans l'intérieur (2), et qui jusqu'alors est demeurée la tente, peut être reconnue, même dans les cas où elle n'a point encore pris le caractère d'une maladie prononcée. Au moyen de ces signes, on peut extirper le mal jusque dans ses racines, et le guérir radicalement, avant que la psore interne se soit déclarée sous la forme d'une maladie chronique évidente, et qu'elle ait atteint ce redoutable degré d'intensité, dont les suites fâcheuses rendent la guérison souvent difficile et dans certains cas impossible.

 

(1) Il m'a été plus facile qu'à beaucoup d'autres de reconnaître les signes de la psore, tant sommeillante encore et latente dans l'intérieur du corps, que déployée en maladies chroniques considérables. Je n'avais pour cela qu'à comparer ce qu'éprouvent toutes les personnes qui se trouvent dans ce cas avec ce que je ressentais moi-même ; car, chose rare (*4), je n'ai jamais eu la gale, ce qui fait que, depuis ma naissance jusqu'à ma quatre-vingtième année, je suis demeuré exempt de tous les maux, grands et petits, dont je vais faire l'énumération, quoique d'ailleurs je sois très accessible aux maladies aiguës, épidémiques, et que j'aie eu bien des tracas, que ma vie intellectuelle ait été fort active.

 

(2) L'allopathie avait également admis, chez l'homme malade, un état morbide caché ou latent, afin de motiver ou au moins d'excuser l'emploi souvent irréfléchi qu'elle fait de moyens violents, émissions sanguines, applications douloureuses, etc. Mais ces qualités occultes de Fernel sont de pures chimères, puisque, de l'aveu même des allopathes, il n'y a pas de symptômes appréciables auxquels on puisse les reconnaître. Or ce qui ne dénote sa prétendue existence par aucun signe n'existe pas pour nous autres hommes, à qui le Créateur n'a permis de connaître les choses que par l'observation. C'est donc le fantôme d'une imagination égarée. Il en est tout autrement de plusieurs forces sommeillantes (latentes) dans la nature ; bien qu'ordinairement cachées, elles ne s'en manifestent pas moins dans certaines circonstances et conditions, comme le calorique latent par le frottement, la psore latente par des douleurs rhumatismales dans les gaines des muscles, lorsque celui qui en est affecté s'expose à un courant d'air, etc.

 

(*3) Note de l'éditeur : Le texte original dit "Ville hundert Beobach tungen", plusieurs centaines d'observations.

 

(*4) Note de l'éditeur : Texte original : "car, ce qui est rare.. je n'ai jamais été psorique" (der ich, as selten ist, nie psorisch war) -les soulignements sont de Hahnemann.

 

[§ 96] Il y a beaucoup de signes indiquant que la psore grandit peu à peu dans l'intérieur, qu'elle sommeille cependant encore, et qu'elle n'a point déployé pleinement le caractère d'une maladie évidente ; mais un même sujet ne les présente pas tous à la fois ; celui-ci en offre davantage, et celui-là moins ; chez tel individu on ne trouve que certains d'entre eux dans un moment donné, et les autres surviennent par la suite des temps, ou ne se manifestent jamais, suivant sa constitution et les circonstances au milieu desquelles il vit.

[§ 97] On observe, surtout chez les enfants, excrétion fréquente de vers, démangeaisons insupportables dans le rectum, causées par des ascarides.

Dans beaucoup de cas ballonnement du bas-ventre.

Tantôt une faim insatiable, et tantôt point d'appétit.

Pâleur de la face et flaccidité des muscles.

[§ 97 -5] Fréquentes ophtalmies.

Gonflement des glandes du cou (scrofules).

Sueurs à la tête, le soir, après que le sujet s'est en dormi.

Saignement de nez chez les jeunes filles et les jeunes garçons, plus rare chez les adultes, et souvent d'une grande violence.

Mains ordinairement froides ou mouillées de sueur dans l'intérieur (chaleur brûlante à la paume des mains).

[§ 97 -10] Pieds froids et secs, ou baignés d'une sueur fétide (chaleur brûlante à la plante des pieds).

A la moindre cause, engourdissement des bras ou des mains, des jambes ou des pieds.

Des crampes fréquentes dans les mollets (dans les muscles des bras et des mains).

Des soubresauts, sans douleurs, de certaines parties musculaires, çà et là dans le corps.

Des coryza (1), des enrouements très fréquents ou chroniques (ou l'impossibilité de contracter un rhume de cerveau, même par l'effet des causes les plus fortes, quoique, du reste, il y ait continuellement quelque malaise du côté des fosses nasales).

 

(1) Ici ne se rangent pas les fièvres catarrhales (par exemple la grippe) épidémiques, qui attaquent presque tous les hommes, ceux même dont la santé est la meilleure.

 

[§ 97 -15] Obstruction habituelle d'une des narines ou des deux.

Ulcération des narines (mal au nez).

Sentiment pénible de sécheresse dans le nez.

Angines fréquentes ; raucité fréquente de la voix.

Petite toux brève, le matin.

[§ 97 -20] Fréquents accès d'asthme.

Facilité de se refroidir, soit le corps entier, soit seulement la tête, le cou, la poitrine, le bas-ventre, les pieds, par exemple dans un courant d'air (1) (ordinairement avec tendance de ces parties à suer) ; incommodités diverses, souvent continues, qui résultent de là.

 

(1) Quoique les courants d'air et le froid humide ne soient point agréables aux personnes qui n'ont pas la psore, elles n'en éprouvent ni refroidissement ni accidents consécutifs.

 

Grande tendance à se donner des tours de reins, quelquefois seulement en portant ou soulevant un petit poids, ou même en allongeant et étendant les bras vers des objets élevés (avec une foule d'accidents résultant de cette extension souvent médiocre des muscles, comme mal de tête, nausées, chute des forces, douleur tensive dans les muscles de la nuque et du dos, etc.).

Fréquents maux de tête ou de dents d'un seul côté, à l'occasion même d'affections morales légères.

Fréquents accès de chaleur et de rougeur passagères à la face, assez souvent accompagnés d'un peu d'anxiété.

[§ 97 -25] Chute fréquente des cheveux, sécheresse de la chevelure, nombreuses écailles sur le cuir chevelu.

Tendance à l'érysipèle, çà ou là.

Absence ou désordre des règles, qui sont trop ou trop peu abondantes, retardées ou avancées, trop prolongées, trop aqueuses, avec diverses incommodités physiques.

Mouvements convulsifs dans les membres au moment de s'endormir.

Lassitude le matin, en s'éveillant ; sommeil non réparateur.

[§ 97 -30] Sueurs le matin, dans le lit.

Facilité extrême de suer pendant la journée, au moindre mouvement (ou impossibilité d'entrer en sueur).

Langue blanche, ou du moins très pâle, et plus souvent encore fendillée.

Beaucoup de mucosités dans la gorge.

Fétidité de la bouche, souvent ou presque toujours,

surtout le matin et pendant les règles ; odeur fade, ou acide, ou semblable à celle d'une personne qui a l'estomac malade, ou analogue à celle du moisi, quelquefois même putride.

[§ 97 -35] Saveur acide dans la bouche.

Nausées, le matin.

Sentiment de vacuité dans l'estomac.

Répugnance pour les aliments cuits et chauds, la viande surtout (principalement chez les enfants). Répugnance pour le lait.

[§ 97 -40] Sécheresse dans la bouche, pendant la nuit ou le matin. Tranchées fréquentes ou journalières (surtout chez les enfants), le matin principalement.

Selles dures, retardant ordinairement de plus d'un jour, maronnées, souvent coiffées de mucosités (ou selles presque constamment molles, diarrhéiques, féculentes).

Tumeurs hémorroïdales à l'anus ; flux de sang avec les selles.

Émission de mucus par l'anus, avec ou sans matières fécales.

[§ 97 -45] Prurit à l'anus.

Urine foncée en couleur.

Veines gonflées, dilatées, aux jambes (varices).

Engelures et douleurs d'engelures dans des temps autres que celui du froid rigoureux de l'hiver, et même en été.

Douleurs dans les cors, sans pression extérieure de la chaussure.

[§ 97 -50] Facilité extrême de se disloquer l'une ou l'autre articulation.

Craquement dans quelques-unes ou dans plusieurs articulations, pendant le mouvement.

Douleurs tiraillantes, tensives, dans la nuque, le dos, les membres, les dents surtout (pendant les temps humides, orageux, lorsque le vent du nord-est souffle, après un refroidissement, un tour de reins, des émotions désagréables, etc.).

Renouvellement, pendant le repos, des douleurs et des malaises, qui se dissipent par l'effet du mouvement.

La plupart des accidents se font sentir la nuit, et se renouvellent ou s'aggravent quand le baromètre est très bas, pendant les vents du nord et du nord-est, en hiver et vers le printemps.

[§ 97 -55] Rêves causant de l'agitation, effrayants, ou du moins par trop vifs.

Peau malsaine : la plus petite lésion dégénère en ulcère ; gerçures de la peau des mains et de la lèvre inférieure.

Fréquents furoncles ; fréquents panaris.

Peau sèche aux membres, aux bras, aux cuisses et même aux joues.

Çà et là sur la peau des places sèches, tombant en écailles, qui occasionnent quelquefois un prurit voluptueux, et, après qu'on s'est gratté, une chaleur brûlante.

[§ 97 -60] Çà et là quelquefois, bien que rarement, une ampoule isolée, causant un prurit voluptueux, mais insupportable, dont le sommet ne tarde pas à se remplir de pus, et qui, après le frottement, occasionne une chaleur brûlante ; cette vésicule paraît à un doigt, au poignet, ou ailleurs.

[§ 98] En butte à quelques-uns ou à plusieurs de ces accidents, l'individu se croit encore bien portant, et d'autres partagent son illusion. Il peut aussi, malgré cela, mener pendant longues années une vie très supportable, et vaquer assez librement à ses occupations, tant qu'il est jeune ou encore dans la force de l'âge, qu'il n'éprouve aucun revers, qu'il jouit des nécessités de la vie, qu'il n'essuie ni chagrin ni contrariétés, qu'il ne travaille pas au delà de ses forces, et surtout qu'il est d'un caractère gai, facile, tranquille, patient. Alors la psore, que le connaisseur découvre à quelques-uns ou à plusieurs des symptômes énumérés précédemment, peut sommeiller pendant nombre d'années dans l'intérieur, sans attirer au sujet une maladie chronique continue.

[§ 99] Cependant, même au milieu de ces circonstances extérieures favorables, dès que la personne avance en âge, il suffit souvent d'une cause légère, d'un petit chagrin, d'un refroidissement, d'un écart de régime, etc., pour produire un accès violent, quoique peu durable, de maladie, une colique vive ; une angine, une inflammation de poitrine, un érysipèle, une fièvre, ou autre affection dont l'intensité n'est fréquemment point en rapport avec la cause déterminante. C'est ce qui arrive la plupart du temps en automne et en hiver, mais se voit souvent aussi au printemps. (*1)

 

(*1) Note de l'éditeur : Texte original : "ou autre affection dont la violence n'est fréquemment point en rapport avec le peu d'intensité de la cause déterminante. C'est ce qui arrive la plupart du temps en automne et en hiver, mais on voit souvent des cas où cela se produit de préférence au printemps."

 

[§ 100] Lorsque le sujet, enfant ou adulte, qui offre toute l'apparence de la santé, malgré la psore latente dans son intérieur, tombe au milieu de circonstances contraires à celles dont j'ai fait l'énumération (*3), lorsque par exemple son organisme entier vient à être fortement débilité et ébranlé par une épidémie régnante, par une maladie contagieuse, aiguë (1), la variole, la rougeole, la coqueluche, la fièvre scarlatine, le pourpre, etc., par une grave lésion extérieure, un coup, une chute, une blessure, une brûlure considérable, une fracture de la jambe ou du bras, un accouchement laborieux, ou par le séjour dans le lit que nécessitent ces divers accidents (ordinairement avec le concours de traitements allopathiques, mal combinés et débilitants) ; lorsque l'habitude d'une vie sédentaire, dans un logement humide et obscur, affaiblit la force vitale, que la mort de personnes chéries plonge le moral dans une tristesse accablante, que des soucis journaliers abreuvent la vie d'amertume, que le dénuement, la misère, le manque des choses nécessaires aux premiers besoins, abattent le courage et les forces ; alors la psore sort de l'état de léthargie dans lequel elle était demeurée plongée jusqu'alors, et elle annonce, par l'apparition des symptômes dont je parlerai plus loin, qu'elle va donner lieu à la manifestation d'accidents graves ; l'une ou l'autre des innombrables maladies chroniques (2) (psoriques) éclate et s'aggrave de temps en temps, sans presque aucune rémission (*4), souvent jusqu'à ce qu'elle soit arrivée au degré le plus redoutable, à moins qu'il ne survienne bientôt, pour le malade, de nouveaux événements extérieurs favorables, qui déterminent la maladie à suivre une marche plus lente et plus modérée dans ses progrès.

 

(1) Il n'est pas rare, à la fin des fièvres aiguës, qu'on voie, comme effet en quelque sorte excité par ces fièvres, l'ancienne psore existante dans le corps reparaître sous la forme d'une éruption psorique, que les médecins attribuent à une nouvelle production de la maladie dans un corps supposé par eux rempli d'humeurs viciées, parce qu'ils n'ont aucune idée de la psore chronique qui sommeille souvent dans l'intérieur de l'organisme. Mais la maladie psorique ne peut plus aujourd'hui s'engendrer d'elle-même chez nul individu de l'espèce humaine, de même que la petite vérole, la vaccine, la rougeole, la maladie vénérienne chancreuse, etc., ne sauraient non plus éclater, chez aucun homme, sans infection préalable.

 

(2) C'est tantôt l'une et tantôt l'autre qui éclatent, suivant que la constitution primitive, le genre de vie adopté, la disposition d'esprit, souvent acquise par l'éducation, la susceptibilité ou l'affaiblissement de telle ou telle partie du corps, dirige la maladie psorique, et la détermine à se manifester par l'une ou l'autre de ses modifications. Un caractère aigre, emporté, favorise singulièrement l'éruption de la psore, effet que produisent aussi l'épuisement des couches fréquentes, par un allaitement prolongé ou des fatigues excessives, un mauvais traitement médical, l'inconduite, la débauche. La maladie psorique interne a cela de singulier dans sa nature, comme je l'ai dit, qu'au milieu de circonstances extérieures très favorables, elle peut rester longtemps cachée et comme enchaînée, de sorte que l'observateur superficiel juge le sujet bien portant durant des années entières, souvent même pendant une longue suite d'années, jusqu'à ce que des circonstances physiques ou morales, seules ou réunies, fassent sortir le mal de son état de repos, et sollicitent le germe endormi à se développer : alors les parents, le médecin, le malade lui-même ne peuvent concevoir pourquoi sa santé a éprouvé tout à coup une si rude atteinte. Pour citer ici quelques exemples qui m'ont été fournis par ma propre expérience, on voit, en pareil cas, après une fracture simple, qui a retenu le sujet au lit pendant cinq ou six semaines, survenir des états morbides d'une autre espèce, dont la source ne peut être découverte, états qui, bien que réduits à un degré supportable par les traitements qu'on leur oppose, ne s'en reproduisent pas moins au bout de quelque temps, même sans aucun écart de régime, et chaque fois reparaissent avec plus de gravité qu'auparavant, surtout en automne, en hiver et au printemps, et dégénèrent en une affection chronique croissant d'année en année, contre laquelle on cherche vainement dans les conseils des médecins et dans l'usage des eaux minérales des secours durables, dont l'application ne soit pas suivie d'un autre mal plus fâcheux encore. Ces secousses dans la vie, ces circonstances défavorables qui réveillent la psore interne endormie jusqu'alors, et peut-être depuis longtemps déjà, qui en déterminent le germe à se développer, sont innombrables ; elles sont souvent de nature telle qu'il n'y a pas le moindre rapport entre elles et les grands maux qu'elles traînent peu à peu à leur suite, de sorte que, ne pouvant les considérer comme une cause suffisante des maladies chroniques, fréquemment énormes, qui leur succèdent, on se voit forcé d'attribuer à celles-ci une cause plus profonde, qui ne fait alors qu'être appelée à se développer, à se manifester. Ainsi, par exemple, une jeune femme qu'on jugeait bien portante en raisonnant d'après les idées ordinaires, et qui avait été atteinte de la psore dans son enfance, eut le malheur, au troisième mois de sa grossesse, d'être renversée avec sa voiture ; elle éprouva une vive frayeur, reçut une blessure assez légère, accoucha avant terme, et eut une forte perte de sang, qui l'affaiblit beaucoup. Cependant elle se remit en quelques semaines, et l'on pouvait croire qu'elle allait renaître à une santé durable, lorsque la nouvelle d'une maladie dangereuse dont était atteinte une sœur chérie, éloignée d'elle, la replongea dans l'état d'où elle venait de sortir, et y ajouta une multitude d'accidents nerveux et de spasmes, qui la rendirent sérieusement malade. Elle ne tarda cependant pas à être rassurée sur le compte de sa sœur, qui vint même la voir après son rétablissement. Mais la jeune femme n'en resta pas moins malade, et quoiqu'elle parût reprendre la santé pendant huit ou quinze jours, les affections dont elle était atteinte reparaissaient toujours sans cause appréciable. Chaque couche, même heureuse, chaque hiver rigoureux, ajoutait de nouvelles souffrances aux anciennes, ou bien celles-ci semblaient faire place à d'autres, mais plus graves encore, sans qu'on pût concevoir comment la force de la jeunesse, aidée de toutes les circonstances extérieures favorables, ne parvenait point à triompher des suites d'un seul accouchement avant terme, et moins encore comment l'impression fâcheuse d'une triste nouvelle n'avait point été effacée par celle de la guérison de sa sœur, par la visite même de cette dernière. Si la cause doit toujours être proportionnée à ses effets, ce qui est de règle générale dans la nature, personne ne conçoit comment ici, après la cessation des influences fâcheuses sur la santé, les maux qui en avaient été la conséquence pouvaient, non-seulement persister, mais même s'accroître d'année en année, à moins qu'ils ne dépendissent de quelque autre cause d'un ordre plus élevé, en sorte que l'avortement et la nouvelle affligeante, dans lesquels il était impossible de voir la raison suffisante de la maladie chronique, puisque ces événements avaient disparu d'eux-mêmes, ne se présentaient plus que comme une impulsion donnée au développement d'une puissance morbifique déjà existante dans l'organisme, mais jusqu'alors retenue dans une sorte de sommeil. Ainsi un marchand robuste, et qui parait bien portant, à cela près seulement de quelques traces de psore interne appréciables pour un œil exercé, vient à être atteint d'incommodités de toutes espèces, et finit par tomber gravement malade, lorsque des revers multipliés compromettent sa fortune et l'exposent à faire banqueroute. La mort d'un parent riche, ou un gros gain à la loterie, rétablit ses affaires ; il redevient riche, mais sa maladie n'en dure pas moins, et augmente même d'année en année, malgré toute les recettes des médecins, malgré des voyages répétés aux eaux minérales le plus en réputation, ou plutôt sous l'influence même de ces eaux. Une jeune fille de bonnes mœurs, et qui passe pour bien portante ; parce qu'on n'a point égard aux signes d'une psore interne, est contrainte à un mariage qui l'accable de tristesse ; sa santé décroît aussi dans la même proportion, sans nulle trace d'infection vénérienne. Aucun médicament allopathique ne soulage ses maux, qui deviennent plus graves de jour en jour. Après une année de souffrances, la mort la délivre d'un époux détesté, et elle se persuade que, n'ayant plus aucun sujet d'affliction, elle va recouvrer la santé, tous ses amis partagent cet espoir. En effet, son état s'améliore promptement ; mais, ce qu'on n'avait pas prévu, elle ne se rétablit point d'une manière complète, malgré sa jeunesse ; les accidents qu'elle éprouve la quittent rarement, pour se renouveler de temps en temps sans cause extérieure, et ils vont même en s'aggravant chaque année pendant la mauvaise saison. Une personne sur laquelle plane un injuste soupçon qui l'implique dans un procès criminel, jouissait auparavant d'une santé en apparence bonne, à part les signes d'une psore latente : pendant les mois que durent ses angoisses morales, elle est prise d'affections morbides diverses. Enfin son innocence est reconnue ; elle recouvre l'honneur et la liberté. On devrait croire que cet événement heureux va lui rendre la santé. Mais il n'en est rien ; sa maladie n'en reparaît pas moins par intervalles, elle renaît après des interruptions plus ou moins longues, et s'aggrave chaque année, surtout pendant l'hiver. Si l'événement désagréable avait été la cause suffisante des accidents morbides, l'effet n'aurait-il pas dû cesser entièrement après la suppression de la cause ? Mais les maux ne discontinuent point ; ils s'aggravent même peu à peu avec le temps, et il devient évident que les événements désagréables n'ont point pu être la cause suffisante de la maladie actuellement existante ; on conçoit qu'ils n'ont été que l'occasion du développement d'un mal jusqu'alors latent dans l'intérieur. La connaissance de cet ancien ennemi interne, qui est si fréquent, et l'art de le vaincre démontrent que, la plupart du temps, une maladie psorique intérieure est la cause de tous ces maux, dont les forces de la nature la mieux constituée ne sauraient triompher, et qui ne cèdent qu'à la puissance de l'art.

 

(*3) Note de l'éditeur : Il faut lire "tombe au milieu de circonstances contraires aux circonstances favorables dont j'ai fait l'énumération".

 

(*4) Note de l'éditeur : Si JOURDAN traduit fort bien "l'une ou l'autre des innombrables maladies chroniques éclate et s'aggrave" (bricht aus und verschlimmert sich), à la ligne suivante, il oublie de traduire toute une parenthèse : "de temps en temps (surtout sous le traitement aberrant, débilitant et épuisant des médecins allopathes), sans presque aucune rémission" -c'est Hahnemann qui souligne le texte de la parenthèse. Nous avons traduit le mot "schiefe" (littéralement "de travers, mal fichu, absurde, stupide, mal tourné, etc..") par "aberrant".

 

[§ 101] Cependant, lors même qu'une amélioration dans les circonstances extérieures tempère les progrès du mal déchaîné, aucun des modes de traitement usités jusqu'à ce jour ne parvient à rétablir véritablement la santé d'une manière durable, et les méthodes allopathiques ordinaires, avec les moyens énergiques et inconvenants qu'elles emploient, tels que bains, mercure, acide hydrocyanique, iode, digitale, quinquina, privation des aliments, ou autres remèdes préconisés par la mode du jour, ne font que hâter la mort, ce terme de tous les maux que les médecins ne peuvent guérir.

[§ 102] Quand les circonstances extérieures défavorables dont je viens de tracer le tableau tirent la psore de son état latent, l'éveillent, la font éclater, et que le malade s'abandonne aux conseils nuisibles des médecins allopathistes ordinaires, quelques heureux changements qui surviennent dans sa situation ou dans ses affaires, la maladie dont il est atteint n'en continue pas moins toujours à devenir de plus en plus fâcheuse.

[§ 103] L'éveil de la psore interne, jusqu'alors latente et en quelque sorte enchaînée par la force de la constitution et l'influence des circonstances extérieures, sa manifestation sous la forme de maladies sérieuses, se trahit par l'exaltation des symptômes annonçant sa présence à l'état de sommeil, et par une foule d'autres signes (*1), qui varient suivant la constitution du sujet, sa prédisposition héréditaire, les différents vices qu'il présente dans son éducation, ses habitudes, son genre de vie, son régime, ses occupations, la direction de son esprit, sa moralité, etc.

 

(*1) Note de l'éditeur : "Sa manifestation" : le texte original dit : "son éclatement (ihr Ausbruch) sous la forme de maladies sérieuses, se trahit par l'exaltation des symptômes annonçant sa présence à l'état de sommeil, et par une foule d'autres signes et incommodités, qui varient (...)".

 

[§ 104] Lorsque la maladie psorique se développe sous la forme de maladies secondaires manifestes (**1), on aperçoit les symptômes suivants, dont j'emprunte l'énumération aux cas dans lesquels j'ai appliqué moi-même ma méthode de traitement avec succès, et où, de l'aveu des malades, il y avait eu infection psorique, sans aucun mélange, soit de syphilis, soit de sycose. Je n'hésite pas à avouer que d'autres pourront, d'après leur propre expérience, en accroître beaucoup le nombre.

 

(**1) Note de l'éditeur : Texte original : "Lorsque la maladie psorique se développe sous la forme d'une maladie secondaire manifeste".

 

[§ 105] Je me bornerai seulement à rappeler que si, dans le nombre des symptômes rapportés, il s'en trouve qui sont tout à fait contradictoires, l'on doit chercher la cause de ce phénomène dans la différence des constitutions chez lesquelles la psore interne éclate. Cependant l'un de ces symptômes se rencontre plus rarement que l'autre, et il ne naît de là aucun obstacle particulier à la guérison.

[§ 106] Vertige ; démarche chancelante.

Vertige ; quand le sujet ferme les yeux, tout tourne autour de lui ; il éprouve des envies de vomir.

Vertige ; en se retournant brusquement, il tombe presque à la renverse.

Vertige ; comme s'il recevait une secousse dans la tête, ce qui le prive de ses sens pendant un instant.

[§ 106-5] Vertige ; avec de fréquents rapports.

Vertige en regardant de haut en bas, quelquefois même sur un sol plan, ou en levant les yeux.

Vertige en marchant dans un chemin non bordé des deux côtés, dans une plaine libre.

Vertige ; il se croit lui-même tantôt trop grand, tantôt trop petit ; ou bien d'autres objets s'offrent à lui sous cette apparence.

Vertige simulant la syncope.

[§ 106-10] Vertige dégénérant en perte de connaissance.

Étourdissements ; incapacité de penser et d'exécuter des travaux de tête.

Il n'est pas maître de ses pensées.

Dans certains moments il est tout à fait sans penser (il reste assis comme enseveli dans ses réflexions).

Le grand air l'étourdit, et lui rend la tête comme étonnée.

[§ 106-15] Il lui arrive quelquefois d'avoir la vue obscurcie, ou de ne plus voir du tout, lorsqu'il marche, ou se baisse, ou se redresse après s'être baissé.

Afflux du sang vers la tête (1).

 

(1) Pendant la durée duquel il est de mauvaise humeur, avec inquiétudes et horreur du travail.

 

Chaleur à la tête (et au visage) (1).

 

(1) Assez souvent avec froid aux mains et aux pieds.

 

Sentiment de pression froide sur le sommet de la tête (1).

 

(1) Ordinairement avec anxiété.

 

Mal de tête sourd, le matin en s'éveillant, ou l'après-midi, soit après avoir marché longtemps, soit en parlant haut.

[§ 106-20] Migraine, à certaines époques (au bout de vingt-huit, de quatorze, ou d'un moindre nombre de jours), plus prononcée pendant la pleine lune ou la nouvelle lune, ou après des excitations morales, des refroidissements, etc. ; pression ou autre douleur sur le sommet ou dans l'intérieur de la tête, ou bien douleur térébrante au-dessus d'un œil (1).

 

(1) En même temps, le sujet éprouve souvent beaucoup d'agitation et d'anxiété à l'intérieur, surtout dans le bas-ventre ; il ne va point à la selle, ou il a des selles fréquentes, peu abondantes accompagnées d'anxiété ; il ressent de la pesanteur dans les membres, des tremblements dans tout le corps, une sorte de tension dans tous les nerfs, avec exaltation de l'irritabilité et de la sensibilité ; l'œil ne peut supporter la lumière, il larmoie, et parfois se gonfle ; les pieds sont froids ; il y a quelquefois enrouement, souvent du froid, bientôt suivi d'une chaleur passagère ; mal de cour continuel, serrement de gorge et vomissement ; le malade reste étendu comme s'il était frappé de stupeur, ou s'agite avec anxiété sur sa couche. Ces accès durent douze, vingt-quatre heures, ou davantage. Lorsqu'ils sont passés, on éprouve beaucoup d'abattement, avec de la tristesse ou un sentiment de tension dans tout le corps. Avant les accès on ressent souvent des secousses dans les membres pendant le sommeil, avec réveil en sursaut, rêves effrayants, grincement de dents durant le sommeil, et grande disposition à s'effrayer du moindre bruit.

 

Mal de tête tous les jours, à certaines heures ; par exemple, des élancements dans les tempes (1).

 

(1) Qui quelquefois se gonflent, avec larmoiement d'un œil.

 

Accès de céphalalgie pulsative (par exemple, au front), avec des nausées assez fortes pour faire tomber à terre, ou pour déterminer le vomissement, depuis le matin jusqu'au soir, tous les quinze jours, ou à des époques soit plus rapprochées, soit plus éloignées.

Mal de tête, comme si le crâne s'ouvrait.

Mal de tête tiraillant (1).

 

(1) Dans quelques cas, une douleur tiraillante, remontant de la nuque à l'occiput, ou même à toute la tête et à la face, qui en devient souvent bouffie ; en même temps, la tête est douloureuse au toucher, et il y a souvent des nausées.

 

[§ 106-25] Céphalalgie ; palpitations dans la tête, aboutissant aux oreilles (1).

 

(1) Ordinairement en marchant, surtout lorsqu'on marche et se remue après avoir mangé.

 

Céphalalgie ; élancements dans la tête, aboutissant aux oreilles (1).

 

(1) Quelquefois la vue se couvre alors d'un voile noir.

 

Bruit dans la tête, chant, bourdonnement, tintement, grondement, etc.

Cuir chevelu rempli d'écailles, avec ou sans prurit.

Éruptions cutanées à la tête ; teigne, avec des croûtes plus ou moins épaisses, et élancements douloureux lorsqu'un point va devenir humide ; démangeaisons insupportables quand il s'humecte ; tout le sinciput douloureusement affecté par le contact de l'air ; en même temps, gonflements glandulaires durs à la nuque.

[§ 106-30] Cheveux comme torréfiés.

Les cheveux tombent fréquemment, surtout sur le devant et au sommet de la tête ; ou calvitie par places.

Des tubercules douloureux dans le cuir chevelu, qui paraissent et disparaissent, et ressemblent à des tumeurs arrondies (1).

 

(1) Qui même, dans ces cas rares, passent à la suppuration.

 

Sentiment de constriction dans la peau de la tête et du visage.

Pâleur de la face pendant le premier sommeil, avec un cercle bleu autour des yeux.

[§ 106-35] Fréquentes rougeur et chaleur de la face (1).

 

(1) Le sujet devient alors très faible, et comme épuisé, ou accablé d'anxiété, et le haut de son corps se couvre de sueur : les yeux se troublent, ils se couvrent d'un voile noir ; l'esprit devient triste, la tête semble être trop pleine, avec chaleur brûlante aux tempes.

 

Couleur jaunâtre, jaune, de la face.

Couleur jaunâtre, livide, de la face.

Érysipèle à la face (1).

 

(1) Dans certains cas, avec beaucoup de fièvre, parfois aussi avec des ampoules pleines de sérosité à la face, qui causent du prurit, de l'ardeur, des picotements, et qui se convertissent en croûtes (érysipèle pustuleux).

 

Douleur compressive au-dessus des yeux, surtout tard dans la soirée ; le malade est obligé d'appuyer ses mains sur la partie souffrante.

[§ 106-40] Il ne peut rien fixer pendant longtemps, autrement tout tremble autour de lui ; les objets paraissent se mouvoir.

Paupières comme fermées, surtout le matin ; il est des minutes, quelquefois même des heures, sans pouvoir les ouvrir ; elles sont pesantes, comme paralysées, ou fermées spasmodiquement.

Yeux extrêmement sensibles à la lumière du jour, qui leur cause une impression douloureuse, et les oblige à se fermer involontairement (1).

 

(1) Ordinairement avec plus ou moins d'inflammation.

 

Sentiment de froid dans les yeux.

Angles des yeux pleins de mucus purulent (chassie).

[§ 106-45] Bords des paupières couverts de croûtes sèches.

Inflammation d'une (orgelet) ou de plusieurs glandes de Meibomius, au bord des paupières.

Ophtalmies d'un grand nombre d'espèces (1).

 

(1) Il est probable que la fistule lacrymale n'a jamais d'autre origine qu'une affection psorique.

 

Cercle jaune autour des yeux.

Couleur jaune du blanc des yeux (1).

 

(1) Ou couleur grise de la conjonctive.

 

[§ 106-50] Tache trouble, opaque, à la cornée (1).

 

(1) Même sans qu'il y ait eu d'ophthalmie auparavant.

 

Hydropisie de l'œil.

Obscurcissement du cristallin ; cataracte.

Strabisme.

Presbytie. Le sujet voit de loin, mais il ne distingue pas nettement les petits objets qu'il regarde de près.

[§ 106-55] Myopie. Il distingue fort bien, même les très petits objets, quand il les tient rapprochés de l'œil ; mais il les aperçoit d'autant moins nettement qu'ils sont plus éloignés, et il ne les voit plus du tout à une grande distance.

Hallucinations de la vue. On aperçoit les objets doubles ou multiples, on ne les voit qu'à moitié.

Il passe comme des mouches, des points noirs, des bandelettes obscures ou des réseaux devant les yeux, surtout quand on regarde au grand jour.

Les objets sont vus comme à travers une gaze ou un nuage ; la vue se trouble en certains temps.

Héméralopie. On voit bien pendant le jour, mais on ne distingue plus rien au crépuscule.

[§ 106-60] Nyctalopie. On ne voit bien que pendant le crépuscule.

Amaurose. Trouble permanent de la vue (1), qui s'aggrave enfin jusqu'au degré de la cécité complète.

 

(1) Plus souvent sans qu'avec l'opacité du cristallin.

 

Sensibilité douloureuse de plusieurs points de la face, des joues, des os de la pommette, de la mâchoire inférieure, etc., lorsqu'on y touche, qu'on parle, ou qu'on mâche ; il semble qu'une suppuration intérieure a lieu dans ces points, ou qu'on y éprouve des élancements, une sorte de soulèvement ; la tension, le tiraillement, les élancements, sont surtout si forts pendant la mastication, qu'ils empêchent de manger (1).

 

(1) On éprouve souvent aussi, en mangeant, en parlant, des tiraillements semblables sur les côtés de la tête, où fréquemment alors surviennent des saillies douloureuses. Lorsque la douleur est plus insupportable encore, et même accompagnée d'ardeur brûlante, on l'appelle tic douloureux de la face.

 

Ouïe excessivement irritable et sensible ; on ne peut point entendre sonner les cloches sans tressaillir ; le bruit du tambour donne des convulsions, etc. ; certains sons causent de la douleur dans l'oreille.

Il y a des élancements dans l'oreille (1).

 

(1) Principalement en marchant au grand air.

 

[§ 106-65] Fourmillement et prurit dans l'oreille.

Sécheresse et croûtes sèches dans les oreilles, sans cérumen.

Écoulement par l'oreille d'un pus ténu, ordinairement fétide.

Pulsations dans l'oreille.

Bruits et sons divers dans l'oreille (1).

 

(1) Comme tintement, bruissement, ébrouement, bourdonnement, trémoussement, etc.

 

[§ 106-70] Surdité à différents degrés, jusqu'à celle qui est absolue, avec ou sans bruit intérieur ; symptôme dont l'intensité varie aussi suivant le temps.

Gonflement des parotides (1).

 

(1) Souvent avec des élancements dans ces glandes.

 

Saignement de nez plus ou moins copieux, plus ou moins fréquent.

Narines comme bouchées (1).

 

(1) Ou l'une des deux, ou toutes deux à la fois, ou alternativement l'une et l'autre ; souvent il n'y a qu'un sentiment d'obturation, quoique l'air passe bien.

 

Sentiment pénible de sécheresse dans le nez, même quand l'air y passe librement.

[§ 106-75] Polypes du nez, ordinairement avec anosmie, qui parfois dépassent l'ouverture postérieure des fosses nasales et descendent dans la gorge.

Diminution, perte de l'odorat.

Perversion de l'odorat (1).

 

(1) Par exemple, odeur de fumier ou autre, surtout dans le nez.

 

Exaltation excessive de l'odorat, sensibilité extrême pour les odeurs, même les moins prononcées.

Dans l'intérieur du nez, des croûtes, des écoulements de pus, ou des masses endurcies de mucus (1).

 

(1) Quelquefois aussi écoulement d'un mucus âcre par le nez.

 

[§ 106-80] Fétidité du nez.

Narines souvent ulcérées, parsemées de boutons et de croûtes.

Gonflement et rougeur du nez entier, ou du bout du nez, souvent ou toujours.

Sous le nez, ou sur la lèvre supérieure, des croûtes qui durent longtemps, sans rougeur pruriteuse. La partie rouge des lèvres est toute pâle.

[§ 106-85] Elle est sèche, écailleuse, croûteuse, fendillée.

Gonflement des lèvres, surtout de la supérieure (1).

 

(1) Parfois avec douleur brûlante, mordicante.

 

L'intérieur des lèvres est parsemé de petits ulcères ou de vésicules (1).

 

(1) Ce symptôme, souvent très douloureux, paraît et disparaît.

 

Éruptions cutanées dans la barbe ou à la racine de la barbe, avec prurit.

Éruptions d'une foule d'espèces à la face (1).

 

(1) Croûtes de lait, boutons, bourgeons, couperose, dartres et ulcérations (jusqu'au cancer du nez, des lèvres et de la face), avec douleur brûlante et lancinante.

 

[§ 106-90] Glandes sous-maxillaires tuméfiées, et quelquefois aussi passant à la suppuration chronique.

Gonflements glandulaires sur les parties latérales du cou, en descendant.

Gencives saignantes au moindre attouchement.

Le côté interne ou externe des gencives douloureux, comme s'il était excorié.

Prurit rongeant aux gencives.

[§ 106-95] Gencives blanchâtres, gonflées, douloureuses au toucher.

Les gencives s'affaissent, laissant à nu les dents de devant et leurs racines.

Grincement de dents pendant le sommeil.

Ébranlement et altérations diverses des dents, même sans odontalgie.

Maux de dents de toute espèce, avec plus ou moins d'excitation.

[§ 106-100] Le mal de dents ne permet pas de garder le lit pendant la nuit.

Vésicules douloureuses et excoriation à la langue.

Langue blanche, couverte d'un enduit blanc, ou chargée d'aspérités blanches.

Langue pâle, d'un blanc bleuâtre.

Langue pleine de sillons profonds, disséminés à sa surface, comme si elle avait été déchirée en dessus.

[§ 106-105] Langue sèche.

Sentiment de sécheresse à la langue, quoiqu'elle soit humectée.

Bredouillement, bégaiement, ou même accès inopinés d'impossibilité de parler.

Vésicules ou ulcérations douloureuses à l'intérieur des joues.

Saignement, souvent abondant, par la bouche.

[§ 106-110] Sentiment de sécheresse dans tout l'intérieur de la bouche, ou seulement dans quelques-unes de ses parties, ou profondément dans la gorge (1).

 

(1) Principalement lorsqu'on s'éveille dans la nuit, ou le matin, avec ou sans soif ; lorsque la sécheresse dans la gorge est portée à un haut degré, il y a souvent des douleurs picotantes en avalant.

 

Puanteur de l'haleine.

Chaleur brûlante dans la gorge.

Afflux continuel de salive, surtout en parlant, et principalement le matin.

Crachotement continuel.

[§ 106-115] Accumulation fréquente de mucosités dans le fond de la gorge, qu'on est obligé d'arracher et de cracher souvent, dans la journée, et surtout le matin.

Fréquentes inflammations de gorge, et gonflement des parties qui servent à la déglutition.

Goût fade et muqueux dans la bouche.

Goût sucré insupportable et presque continuel dans la bouche.

Goût amer dans la bouche, plus particulièrement le matin (1).

 

(1) Ce symptôme n'est pas rare : on l'observe même toujours.

 

[§ 106-120] Goût acide ou acidulé dans la bouche, surtout après le repas, quoique la saveur des aliments soit bien perçue (1).

 

(1) Dans des cas rares, saveur douce répugnante, hors des moments où l'on mange et boit.

 

Goût fétide et putride dans la bouche.

Mauvaise odeur de la bouche, rappelant quelquefois celle du moisi, dans d'autres cas, celle d'un corps en putréfaction, comme du vieux fromage, ou celle de la sueur fétide des pieds, ou celle de la choucroute pourrie.

Rapports ayant le goût des aliments, deux heures après le repas.

Éructations bruyantes, insupportables, qui durent souvent des heures entières, et qui ont lieu assez fréquemment, la nuit même.

[§ 106-125] Rapports incomplets, qui n'occasionnent que des secousses spasmodiques dans le pharynx, sans rien faire sortir de la bouche.

Rapports acides, soit à jeun, soit après avoir mangé, surtout du lait.

Rapports qui excitent au vomissement.

Rapports ayant un goût rance (surtout après avoir mangé des corps gras).

Rapports ayant un goût putride ou de moisi, le matin.

[§ 106-130] Rapports fréquents avant de se mettre à table, avec une sorte de boulimie.

Soda (*1) plus ou moins fréquent ; on sent de l'ardeur le long de la poitrine, surtout après le déjeuner, ou quand on se remue.

 

(*1) Note de l'éditeur : Soda : ce mot, qui a disparu de la langue française vers la fin du siècle dernier, signifie tout simplement pyrosis et traduit l'allemandSoodbrennen.

 

Affluence à la bouche d'un courant de liquide salivaire remontant de l'estomac, après des douleurs tortillantes autour de ce dernier organe, nausées causant presque la syncope, et afflux de la salive à la bouche, même pendant la nuit (1).

 

(1) Ce symptôme dégénère souvent en vomissement d'eau, de mucus ou d'acide âcre : on l'observe surtout après l'usage des farineux, des aliments venteux, des pruneaux, etc.

 

Excitation des maux dominants dans une partie quelconque du corps, après l'usage des fruits, notamment de ceux qui sont aigrelets, et après celui du vinaigre (en salade, etc.).

Nausées le matin (1).

 

(1) Survenant souvent d'une manière inopinée.

 

[§ 106-135] Nausées allant parfois jusqu'au vomissement, le matin, aussitôt après la sortie du lit, et diminuant par le mouvement.

Nausées chaque fois qu'on a mangé des corps gras ou du lait.

Vomissement de sang.

Hoquet après avoir mangé ou bu.

Dysphagie spasmodique, allant parfois jusqu'à faire périr de faim.

[§ 106-140] Déglutition spasmodique, involontaire.

Fréquente sensation de vacuité dans l'estomac (ou le bas-ventre), assez souvent avec afflux abondant de salive à la bouche.

Faim dévorante (boulimie), surtout le matin. Le sujet est obligé de manger sur-le-champ, sans quoi il se trouve mal, devient faible et tremblant, et, s'il se trouve en plein champ, il est obligé de s'étendre sur la terre.

Boulimie, avec borborygmes dans le ventre.

Appétit sans faim ; le malade a envie d'avaler précipitamment toutes sortes de choses, sans en éprouver le besoin dans l'estomac.

[§ 106-145] Une sorte de faim ; mais, pour peu qu'on mange alors on est rassasié sur-le-champ.

Lorsque le sujet veut manger, il éprouve un sentiment de plénitude dans la poitrine, et il a la gorge remplie de mucosités.

Défaut d'appétit. Il n'y a qu'un sentiment de rongement, de torsion et de tortillement dans l'estomac qui l'oblige à manger.

Répugnance pour les aliments chauds, surtout pour la viande ; le malade ne demande presque que du pain et du beurre ou des pommes de terre (1).

 

(1) Surtout dans la jeunesse et l'enfance.

 

Soif continuelle, dès le matin.

[§ 106-150] La région épigastrique est comme tuméfiée et douloureuse au toucher.

Sentiment de froid à l'épigastre.

Pression à l'estomac, ou à l'épigastre, semblable à celle que produirait l'application d'une pierre ou une crampe (1).

 

(1) Dans quelques cas aussi à jeun, et même la nuit, en s'éveillant ; la respiration aussi est gênée.

 

Battements et pulsations dans l'estomac, même à jeun.

Spasme d'estomac ; douleur à l'épigastre, comme s'il était resserré (1).

 

(1) Ordinairement peu de temps après avoir mangé.

 

[§ 106-155] Douleur à l'estomac (1), comme si on l'arrachait, surtout après l'usage d'une boisson froide.

 

(1) Assez souvent avec vomissement de mucus et d'eau, sans lequel le mal d'estomac ne se calme point dans ce cas.

 

Douleur à l'estomac, comme s'il était ulcéré, après l'usage des aliments, même les plus innocents.

Pression à l'estomac, même à jeun, mais plus encore après l'usage de tous les aliments, ou de certains d'entre eux, des fruits, des légumes verts, du pain bis, des substances vinaigrées, etc. (1).

 

(1) On voit aussi survenir, même après le moindre usage de ces choses, des coliques, des douleurs ou de l'engourdissement dans les mâchoires, des élancements dans les dents, un amas abondant de mucosités dans la gorge, etc.

 

Étourdissements et vertige pendant que le sujet mange ; il est sur le point de tomber de côté.

Après le moindre souper, chaleur la nuit dans le lit, et, le matin suivant, constipation, avec abattement extrême.

[§ 106-160] Après avoir mangé, anxiété et sueurs occasionnées par elle (1).

 

(1) Souvent aussi des douleurs qui se renouvellent çà et là, par exemple, des élancements dans les lèvres, des coliques et des remuements dans le bas-ventre, des pressions dans la poitrine, de la pesanteur dans le dos et au sacrum, portée jusqu'à la nausée ; il n'y a alors que l'excitation du vomissement qui soulage. Chez quelques personnes, l'anxiété croit après le repas, jusqu'à les pousser à se détruire par la strangulation.

 

Sueur, aussitôt après avoir mangé.

Vomissement, aussitôt après avoir mangé.

Après le repas, pression et chaleur à l'estomac ou à l'épigastre, presque comme dans le soda.

Après le repas, ardeur qui remonte dans le pharynx.

[§ 106-165] Après le repas, gonflement du ventre (1).

 

(1) Quelquefois il y a en même temps lassitude dans les bras et les jambes.

 

Après le repas, beaucoup de lassitude et de somnolence (1).

 

(1) La somnolence est souvent poussée jusqu'au point que le malade se couche et s'endort.

 

Après le repas, état semblable à celui de l'ivresse.

Après le repas, mal de tête.

Après le repas, battements de cœur.

[§ 106-170] Soulagement de plusieurs maux, même éloignés, par le repas.

Les vents ne sortent pas, changent de place à chaque instant, et occasionnent une multitude de désordres dans le physique (1) et le moral.

 

(1) Quelquefois des tiraillements dans les membres, surtout les inférieurs, ou des élancements soit à l'épigastre, soit dans le bas-ventre, etc.

 

Les vents gonflent le ventre (1) ; l'abdomen est comme rempli, surtout après le repas.

 

(1) Les vents remontent souvent ; dans des cas plus rares, il en sort, surtout le matin, une énorme quantité, qui n'ont pas d'odeur, et dont l'expulsion soulage les autres accidents ; dans d'autres cas, le malade rend une grande quantité de vents d'une fétidité extrême.

 

Les vents semblent remonter. Il survient des rapports, puis souvent de l'ardeur dans la gorge, ou des vomissements, le jour et la nuit.

Douleurs dans les hypocondres quand on y touche, ou qu'on se remue, ou même aussi en restant tranquille.

[§ 106-175] Étreinte douloureuse dans le ventre, immédiatement au-dessous des côtes.

Tranchées comme causées par des vents qui se déplacent ; le bas-ventre est alors toujours comme plein, et les vents remontent.

Tranchées presque tous les jours, surtout chez les enfants, le matin plus souvent qu'à aucune autre époque de la journée, et, dans quelques cas, nuit et jour, sans diarrhée.

Tranchées, surtout dans un côté du ventre, ou dans une aine (1).

 

(1) Les douleurs descendent souvent jusque dans le rectum et la cuisse.

 

Sentiment désagréable de vacuité dans le bas-ventre (1) ; lors même que le malade sort de table, il lui semble n'avoir pas mangé.

 

(1) Parfois il alterne avec des étreintes douloureuses dans le bas-ventre.

 

[§ 106-180] Tout autour du bas-ventre, à partir du sacrum, mais surtout au-dessous de l'estomac, sentiment d'étreinte, comme par une ligature, lorsque le sujet n'a point été à la selle depuis quelques jours.

Douleur au foie lorsqu'on palpe le côté droit du ventre.

Douleur au foie ; sentiment de pression et de tension sous les côtes droites.

Sous les fausses côtes (dans les hypocondres), tension et pression, qui gênent la respiration, tourmentent l'esprit du malade et l'inquiètent.

Douleur au foie ; picotement, surtout lorsqu'on se baisse brusquement.

[§ 106-185] Inflammation du foie.

Pression dans le bas-ventre, comme par une pierre (1).

 

(1) Pression qui remonte souvent à l'épigastre, où elle excite le vomissement.

 

Dureté du bas-ventre.

Colique spasmodique, crampe douloureuse des intestins.

Dans la colique, froid d'un des côtés du ventre.

[§ 106-190] Gargouillements sensibles à l'oreille dans le bas-ventre (1).

 

(1) Quelquefois seulement au côté gauche du ventre, remontant dans l'inspiration et descendant dans l'expiration.

 

Spasmes dits hystériques, simulant les douleurs de l'accouchement ou les crampes, obligeant souvent à se coucher, et dans beaucoup de cas gonflant tout à coup le ventre, sans flatuosités.

Dans le bas-ventre, sensation de quelque chose qui pousse vers les parties génitales (1).

 

(1) La pression s'exerce de haut en bas, comme s'il voulait survenir un prolapsus ; après qu'elle est passée, tous les membres s'engourdissent, et la femme est forcée de les étendre.

 

Hernies inguinales, souvent douloureuses en parlant et chantant (1).

 

(1) Les hernies inguinales ne dépendent en général que de la psore interne, les cas peu nombreux exceptés où les parties qui en sont le siège ont éprouvé une grande violence extérieure, et ceux où la hernie provient d'un effort trop considérable pour soulever ou tirer un fardeau.

 

Gonflements glandulaires dans l'aine, qui passent quelquefois à la suppuration.

[§ 106-195] Constipation ; rétention des selles, souvent pendant plusieurs jours, et dans beaucoup de cas avec fréquentes et inutiles envies de s'en débarrasser.

Selles dures, comme brûlées, en petites boules, souvent entourées de mucosités, et parfois aussi de stries de sang.

Selles purement muqueuses (hémorroïdes blanches.)

Sortie de vers lombrics par l'anus.

Sortie de portions de tænia.

[§ 106-200] Selles dont la première partie est ordinairement fort dure et difficile à expulser, tandis que le reste est diarrhéique.

Matières fécales très pâles, blanchâtres.

Matières fécales grises.

Matières fécales vertes.

Selles de couleur d'argile.

[§ 106-205] Selles d'odeur putride aigre.

Tranchées dans le rectum, en allant à la selle.

Selles diarrhéiques pendant des semaines, des mois, des années (1).

 

(1) Ordinairement précédées de borborygmes ou de fermentation dans le bas-ventre, et survenant de préférence le matin.

 

Diarrhée de plusieurs jours, avec tranchées, qui se reproduit souvent.

Grand épuisement après avoir été à la selle, surtout après en avoir rendu une molle et copieuse (1).

 

(1) On observe surtout un sentiment d'épuisement à l'épigastre, de l'anxiété, de l'agitation, parfois aussi du froid au bas-ventre ou au sacrum, etc.

 

[§ 106-210] Diarrhée qui affaiblit rapidement à tel point que le sujet ne peut marcher seul.

Tumeurs hémorroïdales indolentes et douloureuses (1), à l'anus, dans le rectum.

 

(1) Qui assez souvent exsudent un liquide muqueux.

 

Hémorroïdes fluentes à l'anus ou dans le rectum (1), coulant surtout pendant les selles, après quoi les tumeurs restent souvent douloureuses pendant longtemps.

 

(1) Les fistules à l'anus ne dépendent presque jamais d'une autre cause que de l'affection psorique, surtout lorsqu'à celle-ci se joignent un régime fort irritant, l'usage abondant des boissons alcooliques, l'abus des purgatifs et celui des jouissances de l'amour.

 

Pendant que le sang coule par l'anus, bouillonnement de ce liquide dans tout le corps et respiration courte.

Fourmillement et prurit dans le rectum, avec ou sans sortie d'ascarides.

[§ 106-215] Prurit et rongement à l'anus et au périnée.

Polypes dans le rectum.

Pendant l'écoulement de l'urine, anxiété, malaise et parfois aussi épuisement.

Quelquefois il sort trop d'urine, et alors le malade éprouve un accablement subit (1).

 

(1) Les diabètes, qui sont si ordinairement mortels sous l'influence des moyens allopathiques, ne reconnaissent guère jamais d'autre cause que la psoreinterne.

 

Rétention d'urine douloureuse (chez les enfants et les sujets avancés en âge).

[§ 106-220] Quand le sujet a froid (qu'il est transi), il ne peut point uriner.

Quelquefois il ne peut point uriner, parce qu'il est gonflé.

L'urètre est rétréci sur plusieurs points, particulièrement le matin (1).

 

(1) Le jet d'urine est souvent alors aussi mince qu'un fil ; il se partage en deux ; l'urine ne sort plus que par saccades, séparées souvent par de longs intervalles, dernier phénomène qui cependant tient fréquemment à un spasme du col de la vessie, provenant de la même cause morbide. De même aussi la cystite par rétrécissement de l'urètre, et les fistules urinaires qui en sont la suite, n'ont jamais qu'une origine psorique, quoique, dans des cas rares, la sycose puisse être compliquée avec la psore.

 

Pression sur la vessie, comme une envie d'uriner, immédiatement après avoir bu.

Le sujet ne peut pas retenir longtemps son urine ; elle sort quand il marche, éternue, tousse ou rit.

[§ 106-225] Envies fréquentes d'uriner pendant la nuit : le malade est obligé de se relever plusieurs fois pour lâcher de l'eau.

L'urine s'échappe involontairement tandis qu'il dort.

Elle coule encore longtemps goutte à goutte après qu'il a lâché de l'eau.

Une urine blanchâtre, d'odeur et de saveur douceâtres, coule en quantité énorme, avec chute des forces, amaigrissement et soif inextinguible (diabètes).

Douleurs brûlantes et quelquefois déchirantes, en urinant, dans l'urètre et au col de la vessie.

[§ 106-230] Urine d'une odeur âcre et pénétrante.

L'urine dépose promptement un sédiment.

Elle est trouble comme du petit lait, au moment même de sa sortie.

Un sable rouge (gravelle) sort de temps en temps avec l'urine.

L'urine est d'un jaune foncé.

[§ 106-235] Urine brune.

Urine noirâtre.

Urine contenant des parcelles de sang, ou même hématurie complète.

Sortie de la liqueur prostatique après que le sujet a uriné, mais surtout après qu'il a poussé une selle un peu dure (et aussi suintement presque continuel de cette humeur) (1).

 

(1) Quelquefois épuisement par suite d'une perte continuelle de liquide prostatique.

 

Trop fréquentes pollutions nocturnes, une, deux, trois fois par semaine, ou même toutes les nuits (1).

 

(1) Chez les jeunes gens bien portants et chastes, elles n'arrivent naturellement que tous les douze ou quinze jours, sans inconvénient, et en procurant un sentiment de force, de bien-être.

 

[§ 106-240] Pollutions nocturnes, chez la femme, avec rêves voluptueux.

Pollutions nocturnes, sinon fréquentes, du moins entraînant immédiatement des suites fâcheuses (1).

 

(1) Mélancolie, engourdissement de la pensée, diminution de l'imagination, perte de la mémoire, abattement de l'esprit ; la vue s'affaiblit, ainsi que la digestion et l'appétit ; les selles deviennent moins fréquentes, le sang se porte à la tête, à l'anus, etc.

 

Le sperme sort presque involontairement pendant le jour, à la moindre excitation, et même sans rigidité de la verge.

Érections très fréquentes, prolongées, fort douloureuses, sans pollution.

La semence ne sort pas, même dans un coït prolongé, et malgré l'état d'érection de la verge (1), mais elle s'échappe ensuite en pollutions nocturnes, ou avec l'urine.

 

(1) Les testicules ne sont point alors remontés vers l'abdomen, et appliqués au ventre, mais ils pendent plus ou moins.

 

[§ 106-245] Amas de sérosité dans la tunique vaginale du testicule (hydrocèle).

La verge n'entre jamais complètement en érection, malgré même les titillations les plus voluptueuses.

Convulsions douloureuses dans les muscles de la verge.

Prurit au scrotum, qui souvent aussi est parsemé de boutons et de croûtes.

Gonflement ou endurcissement chronique d'un testicule ou des deux (sarcocèle).

[§ 106-250] Rapetissement, atrophie, disparition d'un testicule ou des deux.

Endurcissement et tuméfaction de la prostate.

Tiraillements dans le testicule et le cordon spermatique.

Douleurs contusives dans le testicule.

Absence des désirs vénériens chez les deux sexes, souvent ou toujours (1).

 

(1) Souvent pendant des années, et même de longues années. Alors rien ne peut exciter le sentiment de volupté dans les organes génitaux de l'homme et de la femme : la verge est flasque et pendante, plus mince que le gland, qui est froid au toucher, et bleuâtre ou blanc ; chez la femme, les lèvres de la vulve sont flasques et petites, le vagin presque insensible et ordinairement sec ; parfois chute partielle ou totale des poils du pubis.

 

[§ 106-255] Lasciveté effrénée, insatiable (1), avec teint plombé et complexion maladive.

 

(1) La nymphomanie a la même source.

 

Stérilité, impuissance, sans lésions organiques primitives des parties génitales (1).

 

(1) L'abus du coït, avec émission trop précipitée d'une semence aqueuse, non élaborée, le défaut d'érection, d'éjaculation, ou de désirs vénériens, des règles trop abondantes, continuelles, aqueuses, ou trop peu abondantes, ou nulles, un écoulement copieux de mucus par le vagin (flueurs blanches), des squirrhes de l'ovaire, l'atrophie ou le gonflement des glandes du sein, l'insensibilité ou la sensibilité douloureuse des parties génitales, ne sont que les annonces ordinaires de la stérilité dans l'un et l'autre sexe.

 

Désordres de la menstruation. L'écoulement ne reparaît pas régulièrement vingt-huit jours après le précédent ; il ne s'établit jamais sans que la femme éprouve quelque incommodité, et ne continue pas sans interruption pendant trois ou quatre jours, en donnant une quantité médiocre de sang d'une bonne couleur, jusqu'à ce qu'enfin il atteigne insensiblement son terme vers le quatrième jour, sans que le physique ou le moral s'en ressente ; sa durée ne se prolonge pas non plus jusqu'à la quarante-huitième ou cinquantième année de la vie, époque à laquelle il doit cesser peu à peu et sans incommodités.

Les règles tardent à paraître jusqu'après la quinzième année, ou même davantage, et, après s'être montrées une ou plusieurs fois, elles restent des mois ou des années sans couler de nouveau (1).

 

(1) De là pâleur terreuse et bouffissure de la face, pesanteur dans les jambes, gonflement des pieds, frissonnements, accablement, asthme (chlorose), etc.

 

L'écoulement ne s'astreint pas d'une manière rigoureuse à ses époques ; il avance de plusieurs jours, et reparaît souvent toutes les trois semaines, ou même tous les quinze jours (1).

 

(1) Rarement il retarde de quelques jours, et alors il est trop abondant, ce qui entraîne l'épuisement et beaucoup d'autres accidents.

 

[§ 106-260] Il ne dure qu'un seul jour, que quelques heures, ou se réduit presque à rien.

Il dure cinq, six, huit jours, ou davantage, mais ne se montre qu'à peu près toutes les six, douze ou vingt-quatre heures, et s'arrête ainsi un demi-jour ou un jour entier, avant de reparaître.

Il coule en trop grande abondance, pendant des semaines entières, ou revient presque tous les jours (1).

 

(1) Ensuite, fréquemment, bouffissure de la face, des mains et des pieds, spasmes douloureux dans la poitrine et le ventre, symptômes innombrables de faiblesse nerveuse, d'excès de sensibilité, tant générale qu'appartenant seulement à quelque organe des sens, etc., et, avant l'apparition de l'écoulement sanguin, rêves fatigants, réveil fréquent par des bouillonnements de sang, battements de cœur, agitation, etc. Dans le cas d'écoulement sanguin plus abondant, souvent des douleurs lancinantes dans un côté du ventre et dans l'aine ; la douleur descend parfois aussi vers le rectum et dans la cuisse ; ensuite il arrive souvent que la malade ne peut pas uriner, ou que la douleur l'empêche de s'asseoir ; après cette douleur, le ventre fait mal, comme s'il était ulcéré en dedans.

 

Le sang qu'il fournit est aqueux, ou mêlé de caillots bruns.

Le sang menstruel a une très mauvaise odeur.

[§ 106-265] Les règles sont accompagnées d'incommodités nombreuses, de syncopes, de céphalalgies (la plupart du temps d'élancements dans la tête), ou de tranchées, ou de douleurs dans le sacrum ; la femme est obligée de se coucher ; elle vomit, etc.

Polypes dans le vagin.

Écoulement blanc par le vagin, quelques jours ou plusieurs jours avant le flux menstruel, plus souvent immédiatement après, ou pendant tout le temps compris entre une période et l'autre, avec diminution de l'écoulement sanguin, qu'il remplace même quelquefois tout à fait ; flux semblable à du lait, à du mucus blanc ou jaune, ou à de l'eau âcre et parfois même fétide (1).

 

(1) Une innombrable quantité de maux accompagnent la leucorrhée, surtout celle de la plus fâcheuse espèce, sans parler des incommodités légères, savoir, du prurit au pudendum et dans le vagin, avec excoriation des parties génitales externes et des régions avoisinantes de la cuisse, surtout pendant la marche. Cette affection portée a un haut degré détermine assez souvent des accidents hystériques de toute espèce, des dérangements d'esprit, la mélancolie, l'aliénation mentale, l'épilepsie, etc. Souvent la leucorrhée vient par accès, et alors elle est fréquemment précédée de remuements dans un côté du ventre, ou d'ardeur dans l'estomac, le bas-ventre, le vagin, ou d'élancements dans le vagin et le museau de tanche, ou d'une douleur compressive dans la matrice et de pesanteur dans le vagin, comme si l'utérus allait sortir, accidents que précèdent parfois les douleurs les plus aiguës au sacrum. Les vents se déplacent d'une manière douloureuse, etc. Ce qu'on appelle le cancer utérin a-t-il bien une autre origine que la psore interne ?

 

Accouchement avant terme.

Pendant les grossesses, beaucoup d'abattement, des nausées, des vomissements fréquents, des syncopes, des gonflements douloureux des veines (varices aux cuisses, aux jambes, ou même aux grandes lèvres), des accidents hystériques divers, etc.

[§ 106-270] Coryza dès que le sujet s'expose au grand air ; ensuite ordinairement enrouement dans la chambre.

Enrouement et obstruction du nez, souvent ou presque toujours, ou aussi par intervalles.

Coryza au moindre refroidissement ; par conséquent de préférence dans la saison froide et par un temps humide.

Coryza, très souvent, ou presque toujours, ou aussi par intervalles.

Impossibilité de contracter un coryza, malgré des signes précurseurs très prononcés de cette affection, avec d'autres maux graves dépendants de la maladie psorique interne.

[§ 106-275] Enrouement pour peu que le malade parle ; il est obligé de tussiculer pour que sa voix redevienne nette.

Enrouement, ou même aphonie, qui ne permet pas au malade de parler haut, après le moindre refroidissement.

Enrouement et aphonie continuels durant des années entières ; le sujet ne peut articuler hautement aucun mot.

Suppuration du larynx et de la trachée-artère (phtisie laryngée, trachéale, pulmonaire) (1).

 

(1) La trachéite (croup) ne peut pas se déclarer chez un enfant qui est exempt de psore latente, ou qui en a été débarrassé par un traitement.

 

Enrouement et catarrhe très souvent, ou presque toujours ; le catarrhe affecte toujours la poitrine.

[§ 106-280] Toux ; souvent de l'irritation et des fourmillements dans le larynx ; la toux tourmente le malade jusqu'à ce que la sueur lui inonde le visage (et les mains).

Toux qui ne désempare pas, qui va jusqu'à causer des nausées et des vomissements, et qui survient surtout le matin ou le soir.

Toux qui se termine chaque fois par l'éternuement.

Toux la plupart du temps le soir, après s'être mis au lit, et toutes les fois qu'on est couché la tête basse.

Toux après le premier sommeil, qui réveille bientôt le malade.

[§ 106-285] Toux principalement la nuit.

Toux le matin, fatigante surtout après le réveil.

Toux après avoir mangé, la plupart du temps.

Toux aussitôt après avoir fait une inspiration profonde.

Toux qui produit comme une sensation d'excoriation dans la poitrine, ou parfois des élancements dans un côté de la poitrine ou du ventre.

[§ 106-290] Toux sèche.

Toux avec expectoration purulente jaune, avec ou sans crachement de sang (1).

 

(1) Les phtisies pulmonaires ulcéreuses ont rarement une autre cause que cette affection, même lorsqu'elles paraissent avoir été déterminées par les vapeurs du mercure ou de l'arsenic ; du moins proviennent-elles, pour la plupart, d'inflammations de poitrine pour lesquelles on a abusé de la saignée, et qui doivent être toujours considérées comme des réveils d'une psore latente.

 

Toux avec expectoration muqueuse extrêmement abondante et perte des forces (phtisie muqueuse).

Accès de toux spasmodique (1).

 

(1) Le malade est pris subitement d'envie de tousser, mais il ne le peut pas, parce que la respiration lui manque tout à coup, jusqu'au point d'amener la suffocation, avec rougeur violacée et bouffissure de la face. Ordinairement alors le gosier est fermé aussi, de sorte que le sujet ne peut point avaler une seule goutte d'eau ; au bout de huit à dix minutes, il survient communément des rapports de l'estomac, et le spasme cesse.

 

Élancements violents, parfois insupportables, dans la poitrine, à chaque inspiration, toux rendue impossible par la douleur, sans fièvre inflammatoire (fausse fluxion de poitrine).

[§ 106-295] Douleur dans la poitrine en marchant, comme si elle allait s'ouvrir.

Douleur compressive dans la poitrine, en respirant profondément et en éternuant.

Souvent une légère douleur anxieuse à l'extérieur de la poitrine, qui, lorsqu'elle ne se dissipe pas promptement, dégénère en mélancolie profonde (1).

 

(1) Ordinairement par accès qui durent du soir au matin, pendant toute la nuit.

 

Douleur brûlante dans la poitrine.

Élancements fréquents dans la poitrine, avec ou sans toux.

[§ 106-300] Point de côté aigu ; le corps étant très chaud, impossibilité presque complète de respirer, à cause des élancements dans la poitrine, avec crachement de sang et mal de tête ; le sujet est obligé de s'aliter.

Cauchemar ; le sujet est réveillé la nuit, ordinairement par un rêve pénible ; mais il ne peut ni se mouvoir, ni appeler à son secours, ni parler, et quand il cherche à se toucher, il ressent des douleurs aussi intolérables que s'il allait se déchirer (1).

 

(1) Ces accès se répètent plusieurs fois dans une même nuit, surtout lorsque le sujet n'a pas pris l'air pendant la journée.

 

Suspension de la respiration, avec élancements dans la poitrine à la moindre marche (1) ; le malade ne peut faire un pas (angine de poitrine).

 

(1) Principalement en gravissant un endroit escarpé.

 

Asthme seulement dans les mouvements des bras, non en marchant.

Accès d'étouffement, surtout après minuit ; le malade est obligé de se mettre sur son séant, quelquefois même de sortir du lit, de se tenir debout, le corps ployé en deux et appuyé sur les mains, d'ouvrir la fenêtre, ou d'aller au grand air, etc. ; le cœur lui bat ; il survient ensuite des rapports ou des bâillements, et le spasme se dissipe, avec ou sans toux et expectoration.

[§ 106-305] Battements de cœur, avec anxiété, surtout pendant les nuits.

Asthme ; respiration bruyante, difficile, parfois même sifflante.

Respiration courte.

Asthme pendant les mouvements, avec ou sans toux.

Asthme, surtout étant assis.

[§ 106-310] Asthme spasmodique ; lorsqu'il survient en plein air, il coupe la respiration.

Asthme par accès qui durent plusieurs semaines.

Disparition des seins ou grossissement extrême de ces glandes, avec affaissement des mamelons.

Érysipèle à l'un des seins (surtout chez les femmes qui allaitent).

Une glande dure, qui grossit et durcit toujours, avec des élancements, dans l'un des seins (1).

 

(1) Les diverses variétés de ce qu'on appelle cancer au sein ont-elles bien une autre origine que la psore interne ?

 

[§ 106-315] Éruptions pruriteuses, ou même humides et croûteuses, autour des mamelons.

Douleurs tiraillantes, tensives (déchirantes), dans le sacrum, le dos, la nuque.

Raideur douloureuse, tiraillante, lancinante, à la nuque, au sacrum.

Pression entre les omoplates.

Sentiment d'un poids qui pèse sur les épaules.

[§ 106-320] Douleurs tiraillantes, tensives (déchirantes), dans les membres, soit dans les muscles, soit dans les articulations (rhumatisme).

Douleurs tiraillantes et compressives çà et là dans le périoste des os, surtout des os longs (1).

 

(1) Alors les parties sont douloureuses au toucher, comme si elles étaient brisées ou excoriées.

 

Élancements dans les doigts ou les orteils (1).

 

(1) Qui, dans les cas graves et invétérés, s'exaspèrent beaucoup.

 

Élancements dans le talon et la plante du pied, en appuyant le pied par terre.

Ardeur à la plante des pieds (1).

 

(1) Surtout la nuit, dans le lit.

 

[§ 106-325] Douleur dans les articulations, comme si on raclait l'os, avec gonflement rouge et chaud, qui est excessivement sensible au toucher et au contact de l'air ; irritabilité extrême du moral et morosité du caractère (goutte, podagre, chiragre, gonagre, etc.) (1).

 

(1) Les douleurs sont plus vives ou le jour ou la nuit. Après chaque accès, et quand l'inflammation est passée, les articulations de la main, du genou, du pied, du gros orteil, causent des douleurs en marchant ; elles sont alors le siège d'un insupportable engourdissement, et le membre est affaibli.

 

Les articulations des doigts gonflées, douloureuses quand on y touche et qu'on les ploie.

Les articulations se tuméfient, restent dures et gonflées, et causent de la douleur quand on les ploie.

Articulations comme raides, avec mouvements difficiles et douloureux ; les ligaments articulaires semblent être trop courts (1).

 

(1) Par exemple, le tendon d'Achille en posant le pied à terre ; raideur de l'articulation du pied, du genou, soit passagère (après être demeuré assis, en se levant), soit permanente (contracture).

 

Articulations douloureuses pendant le mouvement (1).

 

(1) Par exemple, l'articulation huméro-cubitale, quand on lève le bras, et celle du pied, quand on marche, sont douloureuses, comme si elles allaient se rompre.

 

[§ 106-330] Les articulations crient ou craquent quand le sujet se meut.

Les articulations se disloquent très facilement (1).

 

(1) Par exemple, les articulations du pied, de la main, du pouce.

 

Disposition toujours croissante à se donner des tours de reins, ou, comme on dit, à se blesser par le moindre effort musculaire, en exécutant de petits travaux avec les mains, en s'allongeant pour atteindre à quelque chose de haut, en soulevant des objets qui ne sont pas lourds, en se tournant brusquement, etc. Cette distension, souvent peu considérable, des muscles produit alors, dans beaucoup de cas, les accidents les plus graves, des syncopes, tous les degrés de l'affection hystérique (1), la fièvre, le crachement de sang, etc., tandis qu'une personne non atteinte de la psore soulève des fardeaux en rapport avec son énergie musculaire sans en éprouver le moindre inconvénient (2).

 

(1) Souvent aussi il se déclare sur-le-champ une forte douleur au vertex, qui est même douloureux quand on y touche, ou des douleurs soit dans le sacrum, soit dans la matrice, assez souvent des élancements dans le côté de la poitrine ou entre les deux épaules, ce qui coupe la respiration ; ou bien une raideur douloureuse de la nuque ou de l'épine du dos ; fréquentes éructations bruyantes, etc.

 

(2) Le vulgaire, surtout l'homme de la campagne, cherche alors à se soulager par une sorte de frottement mesmérique, dont il obtient quelquefois du succès, mais passagèrement. Il arrive souvent, dans ce cas, qu'une commère promène les extrémités de ses pouces sur les omoplates, en allant vers les aisselles, ou le long de l'épine du dos, ou enfin depuis l'épigastre jusque sous les côtes ; seulement presque toujours on emploie une pression trop forte.

 

Les articulations se dérangent très facilement dans les mouvements qui portent à faux (1).

 

(1) Par exemple, l'articulation du pied dans un faux pas, ou aussi celle de l'épaule. Il faut également ranger ici la luxation lente et graduelle de l'articulation coxo-fémorale, la sortie de la tête du fémur hors de la cavité cotyloïde, avec allongement ou raccourcissement du membre et claudication.

 

Douleur dans l'articulation du pied, quand on pose le pied à terre, comme si elle allait se briser.

[§ 106-335] Ramollissement des os, courbure de l'épine du dos (gibbosité) ; courbure des os longs du bras ou de la jambe (rachitisme).

Fragilité extrême des os.

Sensibilité douloureuse de la peau, des muscles et du périoste, à une pression modérée (1).

 

(1) Un choc léger contre un corps étranger cause une douleur violente et très prolongée : les points sur lesquels le corps appuie dans le lit sont très sensibles : de là vient que le sujet se retourne souvent pendant la nuit ; les muscles fessiers et l'os ischion sont le siège d'une sensation douloureuse ; il suffit d'un petit coup donné avec la main sur la cuisse pour causer une grande douleur. Un léger choc contre un corps dur laisse des taches bleues, des ecchymoses.

 

Douleur insupportable (1) dans la peau (les muscles ou ou le périoste) d'une partie du corps, au moindre mouvement de cette partie ou d'une autre éloignée ; par exemple, en écrivant, douleur dans l'aisselle ou le côté du cou, etc., tandis que l'action de scier ou tout autre travail avec la même main ne cause point de douleur ; douleur semblable dans les parties voisines, causée par l'action de parler et par le mouvement de la bouche ; douleur aux lèvres et aux joues, par l'effet d'un attouchement léger.

 

(1) Cette douleur varie à un point incroyable. Souvent brûlante, convulsive, lancinante, souvent aussi indescriptible, elle exalte à un degré insupportable la susceptibilité morale ; on l'observe surtout à la partie supérieure du corps, à la face (tic douloureux), à la peau du cou, etc., par l'effet d'un léger attouchement, de l'action de parler ou de mâcher, dans l'épaule par suite d'une faible pression ou du mouvement des doigts.

 

Engourdissement de la peau ou des muscles de certaines parties et de certains membres (1).

 

(1) Il y a absence du toucher : les muscles sont comme raides ou comme débandés, soit par accès, soit d'une manière permanente.

 

[§ 106-340] Quelques doigts, ou les mains, ou les pieds, paraissent comme morts (1).

 

(1) Le membre est alors blanc, exsangue, insensible et froid, souvent pendant des heures entières, surtout lorsque l'air est frais (le frottement avec un morceau de zinc en descendant vers le bout des doigts ou des orteils, dissipe ordinairement ce symptôme avec promptitude, mais n'agit cependant que d'une manière palliative).

 

Fourmillement ou même picotement semblable à celui qui succède aux crampes, dans les bras, les jambes et autres parties (même au bout des doigts).

Agitation fourmillante ou tournoyante, ou intérieurement pruriteuse, surtout dans les membres inférieurs (le soir dans le lit, ou le matin en s'éveillant) ; le sujet est obligé de changer de place à tout moment.

Froid douloureux dans quelques parties du corps.

Ardeur douloureuse dans certaines parties (souvent sans changement de la chaleur extérieure ordinaire du corps).

[§ 106-345] Froid fréquent ou continuel du corps entier ou d'un côté du corps, quelquefois aussi d'une seule partie ; froid aux mains, aux pieds, que le sujet ne peut même pas échauffer la nuit dans le lit.

Frissonnement continuel, même sans changement extérieur de chaleur à la peau.

Fréquentes bouffées passagères de chaleur, surtout à la face, plus souvent avec que sans rougeur ; manifestation rapide d'une vive chaleur pendant le repos ou au moindre mouvement, souvent même déjà en parlant, avec ou sans sueur.

La moindre chaleur de l'air dans la chambre est extrêmement désagréable, cause de l'agitation, oblige le malade à changer sans cesse de position (quelquefois avec pression dans la tête, au-dessus des yeux, sensation que soulage assez souvent un saignement de nez).

Bouillonnement de sang, ou même sentiment de pulsation dans tous les vaisseaux (pendant lequel le malade est souvent tout pâle, et éprouve comme une sorte de détente dans le corps entier).

[§ 106-350] Afflux du sang vers la tête.

Afflux du sang vers la poitrine.

Varices aux membres inférieurs (aux parties génitales), parfois aussi aux bras (même chez les hommes), souvent avec douleurs déchirantes (surtout par les temps orageux), ou prurit dans ses tumeurs (1).

 

(1) Les anévrismes paraissent n'avoir pas d'autre source que la psore.

 

Érysipèle, soit à la face (avec fièvre), soit aux membres, soit au sein, chez les femmes qui allaitent, et surtout dans un point déjà blessé (avec élancements semblables à des coups d'épingle, et ardeur brûlante).

Panaris, mal d'aventure.

[§ 106-355] Engelures (même en d'autres saisons que l'hiver) aux doigts et aux orteils, causant du prurit, de l'ardeur et des élancements.

Cors, qui déterminent une douleur brûlante et lancinante, même lorsque rien ne les comprime.

Furoncles qui reparaissent de temps en temps, surtout aux fesses, aux cuisses, aux bras et au tronc. En y touchant, on provoque de petits élancements.

Ulcères aux jambes, surtout aux chevilles et au-dessus, ainsi qu'à la partie inférieure des mollets, avec chatouillement et sentiment de corrosion sur les bords et mordication comme causée par la présence d'un sel dans le fond ; les alentours sont bruns ou bleuâtres, parsemés de varices qui, dans les temps d'orage et de pluie, causent des douleurs déchirantes, surtout la nuit ; souvent il y a en même temps érysipèle, après le chagrin ou la peur ; souvent aussi crampes du mollet.

Gonflement et suppuration des os longs du bras, de la cuisse, de la jambe, même des phalanges des doigts et des orteils (spina ventosa).

[§ 106-360] Tuméfaction et raideur des articulations.

Éruptions cutanées consistant soit en vésicules purulentes isolées, accompagnées d'un prurit voluptueux, qui apparaissent et disparaissent de temps en temps, surtout aux doigts ou à d'autres parties, qui causent de l'ardeur brûlante après avoir été écorchées, et qui ont la plus grande analogie avec l'exanthème psorique primitif ; soit en un exanthème ortié, ayant l'apparence de papules blanches et de vésicules pleins d'eau, la plupart du temps avec une douleur brûlante ; soit en boutons, sans douleur, à la face, à la poitrine, au dos, aux bras et aux cuisses ; soit en dartres ayant la forme de petits grains, de taches rondes et serrées, plus ou moins larges, la plupart du temps rougeâtres, tantôt sèches, tantôt humides, avec un prurit semblable à celui que cause l'éruption psorique, et une chaleur brûlante après qu'on s'est gratté (1) ; soit en croûtes élevées au-dessus du niveau de la peau, ayant une forme ronde, d'un rouge intense aux alentours, et non douloureuses, avec de fréquents élancements vifs dans les portions de la peau qui en sont encore exemptes ; soit en écaillessèches, furfuracées, qui couvrent de petites plaques arrondies des téguments, se détachent et se reproduisent souvent, sans être accompagnées d'aucune sensation particulière ; soit enfin en rougeurs sèches au toucher, accompagnées d'une douleur brûlante, et dépassant un peu le niveau de la peau.

 

(1) Ces taches, entourées d'une auréole rouge, s'étendent toujours de plus en plus, tandis que le milieu semble se débarrasser de l'exanthème, la peau y devenant lisse et luisante.

 

Taches de rousseur, petites et rondes ; taches brunes ou brunâtres à la face, aux mains et sur la poitrine, non douloureuses.

Taches hépatiques ; grandes taches brunâtres, qui couvrent souvent les membres entiers, les bras, le col, la poitrine, etc. ; et ne causent ni douleur ni prurit.

Teinte jaune de la peau, taches jaunes, de même nature, autour des yeux, autour de la bouche, au col, etc., sans douleurs (1).

 

(1) Après l'exercice en voiture, la couleur jaune de la peau se manifeste surtout lorsque la voiture est sur le point de s'arrêter, sans être encore en repos.

 

[§ 106-365] Verrues à la face, aux avant-bras, aux mains, etc. (1).

 

(1) Surtout dans la jeunesse. Beaucoup de ces verrues ne durent pas longtemps, et disparaissent pour faire place à d'autres symptômes de psore.

 

Tumeurs enkystées dans la peau, le tissu cellulaire sous-jacent, ou les gaines des tendons (ganglions), de forme et de grosseur diverses, froides, sans douleurs (1).

 

(1) Le fondus hématode, devenu si terrible dans ces derniers temps, n'a pas d'autre origine que la psore, comme je crois devoir le conclure de quelques faits.

 

Gonflements glandulaires au col, à l'aine, dans le pli des articulations, au pli du bras, dans le jarret, sous l'aisselle (1), et aussi dans les seins.

 

(1) Quelquefois, après des douleurs lancinantes, ils dégénèrent en une espèce d'ulcération chronique, qui, au lieu de pus, ne sécrète qu'un mucus incolore.

 

Aridité de l'épiderme, soit par tout le corps, avec impossibilité de suer ou de transpirer sensiblement par l'exercice et la chaleur, soit seulement sur quelques parties (1).

 

(1) Principalement aux mains, au côté externe des bras et des jambes, et même à la face ; la peau est sèche, âpre, râpeuse, souvent aussi couverte d'écailles furfuracées.

 

Sentiment insolite de sécheresse par tout le corps (même à la face, dans la bouche, dans la gorge ou dans le nez, quoique l'air inspiré passe librement).

[§ 106-370] Propension extrême à suer au moindre mouvement, même par accès en restant assis, ou seulement de quelques parties du corps ; par exemple, sueur continuelle des mains et des pieds (1) ; sueur abondante sous les aisselles (2) et autour des parties génitales.

 

(1) D'une odeur ordinairement très fétide, et quelquefois si abondante qu'elle inonde et excorie les plantes des pieds, les talons et les orteils, au moindre exercice.

 

(2) Assez souvent de couleur rouge, ou d'odeur hircine, alliacée.

 

Tous les jours, le matin, la sueur coule souvent à flots, pendant des années, fréquemment d'odeur acide ou mordicante (1).

 

(1) Ici se rangent aussi les sueurs que les enfants psoriques éprouvent à la tête, le soir, après s'être endormis.

 

Sueur d'un seul côté du corps, ou seulement soit dans sa moitié supérieure, soit aux extrémités inférieures.

Propension toujours croissante à se refroidir, soit le corps entier (parfois après s'être mouillé les mains avec de l'eau chaude ou froide, comme en lavant du linge), soit seulement quelque partie, la tête, le col, la poitrine, le bas-ventre, les pieds, etc., dans un courant d'air médiocre ou faible, ou après s'être mouillé légèrement cette partie (1) ; il suffit même pour cela que la chambre soit fraîche, l'air chargé d'humidité, ou le baromètre bas.

 

(1) Les accidents qui surviennent immédiatement après sont graves et variés ; douleurs dans les membres, maux de tête, coryza, mal de gorge et angine, catarrhe, gonflement des glandes du cou, enrouement, toux, gêne de la respiration, picotements dans la poitrine, fièvre, troubles de la digestion, coliques, vomissement, diarrhée, mal d'estomac, parfois même convulsions à la face et dans d'autres parties, couleur ictérique de la peau, etc. Nul individu non psorique n'éprouve la moindre incommodité sous l'influence de causes pareilles.

 

Le sujet ressemble à un almanach vivant, c'est-à-dire qu'à l'approche d'un grand changement de temps, d'un froid vif, d'un ouragan, d'un orage, il ressent des douleurs vives dans des parties du corps, actuellement guéries et cicatrisées, qui ont été autrefois lésées, blessées, fracturées.

[§ 106-375] Gonflement séreux soit des pieds seulement ou d'un seul pied, soit des mains, de la face, du ventre ou du scrotum, etc., seulement ; quelquefois œdématie générale (hydropisies).

Accès de pesanteur soudaine des bras ou des jambes.

Accès de faiblesse comme paralytique d'un bras, d'une main, d'une jambe, sans douleurs, tantôt survenant d'une manière subite et passant rapidement, tantôt commençant peu à peu et allant toujours en augmentant.

Craquement dans les genoux.

Propension des enfants à tomber sans cause visible. On observe aussi chez les adultes de ces accès de faiblesse dans les jambes, de sorte qu'en marchant un pied glisse par-ci, et l'autre par-là, etc.

[§ 106-380] Accès soudains de faiblesse, surtout dans les jambes, en marchant au grand air (1).

 

(1) Quelquefois le sentiment de faiblesse parait remonter alors jusqu'à l'épigastre, où il dégénère en une boulimie, qui brise soudainement les forces du malade ; celui-ci devient tremblant, et il est obligé de se coucher sans délai pour quelque temps.

 

En s'asseyant le malade ressent une insupportable faiblesse ; il devient plus fort en marchant.

La propension des articulations à se luxer dans les faux pas augmente toujours, et arrive jusqu'à la production d'une luxation complète, par exemple du pied, de l'épaule, etc.

Le craquement des articulations au moindre mouvement du membre va en augmentant, avec une sensation désagréable.

L'engourdissement des membres augmente et reparaît à la moindre occasion, par exemple en s'appuyant la tête sur le bras, en croisant les jambes étant assis, etc.

[§ 106-385] Les crampes douloureuses dans plusieurs parties musculeuses augmentent et se reproduisent sans cause appréciable.

Rétraction lente, spasmodique, des muscles fléchisseurs des membres.

Convulsions rapides de certains muscles, de certains membres, même pendant l'état de veille, par exemple, de la langue, des lèvres, des muscles de la face, de ceux du pharynx, de l'œil, des mâchoires, des mains et des pieds.

Raccourcissement tonique des muscles fléchisseurs.

Tournoiement ou torsion involontaire de la tête ou des membres, en pleine connaissance (danse de Saint-Gui).

[§ 106-390] Accès subits de défaillance et chute des forces, avec perte de connaissance.

Accès de tremblement des membres, sans anxiété. Tremblement continuel ; battement même des mains, des bras, des jambes.

Accès de perte de connaissance durant un instant ou une minute, la tête étant penchée sur une épaule, avec ou sans convulsions dans l'une ou l'autre partie du corps.

Épilepsie de diverses espèces.

Bâillements et pendiculations presque continuelles.

[§ 106-395] Somnolence pendant le jour, souvent aussitôt après s'être assis, surtout à la suite des repas.

Difficulté de s'endormir le soir, dans le lit, souvent pendant plusieurs heures.

Le malade ne fait que sommeiller durant la nuit.

Insomnie chaque nuit, à cause d'une chaleur accablante, causant une anxiété qui oblige souvent à quitter le lit et à se promener dans la chambre.

Plus de sommeil, ou du moins de sommeil profond, après trois heures du matin.

[§ 106-400] Perception de toutes sortes d'images fantastiques par le seul fait de l'abaissement des paupières.

Idées bizarres, inquiétantes, qui assaillent l'esprit au moment de s'endormir, et obligent à se lever, à se promener longtemps.

Rêves très vifs, simulant l'état de veille, ou songes tristes, effrayants, accablants, lascifs.

Habitude de parler haut, de crier en dormant.

Somnambulisme. Le malade se relève la nuit, les yeux fermés, et accomplit aisément ainsi toutes sortes de choses, même dangereuses, sans en conserver le souvenir quand il est éveillé.

[§ 106-405] Accès de suffocation pendant le sommeil (cauchemar).

Douleurs diverses et insupportables la nuit, ou soif nocturne, sécheresse de la gorge, de la bouche, ou fréquentes envies d'uriner la nuit.

Le matin, en s'éveillant, le malade est triste, engourdi, accablé, et plus fatigué que quand il s'est couché ; il lui faut des heures entières pour se remettre, et la fatigue ne se dissipe qu'après qu'il s'est levé.

Après une nuit fort agitée, il a souvent plus de force le matin qu'après un sommeil calme et profond.

Fièvre intermittente très variée, quant au type, à la durée, à la forme, quotidienne, tierce, quarte, quintane, septane, lorsqu'il n'en règne aucune ni sporadiquement, ni épidémiquement (1), ni endémiquement, dans la contrée.

 

(1) Les fièvres intermittentes épidémiques n'atteignent jamais les hommes exempts de psore, de sorte que la tendance à les contracter doit être considérée comme un symptôme de cette affection.

 

[§ 106-410] Tous les soirs un accès de froid fébrile, avec couleur bleue des ongles.

Tous les soirs quelques frissonnements.

Tous les soirs de la chaleur, avec afflux du sang vers la tête et rougeur des joues ; cette chaleur est souvent mêlée de froid.

Fièvre intermittente de quelques semaines de durée, à laquelle succède, durant quelques autres semaines, une éruption pruriteuse humide, qui guérit à l'apparition de nouveaux accès d'une fièvre typique, et ainsi de suite alternativement, pendant des années.

Toutes sortes de dérangements du caractère et de l'esprit (1).

 

(1) Je n'ai jamais vu, ni dans ma pratique, ni dans aucune maison d'aliénés, un mélancolique, un homme en démence, ou un fou furieux, dont la maladie n'eût point pour cause la psore, quoique cependant celle-ci fût parfois, mais rarement, compliquée avec la syphilis.

 

[§ 106-415] Mélancolie seule, ou alternant soit avec la démence, soit même avec la fureur, et avec des moments lucides.

Anxiétés le matin, en sortant du sommeil.

Anxiétés le soir, après s'être mis au lit (1).

 

(1) Qui provoquent des sueurs abondantes chez quelques personnes. D'autres n'éprouvent ensuite que des bouillonnements de sang et des pulsations dans tous les vaisseaux ; chez certaines, l'anxiété va jusqu'à resserrer le larynx, en sorte qu'elles paraissent être sur le point de suffoquer ; chez d'autres, le sang semble s'arrêter dans tous les vaisseaux, ce qui est la cause de l'anxiété qu'elles éprouvent. L'anxiété est parfois accompagnée d'images et de pensées désagréables, qui paraissent la causer ; mais cet effet n'a pas lieu toujours.

 

 

Anxiétés plusieurs fois dans la journée (avec ou sans douleurs), ou à certaines heures, soit du jour, soit de la nuit : ordinairement alors la personne ne goûte jamais de repos ; elle est obligée de courir çà et là, et souvent aussi elle tombe en sueur.

Mélancolie, battements de cœur et anxiétés qui éveillent la nuit le malade (la plupart du temps immédiatement avant l'apparition des règles).

[§ 106-420] Monomanie-suicide (1) (spleen ?).

 

(1) On parait n'avoir pas fait attention à cette espèce d'aliénation mentale, qui également est purement psorique. Sans éprouver d'anxiété, sans avoir d'idées qui les tourmentent, et jouissant en apparence de leur pleine raison, les personnes qui en sont atteintes se trouvent poussées par un certain sentiment de nécessité à se donner la mort. On ne les guérit qu'en les débarrassant de la psore, lorsqu'on reconnaît à temps les symptômes par lesquels celle-ci se manifeste chez elles. Je dis à temps, parce que quand l'aliénation est portée au dernier degré, elle a pour caractère particulier que le malade ne communique à personne son inébranlable résolution. Elle ne revient que par accès durant une demi-heure ou quelques heures, ordinairement tous les jours sur la fin, et souvent à des époques fixes de la journée. Cependant, outre leurs accès de monomanie-suicide, les malades en ont communément encore d'anxiété, qui paraissent cependant indépendants des autres, se montrent à d'autres heures, et sont la plupart du temps accompagnés de pulsations à l'épigastre, mais pendant la durée desquels le désir de la mort ne se fait pas sentir. Ces accès d'anxiété, qui semblent être plus physiques et ne pas se rattacher à des pensées désagréables, peuvent cependant manquer, tandis que ceux d'envie de se suicider dominent au plus haut degré parfois aussi ils reviennent plus fréquemment, après que ceux-ci ont été guéris en grande partie par les remèdes antipsoriques, de sorte que les uns et les autres paraissent être indépendants, quoiqu'ils aient pour source le même mal fondamental.

 

Caractère larmoyant. Le malade pleure souvent des heures entières sans savoir pourquoi (1).

 

(1) Symptôme que la nature malade parait cependant, surtout chez les femmes, produire pour réduire au silence plusieurs affections nerveuses plus graves.

 

Accès de frayeur. Le malade craint par exemple le feu ; il redoute de rester seul, d'être atteint d'apoplexie, de délire, etc.

Accès de propension à la colère, avoisinant l'aliénation mentale.

Frayeur, souvent à la moindre cause ; les malades sont fréquemment alors pris de sueur et de tremblement.

[§ 106-425] Horreur du travail chez les personnes d'ailleurs les plus actives ; nul goût pour les affaires ; au contraire, répugnance prononcée pour toute espèce d'occupation (1).

 

(1) Une femme, dans ce cas, était atteinte d'anxiété, toutes les fois qu'elle voulait se livrer aux occupations de son ménage ; les membres lui tremblaient, et elle devenait tout à coup si accablée, qu'elle était obligée de se coucher.

 

Sensibilité excessive.

Irritabilité par faiblesse (1).

 

(1) Toutes les impressions, physiques et morales, même les plus faibles, déterminent une irritation maladive, portée souvent à un haut degré. Les événements non-seulement tristes, mais même heureux, causent souvent des maux et des souffrances extraordinaires ; des récits touchants, et même seulement des idées qui s'y rapportent, ou leur simple souvenir, agitent les nerfs, troublent la tête, etc. Il suffit de lire pendant quelque temps des choses même indifférentes, de regarder un objet avec attention, par exemple en cousant, d'écouter attentivement des choses même qui n'ont aucun attrait, d'une lumière trop vive, d'une conversation à voix haute entre plusieurs personnes, même des sons isolés d'un instrument de musique, du bruit des cloches, etc., pour produire des impressions fâcheuses, du tremblement, de l'abattement, des maux de tête, du froid, etc. Assez souvent aussi le goût et l'odorat sont exaltés. Il est même, dans beaucoup de cas, nuisible de se livrer à un exercice modéré, de parler, de s'exposer à une chaleur ou à un froid même médiocre, d'aller en plein air, de se mouiller la peau avec de l'eau, etc. Beaucoup de personnes ressentent les chargements subits de temps jusque dans leur chambre, où la plupart se plaignent quand le temps est orageux et humide, un plus petit nombre quand il est sec et le ciel serein. La pleine lune, chez les uns, et la nouvelle lune, chez d'autres, exercent aussi une influence défavorable.

 

[§ 106-428] Changement d'humeur fréquent. Le sujet est souvent fort gai et d'une gaieté immodérée, souvent aussi soudainement abattu par l'idée de sa maladie, ou par d'autres objets sans importance. Passage rapide de la gaieté à la tristesse, ou affliction sans cause.

[§ 107] Tels sont quelques-uns des principaux symptômes observés par moi, qui, lorsqu'ils se répètent souvent ou deviennent continus, annoncent que la psore interne sort de son état latent. Ce sont en même temps les éléments dont le miasme psorique, développé par des circonstances extérieures défavorables, se compose, quand il s'exprime par une foule innombrable de maladies chroniques, auxquelles la constitution individuelle, les habitudes, le genre de vie, les influences du dehors et les impressions physiques ou morales apportent tant de modifications, qu'elles sont bien loin d'être épuisées par la longue série des espèces nominales que la pathologie ordinaire donne faussement pour autant de maladies particulières et distinctes (1). (**2)

 

(1) Sous les noms de scrofules, rachitisme, spina ventosa, atrophie, marasme, phtisie, pulmonie, asthme, phtisie muqueuse, phtisie laryngée, catarrhe chronique, coryza habituel, dentition difficile, maladies vermineuses, dyspepsie, spasme du bas-ventre, hypocondrie, hystérie, œdématie, ascite, hydropisie des ovaires, hydromètre, hydrocèle, hydrocéphale, aménorrhée, dysménorrhée, métrorrhagie, hématémèse, hémoptysie et autres hémorragies, flueurs blanches, dysurie, ischurie, énurésis, diabètes, catarrhe de la vessie, hémorroïdes vésicales, néphralgie, gravelle, rétrécissement de l'urètre, rétrécissement des intestins, hémorroïdes borgnes et fluentes, fistule à l'anus, constipation, diarrhée chronique, induration du foie, jaunisse, cyanose, maladies du cœur, battements de cœur, spasmes de poitrine, hydropisie de poitrine, avortement, stérilité, nymphomanie, impuissance, induration du testicule, atrophie du testicule, prolapsus de la matrice, hystéroloxie, hernies inguinales, crurales et ombilicales, luxations spontanées, déviations de la colonne vertébrale, ophtalmies chroniques, fistule lacrymale, myopie et presbyopie, nyctalopie et héméralopie, obscurcissement de la cornée, cataracte, glaucome, amaurose, surdité, absence de l'odorat et du goût, migraine, tic douloureux de la face, teigne, croûtes laiteuses, dartres, urtication, tumeurs enkystées, goitre, varices, anévrisme, érysipèle, ulcères, carie, squirrhes, cancer aux lèvres et aux joues, cancer au sein, cancer de matrice, fongus hématode, rhumatisme, ischiagre, goutte noueuse, podagre, apoplexie, syncope, vertiges, paralysies, contractures, tétanos, convulsions, épilepsie, chorée, mélancolie, manie, démence, faiblesse nerveuse, etc.

 

(**2) Note de l'éditeur : Il faut corriger la traduction de la manière suivante : "Ce sont en même temps les éléments dont la maladie psorique (das Krätz-Siechthum -litt. la maladie chronique galeuse), devenant manifeste (sous la pression des circonstances extérieures défavorables), se compose pour former une foule innombrable de maladies chroniques, (...) donne faussement pour autant de maladies bien définies, particulières et distinctes (abgeschlossene, ständige, eigne Krankheiten)".

 

[§ 108] Ce sont là les symptômes secondaires caractéristiques (*2) du mal miasmatique primitif devenu manifeste au dehors, de ce monstre à mille têtes, qu'on a si longtemps méconnu (1).

 

(1) Je conviens qu'une doctrine suivant laquelle une origine psorique doit être attribuée à toutes les maladies chroniques (non vénériennes) qui, non susceptibles d'être guéries par la seule force vitale, avec le secours d'un genre de vie réglé et d'autres circonstances favorables, font même des progrès continuels d'année en année, ne peut manquer de surprendre les esprits bornés et ceux qui n'ont pas pesé mûrement mes motifs. Mais elle n'en est pas moins vraie. Faudrait-il ne pas regarder une de ces maladies comme psorique uniquement parce qu'en remontant jusqu'au jour de sa naissance, le malade ne se souvient pas d'avoir eu jamais de démangeaisons, de pustules à la peau, ou parce que la gale passe pour une affection honteuse ? Comme les maladies chroniques qui éclatent à la suite d'une gale avouée (et qui n'a pas été guérie) résistent au pouvoir de la force vitale, qu'elles suivent la même marche que les affections psoriques, et que, comme elles, elles vont toujours en s'aggravant, tant que les adversaires de la doctrine de la psore ne pourront pas assigner une autre source, au moins aussi vraisemblable, à une maladie non vénérienne qui empire sans cesse, malgré la réunion des circonstances les plus favorables sous le point de vue des conditions extérieures, du régime, de la moralité et de la vigueur du corps, sans que l'on puisse arriver à la réminiscence d'une infection psorique antérieure, j'aurai pour moi les mêmes chances de probabilité, cent contre un à parier que cette maladie dépend de la psore, quoique le malade ne puisse ou ne veuille pas se souvenir du passé. Douter de choses qui ne sauraient être mises matériellement sous les yeux est facile, mais ne prouve rien ; car negantis est probare, suivant un ancien axiome de droit. Nous n'avons même pas besoin d'invoquer l'efficacité des remèdes antipsoriques pour démontrer la nature psorique de ces maladies chroniques dans lesquelles l'infection antérieure n'est point avouée ; elle ne nous sert ici que comme la preuve après une opération d'arithmétique bien faite. D'un autre côté, aucun moyen homœopathique ne convenant ici autant que les antipsoriques, parce que ces derniers sont mieux appropriés au nombre des symptômes de la grande maladie de la psore, je ne vois pas pourquoi on refuserait de leur donner cette épithète d'antipsoriques. On n'est pas fondé non plus à me faire un reproche de ce que je mets sur le compte du réveil de la psore latente (Organon de l'art de guérir, § 78), les maladies aiguës, par exemple, inflammations de la gorge, de la poitrine, etc., qui reparaissent de temps en temps, et cela sous le prétexte que l'état inflammatoire doit être la plupart du temps combattu par des médicaments antiphlogistiques non antipsoriques (aconit, belladone, mercure). Elles n'en ont pas moins aussi leur source dans la psore latente, puisqu'on ne peut en prévenir les retours habituels que par un traitement consécutif dont les antipsoriques font la base.

 

(*2) Note de l'éditeur : Il manque ici une note : "Ce sont là les symptômes secondaires caractéristiques (*3) du mal miasmatique (...)

 

(*3) Note de l'éditeur : "Le Grand Conseiller aulique Kopp, un allopathe, qui s'intéresse à contrecœur et d'une façon fort superficielle à l'homœopathie, prétend avoir vu des maladies chroniques s'éteindre d'elles-mêmes -il est possible qu'il ait vu disparaître d'eux-mêmes des symptômes isolés, que la vieille école, dans sa manière bornée de voir les choses, donne, avec lui, pour autant de maladies entières !"


 

DU TRAITEMENT DES MALADIES CHRONIQUES.

 

[§ 109] Nous passons maintenant au traitement homœopathique des maladies chroniques, en nombre incalculable, dont la guérison devient, d'après ce qui a été dit précédemment sur la nature de leur triple origine, sinon facile, du moins possible, chose qui avait été absolument impraticable avant qu'on en connût la source. Cette notion permet, en effet, de les guérir depuis que les remèdes homœopathiquement spécifiques contre les trois miasmes différents ont été en grande partie découverts.

[§ 110] Les deux premiers miasmes desquels dépendent les moins nombreuses d'entre les affections chroniques, savoir, la syphilis, ou la maladie vénérienne chancreuse, et lasycose, ou la maladie des fics, avec leurs suites, seront celles dont nous nous occuperons d'abord, afin de nous ouvrir un champ libre pour la thérapeutique du nombre infiniment plus considérable des maladies chroniques variées à l'infini qui tirent leur origine de la psore.


 

DE LA SYCOSE.

 

[§ 111] Il sera donc question en premier lieu de la sycose, comme étant le miasme qui engendre le moins de maladies chroniques, et celui qui n'entraîne de suites que de temps en temps. Cette maladie des fics a été fort répandue pendant les dernières guerres, depuis 1809 jusqu'à 1814 ; mais, à dater de cette dernière époque, elle est devenue de plus en plus rare. Comme on la croyait de même nature que la maladie vénérienne chancreuse, on l'a presque toujours traitée sans succès, et d'une manière capable seulement de nuire au malade, par des préparations mercurielles données à l'intérieur. Quant aux excroissances des parties génitales, endroit où la maladie a coutume de se manifester d'abord, excroissances qui, plusieurs jours ou même plusieurs semaines après l'infection par le coït, surviennent accompagnées généralement, mais non toujours, d'une sorte d'écoulement gonorrhéique (1) par l'urètre, sont rarement sèches et en forme de verrues, plus souvent molles, spongieuses, imbibées d'un liquide fétide, saignantes à la moindre cause, et semblables à des crêtes de coq ou à des choux-fleurs, et pullulent, chez l'homme, sur le gland, ainsi qu'à la surface et au-dessous du prépuce, chez la femme, aux alentours de la vulve, puis à la vulve elle-même tuméfiée, souvent en très grand nombre ; les allopathes ne les ont jamais attaquées que par le traitement externe le plus violent, par la cautérisation, l'ustion, l'excision ou la ligature. Le résultat immédiat et naturel de cette méthode était ordinairement qu'elles reparaissaient au bout de quelque temps, et qu'alors on les soumettait vainement à un nouveau traitement non moins cruel et douloureux, ou que, quand on parvenait ainsi à les détruire, la sycose, privée du symptôme local qui tenait lieu de l'affection interne, se manifestait d'une autre manière plus fâcheuse, par des maux secondaires, les moyens de destruction extérieurs employés contre les excroissances et le mercure administré intérieurement contre une maladie à laquelle il n'était point approprié, n'étant point capables de diminuer en rien le miasme sycosique, dont l'organisme entier se trouvait comme imprégné. Non-seulement le mercure, ici toujours nuisible, qu'on donnait en général à très fortes doses et sous la forme des préparations les plus âcres, détériorait la santé générale, mais encore on voyait survenir ensuite tantôt des excroissances analogues sur d'autres points du corps, tantôt des élévations spongieuses, blanchâtres, sensibles et plates, dans la bouche, sur la langue, au palais, aux lèvres, tantôt de gros tubercules saillants et bruns dans les aisselles, au col, au cuir chevelu, etc. ; ou bien il se manifestait d'autres affections, parmi lesquelles je ne citerai ici que le raccourcissement des tendons des muscles fléchisseurs, notamment de ceux des